L'ASSEMBLÉE. — LE ROI. — VERSAILLES. — PARIS
core, s'il est possible, elle ne cessera de lé^ répéter et de tenter de nouveaux efforts jusqu'à ce qu'elles aient eu le succès qu'elle a le droit d'attendre, et de la justice de sa réclamation, et du cœur du roi, lorsque des impressions étrangères n'en arrêteront plus les mouvements. »
L'insistance de l'Assemblée prouve assez, en effet, qu'elle comptait sur les dispositions particulières du roi, et qu elle lui reconnaissait une autorité sur l'armée comme sur ses chefs qu'aucune influence ne pouvait balancer. Cela, on doit le reconnaître, amoindrit beaucoup l'importance que l'on a voulu attacher aux projets de la cour, comme on disait alors; la cour ne pouvait rien sans le roi ; entre elle et l'Assemblée il ne s'agissait donc que d'agir sur une volonté qui avait déjà laissé passer tous les décrets de cette Assemblée.
On voit que le mouvement d'idées et les exigences sont les mêmes à Versailles et à Paris; seulement Paris va plus vite. Les électeurs ont créé la garde nationale, tandis que l'Assemblée exprimait le vœu de la voir se former, et lorsqu'elle réclame la retraite de l'armée, l'insurrection est déjà maîtresse de Paris, dont la population s'est armée pour résister aux troupes royales; bientôt cette démonstration ne suffit pas au mouvement qui se prononce, et il prend l'offensive.
C'est ainsi qu'eut lieu le siège de la Bastille, et que la répression dont on annonçait que les désordres de la rue et rémeute allaient être l'objet, recula devant l'insurrection en marche. Les électeurs qui avaient pris possession de l'Hôtel de Ville, venaient d'avoir recours à une mesure de police contre toute tentative du pouvoir pour se rendre compte de l'état de Paris et y établir une autre autorité que celle des électeurs; il était interdit de
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sortir de Paris sans leur permission. 11 en résulta une multitude d'arrestations. Tous ceux qui semblaient se diriger vers les barrières étaient interrogés et souvent retenus. 11 arriva que, dans la matinée du 14 juillet, on arrêta ainsi deux courriers du gouvernement. Us étaient chargés de dépêches pour M. de Launay, gouverneur de la Bastille ; on lui donnait Tordre de tenir tant qu'il pourrait*. La lecture de cette dépèche décida le siège de la Bastille, si déjà ce but ne s'était pas offer à la pensée des instigateurs du mouvement, comme les appelle un historien*.
Déjà une multitude immense s'était emparée des armes emmagasinées aux Invalides, elle avait à sa tête un des électeurs, M. Éthis de Corny, procureur du roi de la ville. Elle prit vingt canons et vingt-huit mille fusils. Cette multitude armée marcha ainsi à la BastiMe, dirigée par quelques militaires qui étaient parvenus à mettre un peu d'ordre dans le mouvement.
La Bastille n'avait qu'une faible garnison, formée de quatre-vingt-deux invalides et de trente-deux Suisses. Le blocus dura cinq heures. La population du faubourg Saint- Antoine s'était jointe en masse aux assiégeants.
L'Hôtel de Ville aurait voulu obtenir la reddition de la Bastille, où il aurait mis la garde nationale ; la multitude voulait prendre la citadelle d'assaut : tous les récits concordent à cet égard. Les députations, envoyées par les électeurs, ne purent s'entendre avec le commandant,
* Ces dépêches étaient du baron de Besenval.
* « Le peuple, dit M. Thiers, dès la nuit du 13, s'était porté vers la Bastille; quelques coups de fusils avaient été tirés; et il paraît que des instigateurs avaient proféré plusieurs fois le cri • ^4 la Bastille ' » (Histoire de la Révolution, I" vol., p. 105.)