‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 49 sur 183 · L'ŒUVRE DE L'ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

L'ŒUVRE DE L'ASSEMBLÉE

terme; en ce moment, il importe surtout d'indiquer les circonstances au milieu desquelles l'Assemblée, issue du mouvement de réforme philosophique du dix-huitième siècle, vient, avec une sincérité que nous ne voulons pas contester, procéder à la formation, ou, si Ton aime mieux, à la création d une France nouvelle.

L'Assemblée avait pu déjà s'apercevoir que Vœuvre n'était pas facile, elle le montrait par l'excessive modération dont elle faisait preuve à l'égard du désordre de la rue, qui, d'ailleurs, pour plus d'un de ses membres, n était pas le désordre *.

Cependant c'était au milieu de telles circonstances

^ Lorsque la proclamation proposée par Lally Tollendal fut Iransformée en adresse, rAssemblée rejeta le paragraphe suivanl : « Désormais, quiconque exciterait des troubles doit être réputé mauvais citoyen et sujet rebelle. • Ce mot de sujet avait dû être naturellement repoussé : sujet de qui? sujet du roi ou de TAssemblée? L'Assemblée était parle fait le premier des pouvoirs : n'était-elle pas constituante? Mais de qui tenait-elle son autorité? Du souverain^ comme disaient Rousseau et Bailly : le souverain ne pouvait être le sujet de personne. D'ailleurs, comment flétrir les troubles, au moment où Ton glorifiait l'insurrection du 14 juillet? Certes, la proposition de Lally Tollendal partait des intentions les plus droites et les plus pures; l'influence de ce qu'on appelait alors la cour une fois écartée par le mouvement du 14 juillet, Necker et le ministère, dont il était le chef, rappelés au pouvoir, qu'y avait-il à faire? Ëtablir un gouvernement régulier, appliquer les idées de Montesquieu et copier en France les institutions de la (k*ande-Bretagne, en se les assimilant par les théories du grand écrivain sur la pondération des pouvoirs ; mais la réalité des faits se dressait contre toutes les espérances, contre les utopies et les bons sentiments de Necker et de ses amis; ils voulaient réprimer les trouUes, et la majorité de l'Assemblée, qui, par la force de la position qu'elle avait prise, des idées qu'elle avait soutenues et proclamées, avait préparé malgré elle, sans doute, une telle situation, sous l'empire dldées dont elle n'avait pu apprécier les résultats, était forcée de subir toutes les conséqueiiees» et de cette position et de ses propres act^;

qu'elle avail à faire la Constitution, mission qu'elle s était imposée par le serment du Jeu de paume, et que, d ailleurs, les partisans des idées nouvelles lui avaient comme donnée d'avance, lorsque les états généraux n'étaient pas encore réunis, lorsqu'il n'était pas même question de les réunir. On n'a pas oublié cette parole de Turgot adressée à Louis XYI, quand il disait que tous les maux de la France venaient de ce qu'elle n'avait pas de Constitution.

Mais enfin une entière satisfaction allait être donnée aux aspirations du dix-huitième siècle, à ses philosophes, & ses théoriciens, à ses économistes; car Ton peut dire que, par l'influence de leurs théories, qui, sous une forme ou sous une autre, avaient pénétré partout, à la cour même, qui, par leur côté philanthropique, avaient séduit même le cœur d'un roi chrétien et ami du peuple; ils avaient comme nommé l'Assemblée nouvelle, où toutes les doctrines du dix-huitième siècle devaient bientôt se personnifier, môme dans les rivalités et les luttes des partis, sectes plutôt que partis, dévouées à certaines opinions préconçues, à certains dogmes, nous l'avons déjà dit, dans lesquels vinrent se personnifier aussi et s'affirmer les caractères, les vices, les ambitions des hommes, les personnalités révolutionnaires avec une logique, dont les événements seront les meilleurs témoins.

Il est vrai que, pour accomplir l'œuvre immense qu'elle avait entreprise, remanier le pouvoir, le reprendre par sa base, fonder, comme on disait, la liberté, l'Assemblée nationale constituante jouissait d'une grande popularité qui n'avait reçu encore aucun échec, malgré la puissance des clubs, de la presse, et cet accès d'anarchie qui tout d'un coup avait saisi Paris et la France.

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