‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 43 sur 183 · YOYAGE DE PARIS. IM · texte numérisé non relu

YOYAGE DE PARIS. IM

sentaient la députa tion de l'Assemblée et ces rassemblements tumultueux qui se mêlaient au cortège et qui accompagnaient son passage.

Les gardes du corps ne purent pénétrer dans Paris, dont on leur interdit l'entrée; une haie de cent cinquante mille hommes, par Tordre du Comité permanent des électeurs, s'étendait de la barrière de Passy à THôtel-de-Ville. « Cette multitude enrégimentée, » dit Rabaud Saint-Étienne, « attendait le roi. » Le voyage de Versailles à Paris avait duré sept heures. Le cri de Vive la nation! qui avait remplacé celui de Vive le tiers état! se faisait surtout entendre. Le cri de Vive le roi! n'était guère prononcé que par quelques membres de l'Assemblée. A la porte de Passy, le nouveau maire, Bailly, oflrit au roi les clefs de Paris et prononça cette phrase, dont le sens a été souvent commenté, mais qui n'était qu'un détail dans une situation comme celle qui amenait le roi à Paris : « J'apporte à Votre Majesté les clefs de sa bonne ville de Paris; ce sont les mêmes qui ont été présentées à Henri IV. Il avait conquis son peuple ; ici c'est le peuple qui a conquis son roi. » Au moment où la voiture du roi traversait les Champs- Elysées, une balle, qui semblait dirigée contre cette voiture, vint frapper une femme, qui tomba mortellement blessée. Bailly dit, en racontant ce fait dans ses Mémoires : c( Nous avons lieu de croire que ce malheur fut un coup du hasard, mais il parut extraordinaire. »

Lorsque le roi arriva à THôtel de Ville, on remarqua cette circonstance, qu'en montant les degrés qui mènent à la grande salle, il passa sous une voûte de baïonnettes et de piques croisées sur sa tète. Un historien ^ attribue ce

< M. Louis Blanc, p. AW, t. II.

138 CHiPITBK IV.

cérémonial étrange aux usages maçonniques et à Thabitude que l'on a dans les loges de recevoir sous la voûte d'acier les visiteurs de distinction*. Le roi montra beaucoup de calme, comme s'il eût été préparé à cette étiquette nouvelle. Harangué par Bailly et le président des électeurs, il prononça quelques paroles touchantes. H était facile de prévoir les suites de la démarche qu'il faisait dans cette journée.

Le roi ne pouvait plus rien refuser des faits accomplis ; seulement les amis de Decker, les partisans de la Constitution anglaise, espéraient encore faire sortir de Tinsurrection du 14 juillet, de la reddition de la Bastille, d'une révolution parisienne, cette chambre des pairs qui représente la tradition aristocratique de la Grande-Bretagne, et cette chambre des communes dans laquelle se personnifie TAngleterre provinciale, avec ses comtés, même avec ses royaumes d'Ecosse et dlrlande. Il n'était pas probable cependant qu'avec les scènes de THôlel de Ville et la multitude de Paris, on pût obtenir ce résultat : la chambre des lords et la chambre des communes ; on n'improvise pas le travail des siècles. Plein des meilleures intentions toutefois et de ces espérances, Lally Tollendal s'empressa de haranguer le roi et le peuple, a Eh bien, citoyens, s'écria-t-il, èles-vous satisfaits? Le voilà, ce roi que vous demandiez à grands cris, et dont le nom seul excitait vos transports, lorsqu'il y a deux jours nous le proférions au milieu de vous! Voilà celui qui vous a rendu vos assemblées nationales et qui veut les perpétuer; voilà celui qui

^ Il explique de la manière suivante V honneur singulier, comme il rappelle, qui était rendu au roi : « La plupart des révolutionnaires, nous Tavons dit, étaient aflGliés aux sociétés secrètes de la franc-maçonnerie. » (L. 6., p. 420, id.)

Page 1