ASSEMBLÉES ÉLECTORALES
voulu aussi que les hommes de la campagne, fermiers et laboureurs, concourussent au vote élecloral dans la piH)portion d'un quart. Le règlement du 24 janvier 89 avait donné une base si large aux élections, qu*il nous serait difficile de ne pas nous y arrêter ici : « Tous les nobles, tous les prêtres, tous les Français du tiers état porlôs sur un rôle de contribution, étaient éligibles, et non-seulement le règlement prescrivait aux nobles et aux ecclésiastiques de faire, dans chaque réunion élecloiale, des cahiers pour expliquer leurs vœux et leurs doléances ; mais les assemblées primaires, du liers état (car pour cet ordre il y avait deux degrés d'élection) devaient en faire autant et remettre leurs cahiers aux électeurs qui rédigeraient ensuite leurs propres cahiers pour leur député aux états généraux.
Cette discussion autorisée dans les assemblées primaires était assurément la |)lus grande liberté de parole qu un gouvernement eût jamais donnée dans un pays.
A côté de l'impulsion énorme qu'une telle discussion devait imprimer à Fopinion, à côté de cette multitude des assemblées du tiers où se trouvaient noyées» pour ainsi dire, celles du clergé et de la noblesse, rappelons encore ici que dans le clergé même il y avait une puissante majorité sortie du tiers état, et qu'elle pouvait nommer peu d'évêques et d'ecclésiastiques nobles, ce qui arriva en effet.
Lorsqu'on se reporte à l'esprit de l'époque, on reconnaît bientôt que la composition même du clergé doublait presque les forces du tiers étal ; en outre, « tous les curés, qui appartenaient généralement à cet ordre, étaient électeurs de droit, tandis que les chanoines ne l'étaient
i$ CUAPITKË PREMIER
pas et devaient nommer un électeur pour dix chanoines ^ n
11 ne faut pas perdre de vue non plus un fait d*une très-grande importance, c est que si les électeurs ruraux pouvaient choisir comme représentants des propriétaires riTihles ou possesseurs de fiefs, il n'était guère probable qu'ils usassent beaucoup de cette faculté, et qu il en devait résulter, pour l'élection de députés bourgeois, la prépondérance des villes sur les campagnes à une im- HuttiHc majorité, car les petits propriétaires des cam pagnes n'olTraient point, sous le rapport de l'instruction, assez de garanties pour fixer les suffrages. C'est ainsi qu'un si grand nombre de magistrats inférieurs et d'avocats domina dans le tiers état et dans l'Assemblée constituante.
Cette influence môme de l'esprit citadin était une force de plus pour le tiers état, car dans une chambre où rifitérôt agricole eût compté plus de représentants^ où la grande propriété l'aurait peut-être groupé autour d'elle, il y aurait eu moins de tendance aux innovations et aux théories qui avaient pour but de changer, non pas seulement le système du gouvernement, son principe, mais la société, et le tiers état, dans cette voie où il marchait, eût rencontré plus d'obstacles de la part des campagnes que des villes. On sait que là le passé a plus d'empire, et que les vieilles coutumes, les antiques traditions, sont comme enracinées dans le sol.
Il n'est pas inutile aussi de compléter ce que nous avons déjà dit dans le premier volume de cet ouvrage,, à l'égard des cahiers des trois ordres.
* De la France avant la RévolutiaUf par M. Raudot, p. 35&.