‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 54 sur 183 · LA NOBLESSE A L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE · texte numérisé non relu

LA NOBLESSE A L'ASSEMBLÉE CONSTITUANTE

la noblesse de TAssemblée signait un pacte solennel avec l'esprit de réforme et d utopie qui régnait alors, le mouvement extraordinaire, dont elle prenait l'initiative dans la nuit du 4 août» ne s'arrêtait pas à la suppression des droits féodaux.

Un de nos historiens les plus révolutionnaires, M. Louis Blanc, en est lui-même attendri, et il est le premier a proclamer ea ces termes la sincérité et là grandeur du sacrifice offert par la noblesse de l'Assemblée constituante : « Des rapports alarmants, des récits pleins d'images sinistres, arrivaient à Versailles de chaque point de la France. Évidemment tous ces débats de f Assemblée marchaient moins vite que les passions du peuple. Il se tint alors, pour les gentilshommes que la philosophie du dix-huitième siècle avait à demi engagés à son service^ des conciliabules secrets, où dominèrent le fougueux vicomte de Noailles, le duc d'Aiguillon, ardent à cacher son père aux yeux de la postérité, le duc de la Rochefoucauld, Alexandre de Lameth, ceur que l'aigre dépit de Rivarol appelle les démagogues de la démocratie. « Qu'avpns-nous à hési- « ter? se disaient-ils, voilà que le destin se prononce contre « le régime féodal. Ah! il ne nous reste plus qu'à honorer « de notre mieux son agonie ; » et ils décidèrent qu'euxmêmes, les premiers, ils proposeraient l'abolition des droits féodaux. Conduire les funérailles du passé, c'était maintenant le point d'honneur de la noblesse !

« On a écrit que cette décision n'eut rien de volontaire ; que la peur l'avait conseillée; que la nécessité l'imposa... Pour nous, nous ne tenons pas la nature humaine en si petite* estime qu'il nous plaise de n'assigner aux faits éclatants de l'histoire qu'une origine avilissante. Nous rougirions d'avoir à reconnaître que toujours inévitablement

il* ca&iiiisEn.

ht jmlÂûe: est ùJènastt en paksuKe i Tégoisiiie ou à k peur. NoD. iioq« ii n'en ta pis de b sorte, et c'est préciséflOMeot la «idire de la BfrvolutioQ d'amr embrasé de sa flamme ces oceurs eanemis, d'avoir tq oenx-li mêmes qu elle frappa tomber à çenoox devant elle de re^>ect et d admiration'.*

X l'égard de la proposilion qui supprimait les droits léudaujL*, en proclamant d auties nê&Mioes, d'ailleurs réclamées par les cahiers des états généraux, comme rutilé de l'impùt par exemple, M. Louis Blanc fait obserrer que le duc d'Ai;^uillon devait prendre l'initiative en cette circonstance, et que le club breton, dont il feisait partie, l'en avait chargé la veille; de sorte que la motion du vicomte de Noailles fut une surprise pour le club breton lui-même, dirigé par ce Duport qui avait eu tant de part au iiiouvenient extraordinaire dont les résultats, en ce ffioment, effrayaient et désolaient la France.

Ou s'est plaint souvent de ce que l'ancien régime, par sa résistance àia Révolution, avait provoqué cette Révolution, enflammé ses haines et attiré sur le pays les plus grands fléaux. Il nous semble que la nuit du 4 août est une réponse suffisante à ce reproche et qu'à voir tous ces hommes qui rivalisent dan^ leurs propositions de réformes, qui les accumulent les unes sur les autres comme

* Histoire de la Hévolulion, par M. Louis Blanc, t. Il, p. 485 et 484.

« M. Louis Blanc résume ainsi la proposition, ou, comme on disait ulor», la njûtion du duc de Noailles :

tf L'égalit/j dans Timpôt ;

« La destniction des privilèges qui écrasent le peuple ;

« L'abolition des droits féodaux moyennant rachat ;

« L'abolition, sans rachat, des corvées seigneuriales, des mainluurtes, de toutes les servitudes personnelles. »

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