LA CONSTITUTION. — DECLARATION DES DROITS DE L'HOMME
raie de la souveraineté populaire contre la royauté, quand il avait dit à M. de Brézé que l'Assemblée était réunie par « la puissance du peuple, » commençait au^si à s effrayer, comme Sieyès, comme Necker, de la voie où entrait cette Assemblée, il lui disait maintenant que « la liberté ne fut jamais le fruit d'une doctrine abstraite et de déductions philosophiques j que les bonnes lois résultent de l'expérience de tous les jours et des raisonnements qui naissent de l'observation des faits; » mais la discussion même qui est ouverte et les agitations de la rue qui l'accompagneront, montreront l'influence que pouvait exercer Mirabeau et sur l'Assemblée et sur ce peuple dont la puissance lui avait paru souveraine quand il s'agissait de lutter contre la royauté.
Tandis que l'Assemblée, malgré le conseil de Mirabeau, se livrait aux discussions les plus théoriques ^ l'intervention de la rue continuait dans la politique telle que l'avaient faite les événements : c'était, pour ainsi dire, nous l'avons déjà remarqué, la contre-épreuve de la Constitution qui se faisait avant que l'Assemblée, si souvent interrompue déjà par les agitations et les troubles populaires, eût pu la voter.
On a vu d'ailleurs que dans la nuit du 4 août, prise d'un enthousiasme extraordinaire, elle s'était interrompue elle-même pour détruire plus vite Vartcien régime et
* < L'Assemblée choisit pour le discuter un projet présenté par un de ses bureaux. »
11 s'agissait de la décluration des droits; « et Ton ne peut revoir sans surprise, j'ai presque dit sans honte y tous les lieux communs, tous les raisonnements captieux, toutes les argumentations subtiles qui remplirent les longues séances consumées par cette discussion. » (J. Droz, t. n, p. 322.)
accomplir, comme on disait alors, la régénération de la France.
Parvenue à la déclaration des droils de l'homme, au préambule de la Constitution, il est remarquable qu'elle eut beaucoup de peine à en sortir, et qu'elle se trouva embarrassée et retenue au milieu de cette métaphysique constitutionnelle que Mirabeau aurait voulu faire rejeter à la fin de la Constitution; car, ainsi qu'un certain nombre d'esprits plus pratiques que les autres le reconnaissaient, ces théories, jusqu'alors ignorées dans le gouvernement de la France, étaient un inconnu qui devait mener à cet autre inconnu, la Constitution qu'il s'agissait de faire.
Ces esprits auraient voulu que la Constitution au lieu d'être philosophique fût politique, au point de vue qui était le leur, au moins, celui dé la Constitution anglaise, qu'ils désiraient imiter dans une certaine mesure.
Le reproche que les théoriciens faisaient à l'ancienne France, c'était d'avoir vécu d'une manière qui n'était pas en rapport avec les droits de l'homme et le système d idées qu'ils regardaient comme indispensable à la constitution d'un peuple : ils ne permettaient d'ailleurs à aucun peuple d'exister que suivant la formule.
Louis le Gros et l'abbé Suger, pas plus que Richelieu et Louis XIV n'y avaient rien entendu quand ils avaient lutté avec tant de succès cependant contre la féodalité, dont le souvenir armé s^était encore montré pendant la Fronde; n'auraient-ils pas mieux fait de proclamer les formules que le protestantisme et la philosophie du dixhuitième siècle devaient mettre en honneur, de prévoir et de deviner ce pacte ou contrat social dont le ministre Juricu et Rousseau ont offert le modèle à la révolulion