‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 7 sur 183 · LA KODLÊSSE. — LE CLERGÉ · texte numérisé non relu

LA KODLÊSSE. — LE CLERGÉ

Ces cahiers, avanl toute discussion, semblaient demander assez de réformes pour satisfaire Tesprit d'innovation le plus exigeant. La noblesse réclamait la périodicité des états généraux, la responsabilité des ministres, la suppression des lettres de cachet et de la Bastille, ce qui était pour cet ordre comme une question personnelle, TaboHtion des dimes; elle voulait qu'on mit des limites à l'accroissement des biens du clergé ; il y avait même des cahiers de la noblesse où l'esprit philosophique demandait la suppression des ordres religieux. La noblesse, d'ailleurs, se soumettait elle-même à l'impôt, et consentait à Fabolition des droits féodaux.

Dans quelques-uns de ses cahiers on trouvait aussi l'expression d'un vœu remarquable, celui de la création d'un quatrième ordre, d'un ordre des paysans : c'était la campagne opposée à l'esprit citadin delà bourgeoisie, la campagne avec ses intérêts positifs et distincts.

Le clergé faisait tous les sacrifices qu'on pouvait lui demander, il consentait d'avance à l'égalité de l'impôt pour tous les ordres, il adoptait, en économie politique, la liberté de l'industrie et du commerce, il voulait que le tiers état pût exercer toutes les charges, même d'épée, qui appartenaient à la noblesse.

Or, si l'on compare les vœux différents des deux premiers ordres, les réformes que la noblesse demandait à l'égard du clergé et l'esprit qui animait ce corps lorsqu'il s'agissait de la noblesse, il est facile d*en conclure que le tiers état pouvait compter tantôt sur l'appui de la noblesse dans les réformes qu'il croirait utile de demander au clergé, tantôt sur le concours du clergé, quand il aurait à en réclamer delà noblesse.

n est vrai que, dans les cahiers du tiers état, l'esprit

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d'innovation se inontrail plus impérieux et plus général que dans ceux du clergé et de la noblesse.

C'était là que les idées de Montesquieu sur Téquilibre des pouvoirs se trouvaient mêlées aux formules de Rousseau et de Mably, le gouvernement royal constitutioimel à la souveraineté du peuple et à la république, l'Amérique à l'Angleterre, Rome à Lacédémone.

11 faut reconnaître sans doute que si l'on consulte la généralité des cahiers, on y trouve le principe monarchique adopté et proclamé tel qu'il existait en France ; mais cette définition même du pouvoir dans un vieux pays où il avait traversé tant de siècles, n'avait-elle pas quelque chose de bien théorique? On ne pensait guère à ces sortes de définitions sous Henri IV et sous Louis XIV.

Ce n'était point tout: à côté d'une telle démonstration d'opinion, de ce courant d'idées établi d'un bout à l'autre de la France, par les assemblées électorales du suffrage universel, une nouvelle puissance s'était élevée, celle de la presse créée de fait par Loménie de Brienne, lorsqu'il avait obéi à l'esprit de théorie philosophique, en invitant les écrivains à traiter, sans avoir rien à redouter de la censure, toutes les questions qui pouvaient toucher à l'organisation des états généraux. Les journaux, les pamphlets, étaient comme sortis de terre, les noms de Kersaint, de Brissot, de Clavière, de Condorcet, de Carra, de Yolney, venaient à la suite de celui de l'abbé Sieyès. «Carra*, dit M. L. Blanc, dont nous reproduisons ici les paroles, s'indignait, dans ï Orateur pour les états généraux^ du nom de sujets donné aux membres des états assemblés; il rappelait que la nation était le souverain véritable', et le roi

* Voyez Louis BhnCf Histoire de la Révolu tioriy t. II, p. 223.

* Formule du Contrat social de Rousseau.

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son subdélégué seulement. » Des brochures concises, énergiques, ajoute M. L. Blanc, des proclamations pittoresques passaient de boutique en boutique, couraient de rue en rue, parvenaient au village, et, malgré des alarmes vigilantes, pénétraient jusqu'au foyer du pauvre : — Avis aux Parisiens, Avis au public^ Avis aux bonnes gens^ Manière de s'assembler ^ Au moment où les états généraux se trouvèrent réunis, le ton de la presse avait pris tant de violence qu'il parut nécessaire au gouvernement d'y mettre un terme en rétablissant la censure. Déjà les excitations au désordre, les attaques les plus audacieuses contre la reine étaient devenues les armes ordinaires d'une partie de cette presse; la mesure prise par le pouvoir, surtout lorsque l'assemblée n'avait pu encore régler la législation en matière de publicité, n'avait donc rien d'extraordinaire : Mirabeau qui venait de faire paraître le premier numéro d'une feuille nouvelle sous ce titre : Le Journal des états généraux^ vit cette feuille supprimée par le même édit royal qui rétablissait la censure, mais il déclara, dans une Lettre à ses commettants^ qu'il n'obéirait pas à Tédit et continua son journal; le gouvernement, en présence de la popularité qui entourait déjà Mirabeau, céda et, par le fait, laissa à la presse la liberté la plus complète : de sorte qu'en face d'une assemblée élue par le suffrage universel, où la discussion ne devait pas connaître de limites, où l'on pourrait tout dire, la liberté de tout écrire n'était pas moins absolue.

C'est au milieu de ces circonstances que le tiers état auquel ce système de concession ne paraissait pas suffisant, blessé et inquiet des lacunes qu'il trouva dans le

^ Louis Blanc, Hist, de la RévoLf t. II, p. 225.

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discours dcNcckcr, le jour de la séance royale qui ouvrait les étals généraux, de son silence surtout à Tégard de la question du vole par ordre ou par tète, se concerta, dès le soir même, par province, et décida qu'il se réunirait dans la salle des états généraux, qu'il la considérait d comme la salle nationale, et qu'il y attendrait les autres ordres pour délibérer en commun'. » La lutte commença ainsi par la question de la vérification des pouvoirs.

On a dit que le roi aurait pu empêcher cette première scission en décidant que cette vérification aurait lieu en sa présence; mais l'historien que nous avons déjà cité, Rabaut Sainl-Étienne, avoue avec beaucoup de franchise que cette mesure n'eût rien empêché, et que si la querelle n'eût pas éclaté sur la vérification des pouvoirs, elle aurai tcommencé sur la question de la séparation des Chambres*. Elle se serait terminée de même, ajoutet-il, par la victoire du tiers étal, qui ne pouvait jamaifi entendre à n avoir quun tiers des suffrages^.

Rien n'est plus clair. Celui qui parle ainsi était un des acteurs.

En effet, la lutte s'engage dès le lendemain. Assemblé dans la salle des états généraux, le tiers adresse plusieurs fois aux deux autres ordres, l'invitation de se rendre dans la salle nationale^ pour y vérifier en com-

* Précis de la Révolution française^ par Rabaut Sainl-Étienne, p. 117.

* Rabaut Saint-Ëtienne. Précis de la Révoluiiony p. 119. ' Ibidem,

* Rabaut Saint-Ëtienne, Précis de la Révolution française ^ p. 120. Rabaut Saint-Étienne se sert de l'expression que nous avons soulignée^

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