UNE CHAMBRE UNIQUE
mun les pouvoirs de tous les députés. Suivant le tiers, tous les ordres sont également intéressés à la régularité des opérations qui vont former les états généraux, et onl droit à un contrôle mutuel. Après avoir signifié au clergé €t à la noblesse la résolution qu'il a prise, le tiers ollend, il compte sur Tétat des esprits et il y trouve évidemment «a force.
D'ailleurs, comme les faits le prouvèrent, il y avait de nombreux dissidents dans les deux ordres du clergé et de la noblesse; le gouvernement lui-même avait donné, df^ «on propre mouvement, la double représentation au tiers état. Gomment celui-ci n'aurait-il pas attendu au moins quelques jours? L'œuvre qu'il entreprenait était immense, toutes les opinions sont d'accord à cet égard: changer complètement l'organisation de la monarchie en réduisant à l'unité, c'est-à-dire à l'égalité, mais égalité qui faisait dominer la classe la plus nombreuse, toutes les classes de la société française, par le seul fait de la création d'une Chambre unique; il y avait là une entreprise qui aurait pu demander plus d'un siècle. On avait vu Pierre le Grand transformer la Russie et y introduire la civilisation de l'Europe, mais avec la puissance d'une volonté unique, il avait fallu pour cela un long règne et une autorité établie. On ne s'étonnera pas qu'une assemblée toute nouvelle qui avait à créer sa propre autorité, et qui était elle-même la première de ses innovations, ait mis quelques jours à compléter son œuvre : ces jours, quand on considère Faction exercée et les résultats accomplis, étaient des minutes.
Les états généraux étaient réunis depuis le 6 mai 89; dès le 13 les évoques offraient leur médiation entre la noblesse et le tiers. Il y eut des conférences qui durèrent
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jusqu'au 27 mai. La noblesse qui craigriail d'ùlre absorbée et annihilée dans une seule Chambre où elle serait entrée en complète minorité, refusa de traiter. Le tiers, dont le parti était pris, résolu à se déclarer «assemblée de la nation*, » s'adresse alors au clergé qu'il s'efforce deséparerdela noblesse, et lui demande, au nom du Ditu de paix et de l intérêt public^ de ne faire plus qu'une même chambre avec le tiers.
Le roi intervient alors, et, par son message du 28 mai, demande que les conférences soient reprises en présence du garde des sceaux ; il offre ainsi sa médiation après celle des évoques, mais il ne réussit pas mieux à concilier un différend qui ne pouvait se terminer, au point de vue du tiers, qu'en cédant à sa volonté : les nouvelles conférences étaient rompues le 9 juin.
Après cinq semaines de ces conférences qui avaient servi les idées du tiers en donnant à l'opinion si agitée, au moment des élections, une agitation plus grande encore, il les rompit par un acte solennel; il devait les rompre puisqu'il éJait décidé à ne faire aucune concession et qu'il voulait avoir la majorité dans les états généraux.
L'abbé Sieyès, l'auteur du célèbre pamphlet sur le tiers état, l'écrivain qui avait déclaré que le tiers état était tont^ intervint avec Mirabeau dans cette grave circonstance. Mirabeau fut comme l'introducteur du théoricien hardi qui éprouvait quelque timidité en présence d'une assemblée, et il prit la parole pour annoncer la motion d'un député de Paris. Cette motion qui résumait, sur la nécessité de la vérification en commun ^ les idées mêmes de la
* >1ii;net. Histoire de la Wévohiiion française, V vol., p. 84.
RASSEMBLEE NATIONALE. 25
chambre à laquelle Sieyès venait s'adresser, réclamait une dernière mise en demeure adressée au clergé et à la noblesse quon inviteiait à se réunir dans la salle des états, pour procéder à la vérification des pouvoirs qui aurait lieu tant en leur absence quen leur présence. Cette motion fut adoptée. Immédiatement après la vérification des pouvoirs, rassemblée du tiers qui semblait s'être placée sous la direction de Sieyès, formula en décret une nouvelle motion du théoricien dont la première n'était que le préambule, et se déclara, le 17 juin, Assemblée nationale.
Cet acte était une révolution; aucun historien n'a pu le nier.
Politiquement, socialement, il n'y a plus de clergé, plus de noblesse, puisque le tiers, qui, en effaçant le clergé et la noblesse va s'effacer lui-même, est l'Assemblée na^iona/^, en leur absence comme en leur présence. Quel est le droit qui change ainsi toute unesociété? Évidemment c'est un droit souverain. Ce droit, le tiers l'a trouvé en lui-même, parce qu'il est le plus nombreux des trois ordres. Il se regarde comme le représentant naturel et seul légitime du peuple; or, Rousseau l'a dit, le peuple esi le souveraine
La chambre bourgeoise dirigée tout d'abord par Sieyès le théoricien, supprime par ses premiers actes tout ce qui lui est antérieur, efface d'un vote toute l'organisation de l'ancienne société française, revient, suivant le système de Rousseau, au point de départ des sociétés humaines, lorsque le peuple est tout, et fait le contrat
* Vovez le Contrat social do Rousseau.
qu'il lui est d'ailleurs toujours permis de rompre ^ Quel doute peut encore exister sur la voie où va entrer la nouvelle Assemblée nationale? On a dit avec raison quelle avait fait acte de souveraineté en plaçant sous sa dépendance les privilégiés*; mais sarrêlera-t-elle à ce premier acte qui est celui de son avènement au pouvoir? Le décret du 17 juin n'est qu'une proclamation du nouveau gouvernement qui s'installe; en effet, à peine la chambre du tiers s'est-elle déclarée Assemblée nationale, que, même sans être complétée par les représentants du clergé et de la noblesse, elle pourvoit à Timpôt dont elle a soin de déclarer l'illégalité parce qu'il n'a pas été voté par elle. Dans le système de l'Assemblée constituante, évidemment celle illégalité remonte à cent soixante-quinze ans, pendant lesquels les états généraux que l'assemblée nationale vient de supprimer, n'ont pas été assemblés. Elle autorise la perception de l'impôt tant qu'elle sera elle-même réunie, pour enlever à la royauté tout pouvoir de la dissoudre, de sorte qu'au lieu des états généraux périodiques demandés dans les cahiers des bailliages, on est arrivé en cinq semaines au régime d'une assemblée permanente, et que cette Assemblée ayant frappé d'illégalité toute l'administration financière de la royauté depuis cent soixantequinze ans, cette royauté elle-même, menacée tout d'abord du refus de l'impôt, si elle ne reconnaît pas la souveraineté nouvelle qui vient de sortir du vote du tiers état, ou plutôt du Contrat social de Bousseau, se trouve placée dans la situation la plus ex-
* ^ous^eaUyConti'at social, *Mignet, P'vol.,p.67.