‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 36 sur 183 · APP.ÈS LA PRISE DE LA BASTILLE · texte numérisé non relu

APP.ÈS LA PRISE DE LA BASTILLE

mêmes. Les plus violents, les plus implacables se précipitent, et les crimes se commettent, et ceux qui réclament la justice, la liberté, qui viennent de délivrer les prisonniers de la Bastille, massacrent, sans les connaître pour la plupart, les prisonnieis qu'ils ont faits eux-mêmes. Ainsi le major de Losme, que M. Louis Blanc, dans son Histoire de la Révolution^ appelle « le consolateur, l'appui, la providence des prisonniers de la Bastille \ » est égorgé comme le gouverneur, malgré tous les efforts d'un ancien prisonnier qui lui prouve sa reconnaissance en risquant sa vie pour lui, et qui tombe tout sanglant sur les marches de l'Hôtel de Ville, sans avoir pu le sauvera

La tôle du major est coupée et portée au bout d'une pique. L'aide-major Miray, le lieutenant Person, subissent le même sort. « Deux invalides furent pendus à une lanterne, en face de l'Hôtel de Ville '... » L'officier Béquard, dit M. Louis Blanc, le même qui avait empêché le gouverneur de faire sauter la Bastille, fut désigné comme un des porte-clefs; on lui abattit le poignet d'un coup de sabre, et on aUa promener triomphalement dans Paris cette main qui venait de sauver le faubourg Saint-Antoine. Béquard n'avait pas combattu : on le tua pourtant, et on ne découvrit l'erreur fatale que lorsqu'il n'était plus temps de la réparer *. »

Le mouvement qui venait de triompher à la Bastille se résuma, à l'Hôtel de Ville, en quelques meurtres nouveaux, et pour le comité des électeurs, pour la ville de Paris, en une situation nouvelle, que le comité avait ap-

• M. Louis Blanc, Histoire de la Révolution, l. II, p. 595.

* Louis Blanc, I*' vol., p. 595.

*R, id., p. 591.

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prélieridée, sans doute, mai^ qu'il n'avait pas réussi à em- [lédier. Le comité aurait voulu que la Bastille se rendît^ triais sans intenention populaire, sans combat. Il travaillait â former la garde nationale dés l'origine du mouvement dont le renvoi deNecker avait été la cause première; œlle garde formée, il n'avait su empêcher ni la prise d'armes aux Invalides, ni diriger l'insurrection dont la Bastille devint le point de mire. Il ne réussit pas mieux à prévenir, par un accommodement avec le gouverneur, l'assaut cl la victoire populaires, dont il redoutait les Huilrjs. Il avait d'abord voulu stipuler, par cet accommodement, les conditions auxquelles il s'engagerait à «obtenir, du faubourg Saint-Antoine » et des quartiers voisins, qu'ils un s(î portassent contre la place à aucune entreprise fijn<îHl(î. « Relirez vos canons, disait-on au gouverneur, ^1 doniHîz voire parole de ne commettre aucune hostilité. » In (gouverneur avait très-bien reçu les envoyés de l'Hôtel (1(1 Ville, union, officier de l'arquebuse, Billefod, sergenlniMJor d'iirlillerie, et Chaton, qui avait été sergent des UHrdcH rnnM;uisos; il accepta les conditions qui lui étaient |M'(}|Mih(^('M * ; et ((uand Thuriot de la Rozière, dont le nom M« |Mrii('nl(*ra plus d'une fois dans cette histoire, vint, cduinio h^pnW'iilunl d'un district voisin, demander au )j(MiV(irH(MU* (le faire descendre des tours les canons qui ('«liùtMil une muse d*alarme pour la ville entière, s'il lui h^piindil quon no pouvait les enlever sans un ordre du tuii il MJoulu qu'il les avait fait retirer des embrasures*. M. f huriol piH)U)ellail, comme rili^tel de Ville, d'obtenir (lu |Mn(|do» I» ooiiksatiou des hostilités, et il oflrait une

L'HOTEL DE VILLF. il5

garde bourgeoise qui se joindrait à la garnison de la Bastille; mais ni lui ni THôtel de Ville n'avaient alors assez de pouvoir pour opérer celte transaction, et quand Thuriot de la Rozière sortit de la Bastille, il courut des dangers personnels au milieu de la multitude insurgée, sur laquelle les idées de trahison exerçaient beaucoup d'empire.

Le mouvement qui avait lieu, dépassait non-seulement l'attente du pouvoir, de la cow\ comme on disait alors, mais celle de la municipalité improvisée qui représentait assez exactement à l'Hôtel de Ville cette partie des classes bourgeoises qui aspirait à fonder sur les idées nouvelles son propre pouvoir, et à marcher ainsi à la tête du tiers état, qui, pour elle, signifiait la bourgeoisie.

L'Hôtel de Ville aurait voulu, dans Paris évacué par les troupes royales, gouverner seul avec la garde qu'il venait de créer; traiter ainsi, comme ill'aurait entendu, avec la royauté en môme temps qu'il aurait fait respecter par le peuple sa propre autorité. Or les électeurs avaient pu, au milieu de la *fièvre électorale, quand les états généraux venaient de se réunir, quand la tolérance facile de M. Necker et l'enthousiasme populaire permettaient à peu près toutes les initiatives, dont l'intérêt du tiers état était l'objet, se poser comme intermédiaires entre Paris et les députés qui siégeaient à Versailles, s'emparer enfin du pouvoir municipal et devenir la seule autorité civile de Paris. C'était une des improvisations du pouvoir électif dans son premier épanouissement, ce ne devait pas être la dernière. Les électeurs avaient nommé les députés, ils se nommaient eux-mêmes. Appartenant à la classe moyenne, ils formaient une garde bourgeoise dont le cadre allait renfermer des millions de Français;

i:i;\H\i la fieasée de Mirabeau el de Sîeycs, et c'est ainsi qu'ils esf>éraient sans doute rafTemaîr l'état d'une sociéttf nécessairement ébranlée par un mouvement si nouveau, auquel amis et ennemis devaient bieulôt donner son nom véritable, celui de Révolution. Hais, après les agitations qui ont précédé et suivi la réunion des états généraux, une émeute partie du Palais-Royal, qui est toujours en avant de rilùtcl de Ville, et qui est le centre populaire, v/mxma l'Hùtel de Ville est le centre bourgeois, devient une insurrection, et, un jour, elle se présente à THôtel de Ville avec des tètes au bout des piques, pour procéder à de nouvelles exécutions qu'elle lui imposera, et qu'on le verra, sinon approuver, au moins tolérer comme inévitables; situation qu'il se crut forcé de subir, mais qu'assurément il ne pouvait vouloir, et qui menaçait de changer le cours de la Révolution, en mettant, dès lorigine, les sanglantes manifestations de la rue au-dessus de tout pouvoir civil.

En résumé, l'insurrection de la rue avait suin l'insurrection de l'Assenibléc contre l'ancien pouvoir; de quelque manière qu'on interprète le fait, il est incontestable; la prise de la Bastille était le serment du jeu de paume populaire.

Après la reddition de cette forteresse, Finsurrection victorieuse avait pris naturellement le chemin de l'Hôtel de Ville; quoique peu écouté, c'était encore, dans la ville dû Paris le pouvoir du moment. Même au milieu d'un mouvement révolutionnaire, il y a toujours chez l'homme une tendance à chercher quelque part un centre, un pouvoir. D ailleurs, il avait été d'abord arrêté que l'on conduirait le gouverneur de la Bastille à l'Hôtel de Ville, et ses dèl'ensours espéraient ainsi le sauver. On a vu déjà

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