‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 52 sur 183 · POPULARITÉ DE L ASSEMBLÉE · texte numérisé non relu

POPULARITÉ DE L ASSEMBLÉE

L'Assemblée, on Ta vu, avait reçu les hommages des plus grands corps de TÊtat, à commencer par le parlement de Paris ; des adresses, envoyées de toutes les parties du royaume, suivirent ou accompagnèrent cette espèce de reconnaissance d'une nouvelle autorité, de Fautoritë élue et souveraine.

C'est au moment où l'Assemblée, investie en apparence de tout ce pouvoir, allait procéder à Texamen du projet de Constitution qui lui était soumis, que le retour et le triomphe de Necker avaient eu lieu et que sa popularité avait rencontré un premier échec.

Quant à l'Assemblée^ on a vu qu'elle était toujours populaire, et on a pu suivre sa politique, à l'égard de cette nouvelle puissance qu'on appelait le peuple ou la natioUy dans TaiTaire du baron de Bezenval.

La popularité amoindrie de Necker se rencontrait donc

écrit ainsi Thistoire, qu'il ait appelé force, autorité, ce qui se passait en France à cette époque, au milieu des meurtres, des incendies, de Tanarcbie, qui s'étendaient d'un bout de la France à Tautre.

Que les partisans des nouvelles idées les défendent, dés qu'ils les regardent comme la base du renouvellement même des sociétés humaines, nous le comprenons ; mais qu'ils racontent ainsi les faits, qu'ils appellent le peuple l'instrument crédule du révolutionnaire Duport et des clubistes de Paris, et qu'ils donnent le nom de la nation à cette puissance aveugle, formée de passion et d'ignorance qui va remplacer en effet tout pouvoir régulier, à côté de l'Assemblée ellemême, c'est ce que nous ne comprenons pas; au reste, nous ne pouvons, en ce moment, où nos yeux tombent sur l'histoire de M. Mignet, publiée sous la Restauration, mais dont il a paru une édition récente, ne pas faire une observation qui se présente ici naturellement; l'histoire cependant n'est pas de la polémique, et nous ne voulons pas en faire, ce que nous tenons surtout à constater, c'est à quel point Tesprit de théorie et de système, après avoir agi sur les hommes qui ont participé à la révolution de 89, a influencé ses historiens.

avec la popularité encore intacte de TAssemblée, et l'on ne prévoyait pas comment une assemblée qui avait montré envers l'insurrection triomphante une mesure toute particulière^ pour nous exprimer ainsi, pourrait perdre \m crédit qu'elle semblait ménager avec tant de soin. <]ar, si le roi, le représentant du pouvoir héréditaire (le la grandi; tradition historique, était allé à THôtel de Ville après le 14 juillet, l'Assemblée qui s'était placée par le fait au-dessus de toute tradition, l'Assemblée constituante s'était aussi inclinée devant le 14 juillet, la prise <lû la Bastille et l'Hôtel de Ville.

Il est vrai que Ton regardait le 14 juillet comme sa victoire, et comme la défaite de la royauté, dont l'armée s'était retirée, tandis que le peuple^ qui avait combattu dans cette mémorable circonstance, il n'était pas bien nombreux à la vérité, et les gardes françaises ne lui avaient pas été inutiles, était l'armée de TAssemblée.

Cette Assemblée, qui semblait maîtresse de l'avenir, 4]ui avait à Mm la Constitution, aurait dû pouvoir nommer sou pi»pre président.

Kile venait d'élire Thooret è la place du duc de Liancourt) lorsqu'une vive opposition se manifesta du i^)(<^ le plus avaiKNtV de TAssemblêe contre un président ikmt ou accusait la uiodèratlion de compUtsanœ envers la a»itr. iXte oppo$ilio4i« qui avait éclalé dans TAssem- Môt\ $e cvxinmuuiqua hienlùt i Paris \ c'est-à-dire au cluk du k\i^lai^Rv^y;id^ à cette efienescence organisée d*oà t'taHHil |vir(i$ J<j|à laul d appels à 1 insanrection et au

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une organisation fédérale et provinciale, par le vieil esprit légiste qui venait d'Angleterre et une immense étendue de territoire à défricher '.

Après une discussion vive et assez courle, les partisans d'une déclaration des droits remportèrent.

Mais ce n'était que le principe de cette déclaration qui était voté.

Ce qui montrerait bien, si cela était nécessaire, les idées théoriques de FAssemblée, c'est Tétat même de la France pendant qu'elle délibérait sur une question de cette nature.

Tandis que TAssemblée discutait, pour ainsi dire, la préface du projet de Constitution qui lui était soumis, un autre comité, celui des rapports, lui signalait en ces termes une situation dont le caractère est assez clairement indiqué par les paroles suivantes, que le rapporteur de ce comité prononça devant TAssemblée elle-même' : « Les propriétés, de quelque nature qu'elles soient, sont la proie du plus coupable brigandage; de tous côtés, les châteaux sont brûlés, les couvents détruits, les fermes abandonnées au pillage. Les imjjôts, les redevances seigneuriales, tout est détruit. Les lois sont sans force, les

* Autrefois on disait en Amérique, lorsqu'il s'agissait d'insurrection et de révolution, ifs cheaper, « il est meilleur marché » de travailler et de cultiver la terre ; mais il parait que cette doctrine économique et politique commence à se perdre aujourd'tmi, et que la théorie de l'insurrection l'emporte; il est vrai qu'on a beaucoup travaillé et cultivé et que la population augmente ; les théories américaines n'auraient-elles été conciliables avec l'existence d'un pays qu'à une condition, c'est qu'elles eussent autour d'elles tout le vide d'une terre immense, propriété inépuisable de tous ceux qui ne possédaient rien?

< Séance du 3 août 1789.

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