‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 40 sur 183 · L'ASSEMBLÉE ET LE PEUPLE · texte numérisé non relu

L'ASSEMBLÉE ET LE PEUPLE

Celte population en armes, cette joie publique, qui, au lieu d'une attaque de la part des troupes, célébrait une paix inespérée, triomphe, après tout, pour l'insurrection parisienne comme pour l'Assemblée, voilà le spectacle qui frappa d'abord la députation.

Elle se rend à THôtel de Ville, où la Fayette et Lally- ToUendal prennent tour à tour la parole pour réconcilier le roi, à leur manière, avec le peuple qui les entoure, la Fayette reconnaît les erreurs du roiy et déclare « qu'il n'y retombera plus. » Lally-ToUendal, qui est l'homme de l'enthousiasme, et qui veut produire le plus grand effet possible sur ses auditeurs, s'écrie, en s'adressant au peuple : « Le roi est venu se jeter au milieu de nous; il s est fié à nous! einousj c'est vous!... 11 nous a demandé nos conseils, c est-à-dire les vôtres!.,. » Nous reproduisons ces paroles, à tant d'années de distance, sans aucune intention de satire. Elles étaient sincères, qu'on le remarque bien, et leur sincérité môme est un des lypes de Tépoque dont nous avons à raconter Thistoire. Assurément la monarchie n'était point sans ennemis directs dans l'Assemblée; mais, parmi ceux qui agissent alors, qui parlent au nom de cette Assemblée, il ne parait pas qu'il y eût aucune arrière-pensée. Il y a mieux: les insurgés d'hier, à la voix de Lally-ToUendal et de la Fayette, crient : Vive le roi! Vive la liberté ! Lally-Tollendal excite un si grand enthousiasme, qu'on lui met une couronne de fleurs sur la tête et qu'on le montre au peuple d'une fenêtre de l'Hôtel de VUle.

Or Lally-Tollendal et la Fayette étaient les amis de Necker; pour eux, le rappel de Necker devait suffire à toutes les difficultés du moment. Leur grande popularité donne la mesure de l'état de l'opinion dans Paris : deux

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nominations, failes parles électeurs de concert avec le peuple, celle de la Fayette comme général en chef de la garde nationale, et celle de Bailly comme maire, au lieu de prévôt des marchands, nom qui appartenait à lancien régime, un Te Detim chanté à Notre-Dame, sur la proposition de l'archevêque de Paris, complètent cette journée du 15, le lendemain de T insurrection du 14 juillet et de la reddition de la Bastille^ On dirait que tout est terminé par cette prière solennelle qui vient glorifier ces victoires, et que, dans la pensée de l'archevêque, au moins veut-il Tespérer, la plus grande de toutes est heureusement remportée, celle de la réconciliation générale.

Quelle que fût la cause des cris qui, dans la salle de THôtel de Ville, réclamaient la présence du roi à Paris, après les événements de la veille et de la journée, Bailly, de retour à Versailles, crut devoir conseiller au roi de paraître aussi dans la capitale, c'est-à-dire à THôtel de Ville, devant la multitude. Il était difficile que le roi, qui, de lui-même, s'était rendu à l'Assemblée, ne suivît pas cette Assemblée dans la voie qu'elle venait d'ouvrir en se faisant représenter auprès de l'Hôtel de Ville et du peuple de Paris.

Des actes de celte nature augmentaient assurément la puissance du peuple et de FHôtel de Ville ; mais il y a

* Éthis de Corny, ancien compagnon de la Fayette en Amérique^ s'empressa, dans les mômes circonstances, de proposer Téreclion d un monument « à Louis XVI, régénérateur de la liberté française. » C'est ainsi que le nom et la personne du roi, de cette grande monarchie qui avait fait la France, masquaient encore et facilitaient la route que la Révolution avait alors à parcourir ; une telle statue de Louis XVI, comme trophée de Finsurrection, était cependant, dans la voie où Fon marchait, une de ces bornes milliaires qui marquaient la distance où le 14 juillet 89 éUit du 21 janvier 93.

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