L'ANARCHIE DANS LES ESPRITS ET DANS LES FAITS. Î
tion du 14 juillet, qui les avait affirmées en monlrant les gouvernés vainqueurs du gouvernement, comment ce nom de peuple souverain^ si nouveau en France, mais admis par FÂssemblée, comme son titre même au pouvoir, n'aurait-il pas enivré les masses? 11 n'y avait certes pas d'idée qui dût descendre plus vite et plus bas^ «qui n'est convaincu facilement de sa propre importance, «t la puissance du nombre n'a-telle pas d'ailleurs quelque chose de matériel qui parle à la plupart des esprits?
Or cette puissance nouvelle devait surtout se manifester dans une ville comme Paris. Pendant que l'Assemblée travaillait à feire une Constitution, et qu'on lui conseillait de profiter d'une aussi grande occasion pour définir «t régler les droits de l'humanité entière, Paris, laissant l'Assemblée faire la préface, faisait le livre, et il le faisait à sa manière.
Paris, révolutionnaire, quoi qu'il arrivât des théories discutées par l'Assemblée et de la réforme universelle qu'elle pouvait préparer au monde, décrétait lui-mêm^ sa loi municipale, c'est-à-dire toute l'organisation de la capitale de la France, sa Constitution, en vertu de sa propre initiative et de celle sans doute que les électeurs avaient déjà prise au moment où les Etats généraux étaient réunis : la commune, qui n'était que provisoire, intei*venait comme les électeurs étaient intervenus, elle se chargeait de préparer l'organisation municipale de Paris, qui serait volée par ses soixante districts.
Tandis donc que l'Assemblée, qui devait représenter la France, lui faisait une Constitution à Versailles, Paris s'occupait d'en donner une à Paris, ou, si l'on veut, à la Révolution qui venait d'y trionipher.
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Et il y avait là assurément une véritable logique révolutionnaire.
Les théories de Rousseau, empruntées à la petite république de Genève, pouvaient paraître inapplicables à beaucoup d'esprits, et elles Tétaient en effet dans un grand pays comme la France; mais, dans une ville où la multitude agglomérée voyait son avènement, dans les formules de liberté indéfinie et de souveraineté populaire, où elle pouvait intervenir tumultuairement sans doute, mais directement, dans beaucoup de circonstances, les idées nouvelles devaient rencontrer de nombreux adhérents, et Tépreuve s'en faisait aussitôt.
Puisque la souveraineté était dans le peuple, conunent le régime municipal ne serait-il pas Tapplication primaii^, pour ainsi dire, de cette souveraineté?
Nétait-elle point là , à son origine même, et quel besoin avait-on de s'adi^esser ici à l'Assemblée qu'on avait nommée? D'ailleurs, n'était ce point Paris qui était à la tote de la Révolution, et quel besoin avait-il de consulta I;) France quand il s'agissait de lui-même?
Oue de telles dis|>ositions fussent raisonnées ou non, ollos étaient logiques dans la situation et dans la théorie, t\>nune dans la pratique révolutionnaire.
C est ainsi que les soixante districts de Paris formaient autant d'assemblées indépendantes et souveraines, avec lies comités qui agissaient en leur nom, c'esl-à-dire soixante gouvernements, soixante républiques, au lieu de la monaix:hie qui semblait ne plus exister, de celle qui n'existait pas encore.
Un système réunissail de nombreux adhérents *, celui
• rit», i. II, p, 5^7.