‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 45 sur 183 · L'ADRESSE I>E L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

L'ADRESSE I>E L'ASSEMBLÉE

que la Fayette s'écrie : a Qu'on me délivre d'une charge qui me force à être témoin de ces horreurs ^ ! »

Il était impossible que l'Assemblée ne partageât point ces sentiments ; Lally-ToUendal aurait voulu qu'elle fit au peuple une adresse énergique dont il lui soumit le projet ; elle fut adoptée, mais avec des changements tels, qu'elle ne pouvait produire aucun eflet et qu*elle passa presque inaperçue. C'est que l'Assemblée avait de la peine è blâmer même les conséquences qu'elle devait le plus déplorer d'une insurrection qui semblait assurer son pouvoir. Ce n'était pas en elle-même que l'Assemblée aurait trouvé cette force matérielle dont toutes les autorités ont besoin pour exister. Elle était devenue une autorité, une autorité souveraine, par le fait, la première dans l'État ; mais un autre pouvoir, celui de la place publique, avec ses colères, quelquefois ses fureurs, commençait à se montrer. Quelle règle, quelle limite lui montrer, lui faire accepter, et comment la soumettre à l'Assemblée? A côté de la faible adresse que celle-ci vota, on entendit ces tristes paroles de Barnave : « Je m'afflige des accidents arrivés dans la capitale^ mais ils ne doivent pas nous occuper; je demande si le sang qui vient de couler doit crier bien haut. » Robespierre s'efforça de justifier les meurtres commis à l'Hôtel de Ville; Mirabeau, qui, après avoir espéré devenir ministre et maître du pouvoir, se trouvait en ce moment écarté du but de son ambition , écrivait contre le passé, lorsqu'il s agissait du présent, et jetait, autant qu'il pouvait, le voile brillant de son éloquence sur les crimes de la rue% lorsqu'il disait que le

> L. Blanc, Histoire de la Bévolution, t. II, p. 453. * i 9* lettre de Mirabeau à ses commettants.

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peuple^ ayant été opprimé par Vinjmtiee des autres classes^ avait trouvé sa justice dans sa barbarie même.

Ce langage de Mirabeau, dont Tambition, pour « se rendre possible, » comme on a dit depuis, faisait la part du sang, caractérise la situation.

Cette situation produisait immédiatement ses résultats.

Le retour de Necker, auquel nous avons déjà fait allusion, était le complément de la victoire du peuple de Paris et de TAssemblée. Le ministre qui, par son attitude, avait protesté contre la déclaration du 23 juin, qui s'était ainsi séparé du roi quoique membre de son conseil, revenait logiquement au pouvoir, quand le roi cédait à l'Assemblée et à rinsurrection. Le renvoi de Necker avait été comme le signal de l'opposition la plus vive et du mouvement populaire, son rappel couronnait la victoire de cette opposition et de l'insurrection elle-même. Il regut à rilôtel de Tille et dans l'Assemblée l'accueil le plus enthousiaste.

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