‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 37 sur 183 · LES VAINQUEURS DE LA BASTILLE · texte numérisé non relu

LES VAINQUEURS DE LA BASTILLE

comment il avait péri sur la place de Grève. Quelques instants après, la foule insurgée, avec des cris qui de loin proclamaient sa victoire, venait toute armée se jeter sur la place de l'Hôtel-de-Ville, et triompher de la prise de la Bastille devant le comité qui avait voulu traiter avec le gouverneur.

Cette multitude fit irniption dans la salle avec un élan et dans un appareil qui étaient faits pour effrayer les électeurs; une main sanglante s'élevant au-dessus de la foule montrait la boucle de col du gouverneur, tandis que plusieurs des combattants étaient portés en triomphe et couverts de lauriers. Les clefs, le drapeau de la Bastille, le règlement de la prison au bout dune baïonnette, figuraient dans cette espèce de revue que l'insurrection victorieuse passait à THôtel de Ville. La place et les quais étaient remplis par les masses dont les quinze cents hommes environ qui défilèrent dans la salle formaient comme Tavant-garde.

M. de la Salle, commandant de la garde nationale, sauva la vie à des prisonniers que Ton voulait tuer sous les yeux mêmes du comité ^

M. de Flesselles, le prévôt des marchands, avait temporisé autant qu'il avait pu avec la multitude; il avait promis des armes sans les donner, suivant à peu près, au milieu de Teffervescence populaire, le même système que les électeurs qu'il présidait. On prétendit qu'on avait trouvé sur le gouverneur de la Bastille un billet du prévôt des marchands ainsi conçu : « J'amuse les Pari-

*■ L*abbé de Montgaillard (t. Il, p. 75) résume ainsi les résultats du siège de la Bastille : « On trouve une centaine de morts parmi les assaillants; de la garnison, outre le gouverneur et le major, deux lieulpnants et trois invalides ont péri sous les coups des assassins, t

Siens avec des cocardes et des promesses; tenez bon Jusqu'à ce soir, vous aurez du renfort. » Mais les historiens les moins favorables à M. de Fiesselles regardent comme très-problématique Texistence de ce billet que personne ne put produire, et qui ne fit partie d'aucun piwès-verbaP.

D'après la relation d'un électeur*, même avant l'invasion do rilùtel de Ville par les vainqueurs de la Bastille, les prôvenlions populaires à l'égard du comité étaient excessives, et Ton avait entendu ce cri : « Pas de comité particulier! Nous ne voulons pas de comité I » Les électeurs, pour ne point irriter davantage les défiances dont ils étaient Tobjet, s'étaient réunis dans la grande salle qui se trouvait ouverte à tout le monde. C'est là que M. de Fiesselles qui lcspii!isidait, devint la victime des soupçons qui s'étaient i*épandus sur lui, et sans doute de l'irritation qu'avait excitée le comité des électeurs. De Launay périt comme lo ivpréstMitanl de la force militaire qui avait résisté au mouvement insuri*ectionnel, de Fiesselles, comme celui du pouvoir civil qui avait essayé de transiger avec cette force, et de modérer le mouvement populaire.

Il est remarquable que, dans ces sortes de mouvements, il y a une grande conviction du droit qui les fait entreprendre, quelque chose d'absolu qui ne souflre pas la résistance, et qui la punit de mort, même sans jugement.

Nous aurons peut-être à analyser plus lard l'origine de ces impressions populaires.

Il n'y a qu'un avis sur les exécutions qui en sont le

* Voyez M. Louis Blanc, Histoire de la Révolution, II* vol.. p. 309.

* L'électeur Boucheron.

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