DISCOURS DU ROI
osé publier que vos personnes n'étaient point en sûreté. Serait-il donc nécessaire de vous rassurer sur des récits aussi coupables y démentis d'avance par mon caractère connu? Eh bien, c'est moi qui ne suis qu'un avec ma nation; c'est moi qui me lie à vous. Aidez-moi, dans cette circonstance, à assurer le salut de l'Etat; je l'attends de V Assemblée nationale : le zèle des représentants de mon peuple, réunis pour le salut commun, m'en est un sûr garant; et, comptant sur l'amour et la fidélité de mes sujets, j'ai donné ordre aux troupes de s éloigner de Paris et de Versailles. Je vous autorise et vous invite même à faire connaître mes dispositions à la capitale. »
Ce discours, où se faisait remarquer la bonté naturelle du prince, mais, en même temps, l'abdication de tous les moyens de résistance et de gouvernement, fut plusieurs fois interrompu par les acclamations de l'Assemblée ; au mot d'Assemblée nationale, prononcé par le roi, elle se leva spontanément : Louis XVI, en lui donnant le titre qu'elle avait pris, parut sanctionner tous ses décrets, et reconnaître toute l'autorité dont elle s'était elle-même revêtue.
Il est probable, certain même, que cette parole du roi, dite avec effusion, n'avait point, de sa part, une aussi grande portée : c'était surtout une parole de conciliation et de paix, le roi donnait à l'Assemblée le nom qui pouvait avoir, pour elle, le plus de prix dans la bouche de ce prince, le nom qu'il ne lui avait pas encore donné. Les députés se levèrent tous pour l'accompagner jusqu'au château : ils étaient sincères, la plupart au moins, et ils ne doutaient plus de l'avenir. Sans, peut-être, que l'illusion du roi fût aussi grande, son discours seul prouve qu'il était disposé à marcher dans cette voie de théorie et de rénovatiou ou-
verte par TAssemblée, avant elle, par les idées dont elle était sortie.
C*était une époque d'émotions et d'enthousiasmes ; la rapidité avec laquelle ces impressions venaient à s effacer pour faire place aux passions les plus ardentes et aux luttes les plus opiniâtres, a étonné plus d'un historien. C'est que les sentiments, même les plus généreux en apparence, de quelque part qu'ils viennent, sont toujours moins forts que les idées, surtout lorsque les idées sont devenues des passions, et que la Révolution de 89 était, avant tout, le champ de bataille des idées.
Le peuple de Versailles entoura le roi et l'Assemblée. Les cris de Vive le roi saluèrent le retour de Louis XVI avec ce cortège, qui semblait annoncer l'union intime du prince et des représentants. La reine parut à un balcon du château, et jouit de ce spectacle entre le jeune Dauphin et Madame Royale : le rapprochement qui s'opérait entre le roi et l'Assemblée ressemblait à une scène de famille.
Mais il y avait déjà ce qu'on appelle en révolution des faits accomplis : l'Hôtel de Ville, ou plutôt le Comité per^ maneni des électeurs, était, on le sait, un pouvoir en ce moment reconnu par l'Assemblée, le seul qui, d'ailleurs, existât alors à Paris. 11 fut décidé qu'à son tour elle lui enverrait une députation pour lui donner la nouvelle de la réconciliation qui venait d'avoir lieu. Mounier, Lally- ToUendal, Bailly, Sieyès, Talleyrand, Barrère, faisaient partie de cette députation. L'Assemblée, par l'organe des membres qui la représentèrent en cette circonstance, s'efforça de calmer les passions populaires, en même temps qu'elle accepta les principes et les résultats de l'insurrection, dont l'image était partout dans la grande ville.