M. DE FLESSELLES
résultai, mais il importe, à pari la cruauté de certains caractères qui se montrent dans toutes les révolutions, de trouver la cause générale, si elle existe, des faits qui peuvent le plus attrister la pensée humaine. Ce ne serait pas la partie la moins importante de Thistoire que nous avons à écrire.
En butte aux accusations qu'on murmurait autour de lui, le prévôt des marchands, qui se sentait menacé, se leva en déclarant qu'il voulait se retirer, puisqu'il était devenu suspect ; mais on l'arrêta au milieu des électeurs, les uns, comme Dussaulx et quelques autres, cherchant à le défendre, tandis qu'un membre du comité, Gàrande Coulon, lui reprochait d* avoir trahi la patrie j et qu'un autre électeur lui criait : Cest vous, monsieur, qui serez responsable des malheurs qui vont arriver; vous n'avez pas encore donné les clefs des magasins de la ville où sont les armes et les canons ^
Ces paroles étaient une condamnation à mort dans un tel moment.
Abandonné par les électeurs, livré à ceux qui ne pouvaient pardonner à M. de Flesselles la conduite qu'il avait tenue dans Paris insurgé, il fut décidé qu'on le mènerait au Palais-Royal pour y être jugé : on ne pouvait s'étonner que le club populaire fût le tribunal choisi dans une telle occasion; mais à peine M. de Flesselles avait-il fait quelques pas qu'on le tua d'un coup de pistolet : sa tête et celle du gouverneur de la Bastille furent portées au Palais- Royal.
Tandis que le peuple soulevé s'étonne lui-même de son
* Cet électeur s'^appelait Delapoize. (Procês^verbal de V assemblée des électeurs, t. !•', p. 560 et 561.)
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succès, Cl achève de se mettre en état de défense contre les troupes royales, dont il semble regarder Tattaque comme inévitable, quelle est, à Versailles, la situation de l'Assemblée et du roi?
Les rappoits étaient actifs entre les électeurs et l'Assemblée, qui se trouva instruite du siège de la Bastille, lorsque le roi l'ignorait encore. Le comité des électeurs, étant resté en permanence, autorité unique dans Paris insurgé, recevant des nouvelles fréquentes et des assiégeants et des assiégés, était, par le fait, l'intermédiaire le plus direct entre l'Assemblée et Tinsurrection.
Au moment où la Bastille était assiégée, un député*, appartenant à cette minorité de la noblesse qui s'était d'abord réunie au tiers, partit de Paris où il était resté, et vint confirmer cette nouvelle à l'Assemblée.
Ce furent deux autres députés, d'Ormesson et Duport, qui annoncèrent la prise de la Bastille, la mort du gouverneur et celle du prévôt des marchands. Cette fois encore, l'Assemblée voulut envoyer une députation au roi, afin d'obtenir cet éloigncment des troupes qu'elle n'avait cessé de réclamer.
M. de Clermont-Tonnerre s'y opposa par des paroles qui, dans sa bouche surtout, caractérisent bien l'époque
* Ce député était le vicomte de Noailles (Moniteur y séBnce du 14 juillet, cinq heures du soir). Avant que la Bastille ne fût prise, deux électeurs, envoyés par THôtel de Ville, étnienl venus peindre à TAssemblé* la situation de Paris, et lui Avaient fait part de la demande, adressée par la multitude au comité des électeurs, de décréter \e siège. (Louis Blanc, t. II, p. 406.)
Tout se faisait par des décrets depuis les décrets de l'assemblée : qu'est-ce qu'un décret? un acte d'initiative souveraine et absolue; c'est ainsi que la souveraineté du peuple, sortie de la théorie protestante et philosophique, s'appliquait.
OÙ elles furent prononcées : « Non, laissons-leur la nuit pour conseil ; il faut que les rois, ainsi que les autres hommes, achètent Texpérience. »
On remit donc au lendemain Fenvoi de la députation ; ce fut le matin du 13; au moment où elle allait partir, que Mirabeau, dans un de ses mouvements d'éloquence, qui étaient pour lui des moyens politiques, faisant allusion à une réunion brillante qui avait eu lieu la veille à la cour, s'écria, en s adressant aux membres de celte députation :
« Dites-lui bien, dites-lui que les hordes étrangères, dont nous sommes investis^, ont reçu hier la visite des princes, des princesses, des favoris, des favorites, et leurs caresses, et leurs exhortations, et leurs présents; diteslui que toute la nuit, ces satellites étrangers, gorgés d'or et de vin, ont prédit, dans leurs chants impies, Tasservissement de la France, et que leurs vœux brutaux invoquaient la destruction de l'Assemblée nationale; dites-lui que, dans son palais même, les courtisans ont mêlé leurs danses au son de celte musique barbare, et que tel fut l'avanl-scène delà Saint-Barlhélemi !
« Dites lui que ce Henri, dont Tunivers bénit la mémoire, celui de ses aïeux qu'il voulait prendre pour modèle, faisait passer des vivres dans Paris révolté, qu'il assiégeait en personne ; et que ses conseillers féroces font rebrousser les farines que le commerce apporte dans Paris fidèle et affamé. »
Mirabeau et l'Assemblée ignoraient encore la soudaine détermination du roi : cette-nuit là même, le duc de La-
* Le roi avait à son service quelques régiments étrangers comme les rois ses prédécesseurs. C'était un système d'organisation militaire qu'on pouvait réformer, ce n'était pas, au moins, mie nouveauté.
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itK^lierouoauUl-Liancourl, qui avait accès auprès de lui, ooiuine ^raiul-nuulre de la garde-robe, était parvenu, en lui annonvaut la prise de la Bastille, en insistant sur la gravilè do la situation^ à obtenir de Louis XVI qu'il renonçi\l à loul système de résistance. Au récit que lui fit le duc do Liancinirt : « Quelle révolte ! » s'était écrié le roi. « Sin\ i>>pondil celui-ci, dites révolution. »
Monsiirm\ qui entra en ce moment avec le comte d'Artois, oxprima lo même avis que le duc de Liancourt; et IV doi niiM\ sadrossîuit au comte d'Artois : « Prince, lui dilil, voire liMo oM mise à prix, j'ai lu l'affiche de cette torriblo pitisoripliou. »
I.o nù Si* ivndil a l'Assemblée avec ses deux frères, sans parties ni appareil. Comme on applaudissait : u Attondoi, «> sWria Mirabeau, qui était ici comme le maitro dos i^éi'émonies do la Révolution, « que le roi nous ail lait iHumaîliv ses bonnes dispositions ; qu'un morne ivspool soil lo pivmier accueil fait au monarque. Dans ce niomonl do douleur, le silence des peuples est la leçon dos nus. » Lo i\>i resta debout, découvert, et prononça lo discoui^s suivant :
« Messieurs,
« Je vous ai rassemblés pour vous consulter sur les atlairos los plus importantes de l'État. Il n'en est pas de plus instante et qui alïecte plus spécialement mon cœur, que los désoiHlres affreux qui rèjrnenl dans la capitale. « Lo chef delà nation » vient avec confiance au milieu de ses i^piH^sonlauts leur témoigner sa peine, et les inviter à trouver les movens de ramener Tordre et le calme. Je sais qu'on a donné d'injustes préventions, je sais qu'on a