LA NUIT DU 4 AOUT
magistrats sans autorité, Injustice n*esi plus qu*un fantôme qu'on cherche inutilement dans les tribujiaux. »
Ce rapport fut Toccasion même de la séance du 4 août, une des plus extraordinaires, des plus inattendues, quoiqu'elle fût très - logique, de l'Assemblée constituante, au point de vue où se placèrent les hommes dont l'intervention et l'enthousiasme en déterminèrent les résultats.
D'après les convictions très-sincères, très-désintéressées assurément, de ces hommes qui appartenaient à la première noblesse du royaume, il fallait supprimer non-seulement tout*^ l'organisation ancienne de la propriété nobiliaire, mais tout ce qui, sous une forme ou sous une autre, re présentait ce que l'on appelait alors un privilège, tout ce qui paraissait contraire aux droits naturels ^ à l'égalité.
Le duc de Noailles, un homme de cour, mit le feu à cette longue traînée de poudre qui allait, en une seule nuit, faire sauter un état de propriété et une orgaganisation sociale, sous le nom alors si attaqué de privilèges, qui, sans doute, pouvaient offrir matière à d'utiles et sages réformes, mais qui ne devaient point disparaître avec cette impétuosité révolutionnaire, avec ce fiévreux entraînement, dont il n'est que trop facile d'apprécier le caractère.
Il suffit de reporter ses regards sur cette nuit du 4 août, où, dans une ardeur d'améliorations et d'utopie qui ne pouvait plus s'arrêter, on démolissait tout ce qui avait existé jusqu'alors, où l'on proposait déjà la suppression même du Parlement à côté de la réforme du droit de chasse, pour se rendre compte de l'esprit qui agissait sur l'Assemblée tout entière.
Ce fut surtout sur un point capital, qui exigeait la plus
17S CHAPITRE YI. *
g rande prudence dans les changements à opérer, si tanl de changements étaient en effet nécessaires, que Ton peut étudier et juger l'esprit d'innovation qui éclatait dans la noblesse elle-même.
Le principe d'égalité, principe absolu naturellement, parce qu'il était abstrait, voulait qu'il n'y eût plus au cune espèce de privilège, pas même celui des provinces.
Peu importait que tel privilège local donnât à la province une base, une force dont elle pouvait avoir besoin, une organisation qui lui fût bonne, utile, précieuse, par exemple comme celle des états du Languedoc, que nous avons étudiée dans le premier volume de cette histoire. Le moment était arrivé où tout ce qui pouvait distinguer une province d'une autre devenait une contradiction, que la théorie de l'égalité absolue ne pouvait tolérer.
On aurait compris qu'après toutes les attaques dont les droits féodaux avaient été Tobjet, droits, au reste, dont la réforme était demandée dans les cahiers des états généraux, on doit s'en souvenir, une proposition même extraordinaire eût devancé, dans l'Assemblée, l'examen et la discussion régulière de cette réforme.
Et si c'étaient des membres mêmes de la noblesse qui fussent venus proposer d'effacer jusqu'aux derniers vestiges de la féodalité, tandis que le brigandage qui désolait la France brûlait et détruisait leurs châteaux, dévastait leurs propriétés, certes, il y aurait eu, dans un acte de cette nature, une garantie assez forte pour les plus soupçonneux amis de Tégalitè et de la liberté, comme on disait alors, et du triomphe des idées nouvelles.
Mais si, à la lueur même deTincendie de ses châteaux,