‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 73 sur 183 · LA REVOLUTION MARCHE · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION MARCHE

pulace souveraine*, » dont les caprices inattendus pouvaient d'un instant à Fautre se traduire en événements.

On connaît la manière dont elle commentait et contrôlait les discussions de l'Assemblée et les injonctions qu'elle lui avait adressées.

Au milieu d une population séduite par l'idée seule de sa puissance, par les flatteries dont elle avait été l'objet de la part des hommes les plus éminents de l'Assemblée, il y avait, on le sait, des instigateurs, comme M. Thiers le reconnaît au moment de la prise de la Bastille, des tribuns ambitieux, comme Danton, Camille Desmoulins, des écrivains comme Marat, qui remuaient toutes les passions du jour, sur cette arène de la place publique, toujours ouverte, où elles bouillonnaient comme les vagues de l'Océan et montaient si vite à certaines heures.

C'est ainsi qu'on avait agi sur l'Assemblée, et elle avait voté une Constitution si démocratique, que le nom du roi y était seulement pour mémoire.

Sieyès a déjà dit, on Ta vu, qu'il ne se serait jamais mêlé de la Révolution, s'il avait su comment elle tournerait, et c'est l'intervention directe des hommes d'action de cette révolution qui lui a fait tenir ce langage. Or Paris, déjà immense, alors, résumait en lui-même la Révolution agissante, gouvernante, attirant à elle le pouvoir.

Comme dans les petites républiques de l'antiquité, il était sans cesse sur la place publique, et avec ses démagogues, suivant l'impression du moment, il se passionnait pour tel ou tel projet, il courait à tel ou tel résultat, qui devait, croyait-il, répondre à tous ses désirs, couronner toutes ses espérances. C'est ainsi que, au moment où la royauté était plus que jamais désarmée en théorie par la

* Eipression donl se sert Droz.

Conslilulion, dont le vole occiipail TAssemblée, Tesprit qui agitait le peuple parisien préparait, sous telle ou telle influence qui espérait exploiter de nouveaux troubles, d'autres journées après celle du 14 juillet.

L'idée d'amener le roi à Paris n'était pas nouvelle à la veille des 5 et 6 octobre 1789 : comme il avait pris la Bastille, il y avait un parti qui voulait prendre le roi.

Et il n'y a rien d'extraordinaire dans cette marche de la Révolution, dans ce système des hommes, qui, renouvelant les démagogues et les tribuns des républiques grecque et romaine, parvenaient à se donner contre le pouvoir qu'ils voulaient renverser, le populaire, c'est-à-dire l'armée de la place publique. Leur orgueil faisait alliance avec un autre orgueil, mais pour s'en faire un moyen et un piédestal.

Savaient-ils à quel but ils tendaient, et devaient-ils, au prix de luttes terribles, obtenir un résultat définitif, donner à la France cette Constitution durable qu'on attendait de l'Assemblée constituante?

Ce qu'il y a de certain, c'est que les ambitions et les passions, éveillées dans le peuple de Paris, ameutées par ses chefs, couraient toujours aux résultats pratiques d'une révolution, et tendaient à faire dans la rue ce que d'autres avaient fait dans l'Assemblée.

Certes, les théoriciens comme Sieyès auraient mieux aimé que tout se passât avec calme, et que ce peuple, auquel, sous le nom du tiers, on avait dit qu'il était tout, attendit que la Chambre eût padâquement réglé tous les points de la métaphysique constitutionnelle; mais jamais il n*a été donné de surexciter les imaginations populaires et de les calmer ensuite à son gré.

Ce n'était donc pas assez qu'on eût émis des principes

PRÉLUDES DES JOURNÉES DES 5 ET 6 OCTOBRE. 2iO

qui changeaient tout Tétat social et politique, il y avait des esprits qui, persuadés de la puissance et de la sainteté de ses principes, voulaient les faire passer immédiatement dans les faits.

N'y avait-il pas, d'ailleurs, danger à ce que le roi restât à Versailles, sous Tinlluence de la reine, qui était sans cesse en butte aux méfiances révolutionnaires, et ne pouvait-on pas considérer celte ville comme la Cour même à laquelle il fallait enlever le prince qui désormais devait appartenir à la Révolution et à ses idées?

Quand nous parlons ainsi, nous traduisons les sentiments mêmes, et les actes du Paris révolutionnaire de 89 ^

Plusieurs faits annoncèrent les 5 et 6 octobre et le résultat qu'on attendait des journées nouvelles que Ion

* • Dès le mois de juillet, on avait entendu les orateurs du Falais- Royal et des faubourgs dire qu'il fallait aller chercher Louis XVI à Versailles, le délivrer de ses courtisans, et garder ce bon roi à Pans, au milieu de ses enfants. Les mêmes propos s'étaient renouvelés avec un accent plus significatif, lors de la discussion sur le veto; et, dans les derniers jours de septembre, ils avaient pris une violence inouïe. Un mois auparavant, les faiseurs de motions parlaient de reléguer la reine dans un château ou dans un couvent ; ils en étaient venus à des imprécations qui provoquaient le meurtre. Des femmes de la populace ne prononçaient plus le nom de Marie - Antoinette sans que leurs lèvres blanchissent d'écume et que leurs yeux devinssent sanglants. § (J. Droz, m* vol., p. 20 et 21.)

L'Assemblée commençait a être en bulte aux attaques les plus violentes de la presse. « Loustalot, ajoute Thistorien que nous venons de citer, enseignait que le peuple a le droit de révoquer ses repré sentants, et demandait qu'on usât promptement de ce droit. » (Révolu, lion de Paris, n** II. ) Marat n'aperçoit qu'un moyen de sauver la France, c'est d'expulser avec ignominie les députés corrompus; mesure qui, selon lui, réduit l'Assemblée au quart de ses membres. Mais bientôt il veut davantage : « L'Assemblée, s'écrie-t-il, a lâchement abandonné les intérêts, les droits de la nation : que la nation révoque F Assemblée après avoir annulé ses décrets. § (Ami du Peuple^ n*" 9 à 17.)

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préparait : serait-ce une sorte de déchéance du roi, que l'on contraindrait à fuir avec sa famille, projet attribué à Danton, à Santerre et aux commensaïuc du duc d Orléans \ Serait-ce Paris donné pour prison au monarque, « projet qui, » suivant Droz, dont nous croyons devoir reproduire ici rimpartial témoignage, « était le seul dont on osai 'parler hautemmij le moins compliqué et le plus propre à flatter V orgueil de la populace souveraine '. »

Dans cette disposition des esprits, on n'est point surpris d'un fait que nous trouvons dans la notice remarquable dont M. de Barante a fait précéder la publication des lettres et instructions de Louis XVIU, laissées par le comte de Sainl-Priest, membre du ministère que le roi Louis XVI avait rappelé, depuis le retour de Necker au pouvoir.

On trouve dans cette notice, que nous avons déjà citée, des détails authentiques, empruntés aux mémoires inachevés qu'avait laissés le comte de Saint-Priest, une des intelligences les plus pratiques en même temps qu'un des cœurs les plus nobles et les plus dévoués qui aient servi le roi Louis XVI et la monarchie dans cette crise extraordinaire où le prince et la France se trouvaient jetés, où tout était nouveau, et où il fallait en tout se prononcer sans précédents et par conséquent en dehors de toutes les règles jusqu'alors suivies dans la politique*.

« Droz, t. III, p. 21.

« J. Droz, t. III, p. 22.

5» M. (le Barante lui-même, qui adopte la Révolution en principe^ («t ne fait qu'un reproche indirect au comte de Saint-Priest, celui de ravoir plutôt subie un instant qu'acceptée en sa qualité de collègue (lit Necker, apprécie de la manière suivante la situation intérieure à QtUtu époque : « Les mois d'août et de septembre se passèrent sans

Dès le milieu de septembre, comme le rapporte M. de Bnrante, d'après les mémoires inédits de M. de Saint- Priest, ce dernier avait reçu une lettre de M. de la Fayette, où celui-ci le prévenait « qu'on avait mis dans la tête des grenadiers de la garde nationale d'aller à Versailles. »

M. de Saint-Priest était ministre de « Paris et de la Maison du Roi, » ce qui répondait au titre de ministre de rintérieur aujourd'hui.

Malgré l'effacement de Tautorité administrative, à laquelle il ne restait, comme au pouvoir royal, qu'une sphère bien étroite où elle pût s'exercer, le ministre, en présence de celte intervention armée de la garde nationale de Paris, annoncée par M. de la Fayette lui-même, référa au conseil de la lettre qu'il avait reçue et de la situation qui s'y formulait*

On sait que le pouvoir exécutif, comme on l'appelait, n'avait plus la force armée à sa disposition, et qu'il lui fallait, en cas de danger, s'adresser à rautorilé municipale. Le Conseil décida que la question serait soumise à la

sécurité; les autorités locales, lorsqu'elles n'étaient pas elles-mêmes complices du désordre, étaient timides ou impuissantes à le réprimer. Dans plusieurs provinces, des châteaux furent brûlés, des massacres, d'atroces violences, se renouvelaient encore trop souvent. La rareté et le haut prix du blé étaient sans cesse une cause de troubles et de séditions sanglantes; jamais justice ne pouvait être faite; Timpunité encourageait les factieux, et le peuple, facile à émouvoir, était devenu le terrible instrument des artisans de révolution. Les débats de VAssembiée tenaient les esprits agités. Les discussions étaient vives sur les formes constitutionnelles. La question dn veto avait servi de prétexte pour exciter les passions populaires contre l'autorité royale ; sous cette disposition au désordre se cachaient de criminels projets. • (Notice sur M. le comte de Saint-Priest, par M. de Barante, p. ii5.)

tounicipalilé de Versailles, et celle-ci crut opportun d'augmenter la garnison de la ville, elle demanda des troupes à ce pouvoir exécutif, qui, alors, avecTautorisation d'une mairie, put disposer de ces troupes, dont le roi était cependant le chef naturel.

C'est ainsi que le régiment de Flandre, qui venait d'arriver à Paris, fut appelé à Versailles ^

Cerles, rien n'était plus motivé que cette mesure, et, pour ne pas la prendre, il n'y aurait eu qu'un conseil à donner au roi, c'était de se rendre à Paris, et de prendre lui-même Tinilialive de la résolution qu'il était depuis longtemps question de lui imposer.

Mais qui aurait donné au roi l'avis de céder d'avance à une telle pression, quand déjà il avait tant cédé? Les prétentions de la démagogie s'étaient élevées assez haut pour que ni le roi ni l'Assemblée n'eussent alors la pensée de s'y livrer sans retour. N'avait-il pas été question, au contraire, parmi les constitutionnels de soustraire l'Assemblée elle-même au dangereux voisinage de Paris, et sans aucun doute le roi avec elle, c'csl-àdire le pouvoir même, tel qu'il existait et qu'il devait sortir de la nouvelle Constitution? Assurément, ce n'était pas le moment d'aller au-devant d'un résultat tout contraire; mais alors comment attendre que ce résullat même vînt chercher et le roi et l'Assemblée? C'est sans doute ce que la municipalité de Versailles, comme le conseil des ministres, avait compris.

On peut juger, dans cette grave circonstance, de l'état auquel le pouvoir était réduit. « La commune de Paris, dit M. de Barante, envoya demander compte à M. de

* îiotice sur le comte de Saint-Priestj par M de Barante.

Sainl-Priest de celte mesure. Les membres de F Assemblée dont les opinions étaient les plus vives l'engagèrent à la révoquer. Il était parfaitement en règle, il ne céda point*. »

Nous avons déjà indiqué les motifs de la résolution du ministre de Tintérieur de Louis WL Assurément, il ne pouvait y en avoir de plus légitimes. Les réclamations de la commune de Paris et d'une partie de l'Assemblée n'étaient point de nature à l'y faire renoncer.

Le parti démagogique devait-il donc toujours avancer et la royauté toujours reculer, rester, au moins, sans défense, comme une proie sur laquelle les ennemis du pouvoir seraient toujours libres de se jeter? Ni le roi ni son conseil ne pouvaient raisonner ainsi.

Ces réflexions devaient naturellement s'offrir à l'esprit d*un homme dont la carrière avait d'abord été toute militaire et s'était complétée par l'expérience des grandes affaires diplomatiques'. M. de Saint-Priest, qui, membre du ministère dont M. Necker était le chef, lui avait apporté en toute circonstance un loyal concours, se trouvait en face d'une situation où il était bien difficile qu'en définitive il partageât ses idées.

On ne voit pas, au reste, que personne se fût d'abord opposé à la mesure conseillée par M. de Saint-Priest, tant elle semblait naturelle en ce moment, après les menaces dont l'Assemblée elle-même avait été l'objet, après l'avis que M. de la Fayette venait de donner ^,

* Notice sur M. le comte de Saint-Priest, par M. de Baranle,

p. CXXJ.

* Le comte de Saint-Priest avait représenté la France à Constant!uople, et son ambassade a laissé des souvenirs durables.

3 Voici comment M. Mignet expose ces mêmes faits : < Sous pré-

254 CHAPITRE VH.

C'est ainsi que les faits mêmes qui ont précédé les journées d'octobre donnent à ces journées leur caractère véritable. Le plan connu d'amener le roi à Paris et la visite de la garde nationale à Versailles, annoncée par son chef, suffisaient pour qu'après la violente agitation, qui avait accompagné la discussion du veto^ l'autorité prit toutes les précautions qu'une telle situation exigeait; mais aussi, plus que jamais, ces précautions, même les mieux justifiées, les plus légitimes, celles que tout pouvoir doit prendre, à moins d'abdiquer, étaient alors considérées, on doit le reconnaître, comme des provocations par ceux qui avaient tout fait pour les rendre nécessaires ; était-ce une raison pour ne pas les prendre? Et si c'est une tactique de ceux qui attaquent d'interdire en principe à l'autorité tout préparalif et tout moyen de défense, en faut41 conclure que la défense n'est plus permise ?

On aura pu menacer l'Assemblée àédairer les châteaux et les maisons de ses membres, lui envoyer d'insolentes adresses, lui rappeler les leçons^ c'est-à-dire, les meurtres qui ont suivi la prise de la Bastille, émetlre hautement le projet de contraindre le roi à quitter Versailles pour Paris, ce ne seront point là des provocations; mais un air joué par une musique de régiment, des protestations de dévouement adressées à un roi malheureux et menacé, voilà des attentats que les amis exclusifs d'une liberté toute nouvelle ne peuvent supporter ! Voilà les

texte de se mettre en garde contre les mouvements de Paris, elle (la cour) appela des troupes à Versailles. » (M. Mignet, Histoire de la Révolution^ t. I, p. 161.) On voit que ce ne fut point là un acte de la cour, mais du ministre même de Tintérieur, averti par M. de la Fayette, et que les mouvements de Paris n'avaient rien d'imaginaire.

provocations qui doivent expliquer les journées des 5 et 6 octobre !

Cette prétention de représenter ainsi les faits et leurs causes est passée dans le récit des historiens, dont le sys* tèine est que Tidée révolutionnaire ait toujours raison en définitive, prétention qu« Ton comprend sans doute, au point de vue de la Révolution, mais qui ne peut cependant nier la logique elle-même.

Que la Révolution soit convaincue de son droit, on ne s'en étonne pas; ce qu'on ne saurait lui accorder, c'est qu'elle n'admette pas qu'il y ait des convictions contraires.

Or, quand le régiment de Flandre vint à Versailles, les gardes du corps offrirent un repas à ses officiers, coutume qui subsiste encore dans les villes de garnison, en pareille circonstance.

Ce n'était pas, certes, un événement, c'était un incident tout naturel.

On a beaucoup blâmé ce qu'on a appelé les imprudences de ce repas* il nous semble qu'il eût été bien difiicile, que la situation étant donnée, tout s'y fût passé autrement.

Il n'y avait rien que de très-simple dans l'invitation que les gardes du corps avaient faite aux officiers du régiment de Flandres S C'était un usage, dès cette époque, comme leditM.deRarante.

Qu'en présence de l'antique royauté, si effacée par l'Assemblée, si menacée par la populace révolutionnaire, sous la pression de la garde nationale, dont M. de la Fayette ne pouvait pas répondre, dépouillée du droit

' • Selon un usage assez général, les corps militaires en garnison l'étaient les régiments qui anÎTaient. • {Notice sur M. le comte de Saint'Priest, par M. de Barante, p. csai,)

256 CIIAPITUE VII.

même d'appeler direclement l'armée à son secours, ces cœurs militaires et dévoués aient éprouvé une émotion qu'ils n'aient pu comprimer, qu'ils se soient d'autant plus exaltés, que la situation du roi et de la famille royale devenaient plus critique, que la reine était plus insultée, il n'y a là, certes, rien qui doive surprendre.

En admettant même qu'une heure nouvelle eût sonné pour les sociétés humaines, tout le monde était-il donc forcé d'accepter d'avance ou plutôt de subir des espérances et non des réalités de transformation, non pas seulement nationale mais universelle, sur Tinjonction du Palais-Royal et de ses démagogues, au milieu des menaces d'incendie et de meurtre lancées contre l'Assemblée elle-même? Était-ce donc un devoir de se décider à l'inslaiil, quand surtout les constitutionnels de l'Assemblée, les Mounier, les Lally-ToUendal, les Clermont-Tonnerre, les Bergasse, se retiraient du Comité de constitution, désespérant de leur œuvre qu'ils regardaient maintenant comme perdue et livrée à l'esprit démocratique ? Fallaitil se courber devant tous les caprices d'un système de nivellement qui, déjà, laissait derrière lui Sieyès, le théoricien et le niveleur, système qui déjà parlait en maître à l'Assemblée, et qui, par l'organe de Marat, le sale et sanguinaire tribun des carrefours, mettait celte Assemblée sous le coup d'une dissolution que la rue était invitée à voler, en même temps qu'il effrayait Mirabeau par Teffaccment de la royauté, dicté et imposé presque à TAssemblée par les clameurs du Palais-Royal? Fallait-il, nous l'avons déjà dit, que le veto, refusé au pouvoir nîonaivhique, appartînt de fait à la populace? Et, en supiH)sant même que cette condition du triomphe de la Uévolulion fût acceptée par les révolutionnaires extrêmes,

JODRIïEES DES 5 ET 6 OCTOBRE. 957

on ne pouvait demander sans doute aux gardes du corps de Fadmettre, quoiqu'ils fussent, suivant Rabaut Saint- Ëlienne, favorables aux idées nouvelles.

En présence d'une situation anarchique dont il est facile d'apprécier le caractère, on s'étonne d'entendre dire h M. deBarante, quand il parle des manifestations qui signalèrent le repas donné par les gardes du corps aux officiers du régiment de Flandres, que « les députés étaient irrités, les uns par cette apparence de retour au projet d'employer les troupes contre la Révolution, les autres *par cette démence impuissante qui se jouait à exciler des orages, qu'elle était hors d'état de braver. »

Ce qui est vrai, c'est que jamais l'esprit révolutionnaire n'a été plus agressif, c'est que M. de la Fayette lui-même voit la garde nationale lui échapper, et qu'il n'est pas extraordinaire'qu'un tel état de choses parle à des cœurs dévoués, melte presque l'èpée à la main d'hommes qui savent la porter et qui sauraient s'en servir contre l'insurrection.

Si les partisans des idées nouvelles veulent tout enlever à la royauté, si la question du veto, celle du pouvoir, qu'ils prétendent détruire, passionne la rue, s'il leur faut un roi impuissant, captif, humilié, sous les pieds de la Révolution, comment s'étonner de ces mots que la musique d'un régiment fidèle vient rappeler dans un repas : «ORi" chard, ô mon roi, l'univers t'abandonne? » Ne pouvait-on plus porter de royales santés, comme on l'avait fait tant de fois, par respect sans doute pour les droits de l'homme? Et, en face de tant de libertés indéfinies, des têtes coupées et portées en triomphe, avec une impunité qui allait passer en coutume, cette liberté relative de plaindre le roi et de boire à sa santé devenait-elle intolé-

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. . . . • < j' -.ut eu lieu le 1" octo- ... . j'.o, dont le ministre de i .;:• M. ..ie la Favette, n'eut

>;;;;.-?'-:t5r. par M. de Baranle,

Cette garde soldée et non soldée n'arrivait pas seule. Elle était précédée d'une grande multitude et amenait du canon.

Le ministre fut prévenu à temps pour prendre les mesures qu'un événement, auquel il s'attendait, on la vu, pouvait réckmer. Le roi était à la chasse, la reine à Trianon. M. de Saint-Priest leur écrivit aussitôt pour leur annoncer ce qui se passait ; il avertit en même temps les autres membres du conseiP.

Dans la situation qui, depuis le 14 juillet, était faite à la royauté, en présence d'une Constitution qui, de l'aveu des constitutionnels eux-mêmes, ressemblait beaucoup, tant elle l'amoindrissait, à sa déchéance votée par articles, il n'y avait rien là de bien extraordinaire.

M. de Saint-Priest se conduit en politique pratique qui, jeté dans un cabinet dont un utopiste est le chef, songe à employer les seuls moyens que paraissent exiger les circonstances.

Necker un jour, on s'en souvient, avait dit avecSieyès que le tiers était la nation, et d'avance lui avait donné la victoire au nom des principes qui lui étaient communs avec les novateurs de l'époque; il espérait ainsi gouverner, rétablir l'ordre et la prospérité dans les finances. Or il venait d'être forcé, au milieu du triomphe de toutes les théories du moment, de proposer l'impôt du quart du revenu, et ce peuple, qui s'était enthousiasmé pour lui, qui avait salué son rappel avec tant de joie, de délire même, arrivait menaçant à Versailles; à l'éloge du tiers il répondait par une démonstration insurrectionnelle où la

* Notice sur M. le comte de Saint-Priesty par M. de Raranle, p. civj.

bourgeoisie de la garde nationale se mêlait à la multitude. Cependant M. de Saint-Priest, inspiré par une autre expérience des affaires publiques, posait la question devant le roi et ses collègues.

La question était celle-ci : au bout de cinq mois écoulés depuis la réunion de TAssemblée, après tant de concessions faites, la garde nationale et la muUitude marchaient sur Versailles, dans un but dont il était facile de prévoir les résultats, celui de forcer le roi à les suivre et d'habiter le Paris du 14 juillet.

Pouvait-on subir une telle violence? Le ministre de l'intérieur ne le croyait pas. Il proposa donc d*y résister et d'adopter immédiatement un système de défense*.

Quatre ministres, le maréchal de Beau veau, l'archevêque de Vienne, M. de Latour du Pin, M. de la Luzerne, partageaient Fopinion de M. de Saint-Priest. Necker, avec Farchevêque de Bordeaux et M. de Montmorin, s'y montra tout à fait contraire-.

Les deux systèmes qui se trouvaient en présence, oITraient un caractère entièrement tranché, type même de la situation.

M. de Saint-Priest, se plaçant au point de vue politique, ce qui était son devoir, voulait agir comme tout ministre de rintérieur digne de ce nom aurait dû le faire; il voulait que le roi sorlit de la situation passive où il ne pouvait que subir toutes les volontés, toutes les humiliations, toutes les violences, et finir par succomber; il ne voulait pas que la iwauté se rendît, mais que, dans un cas de

» y.'tUy sttr *V. le comte de Saint-Priesty par M. de Barante, • i m\» p. CXVIIJ.

JOURNÉRS DES 5 ET 6 OCTOBRE. 2dl

légitime défense, elle résistât et marchât sur ceux qui venaient Taltaquer, sur le péril lui-même au lieu de l'attendre.

Quel que dût être le résultat, cela semblait, pour le descendant de Henri IV et de Louis XIV, la vraie, la seule politique.

M. Necker, dont M. de Montmorin et Tarchevèque de Bordeaux soutinrent l'opinion, ne voyait que des dangers dans toute mesure énergique. Il craignait la guerre civile, comme si les révolutionnaires du 14 juillet avaient craint Tinsurrection, et après la visite que le roi avait déjà faite à Tllôterde Ville, après la discussion du VetOj accompagnée des outrages de la rue, après les menaces dont l'Assemblée elle-même avait été l'objet, il ne voyait pas d'inconvénient dans « le dessein annoncé de supplier le roi de venir habiter Paris, » il y voyait même des avantages à cause de « l'enthousiasme que les Parisiens avaient montré pour le roi et de leur dévouement pour sa personne. »

Quand on pense à toutes les illusions que Necker avait dû perdre déjà, à la récente insurrection du 14 juillet, à l'état de Paris, à cette multitude en marche qu'il veut croire pleine de dévouement pour le roi, à celte garde nationale que la Fayette lui-même n'a pu retenir, on peut mesurer Texcès d'illusion de ce ministre ; mais, quand on réfléchit qu'un homme comme )l. de Montmorin, minisire des affaires étrangères, qui n'était pas citoyen de la petite république de Genève, que l'archevêque de Bordeaux, conseillaient au roi, comme Necker, de se laisser aller au cours des événements, de ne pas voir, comme M. de Saint-Priest, la situation telle qu'elle était, mais d'avoir confiance dans les dispositions popu-

«îi CHAPITRE VU.

laires; quand on se souvient de Thésitation du roi, qui avait sans doute à prendre un grand parti, car, à dater de ce jour, il aurait fallu répondre par un système complet à la logique révolutionnaire, faire sortir de la situation un véritable gouvernement, s'il pouvait en sortir, ou liien vaincre la Révolution et s'entendre avec la France dle-ffléme ; on s'explique, sans l'approuver, l'irrésolution du roi entre les dangers d'une situation générale qui s'est formée depuis longtemps autour du pouvoir, qui a entraîné, par l'influence des idées, tant d'intelligences, et cette route qu'on lui montrait comme la seule voie qui lui restât pour en sortir.

La situation, en effet, qui s'offrait au roi n'était au fond que la conséquence d'un état des idées qui, avant et dès le commencement de son règne, avait exercé un grand empire sur une foule d'esprits éminents, ou qui passaient pour tels : la séance du 4 août, où la noblesse de TAssemblée elle-même avait aboli , en quelques houres, tout ce qu'elle avait pu de l'ancien régime, «Ylait-elle pas bien récente?

146 roi, d'ailleurs, qui, de bonne heure, avait réfléchi j^ la politique suivie par Charles P, en présence de la ciri^o Ji laquelle on arrivait alors, repoussait l'idée de la ïfuori^e civile, et voulait croire comme Necker, comme le ^m\\o de Montmorin et l'archevêque de Bordeaux, qu'il fallait avant tout éviter une lutte immédiate et l'effusion

du siUîg.

Otle politique de modération et d'expectative était- elle 1^ bonne? Appartenait-elle à cette logique, à cette énergie, ^uis lesquelles il n'y a point de gouvernement possible? Nous avons déjà reconnu qu'on ne pouvait soutenir cette \i|iiuiun au point de vue politique.

Mais le caractère du roi, lui-même irrésolu, étant domié? au milieu de circonstances qui jetaient tant d'esprits dans le doute et l'hésitation, on pourra s'expliquer, lorsqu'on songe surtout à l'horreur qu'il avait du sang répandu, le parti définitif qu'on lui verra prendre.

Ce qu'il y a de certain, c'est que ce parti ne sera pas en opposition avec les idées qui triomphent, et qu'on ne pourra pas dire que la contradiction les ait rendues plus violentes et plus implacables, leur ail opposé d'injustes barrières, barrières qu'elles n'ont pu franchir qu'en bouleversant la société.

Le roi avait consulté la reine^ La reine elle-même, qu'on a tant accusée d'avoir donné au roi des avis contraires à l'esprit de la Révolution et à ses projets, recula devant tout plan de résistance. Elle craignit surtout de voir adopter celui qui la séparerait de la personne du roi *.

Or le plan que proposait M. de Saint-Priest consistait dans un développement de forces, en tète desquelles le roi aurait marché : « Son avis, » dit M. de Barante, qui parle, on le sait, d'après les mémoires mêmes du comie de Sainl-Priest, « fut d'envoyer deux bataillons du régiment de Flandre pour garder les pools de Sèvres et de Saint

* Notice sur M. le comte de Saint-Priest , par M. de Barante, p. cxix.

* « Je ne veux pas, » disait-elle, « que le roi puisse courir un dan* ger que je ne partagerais pas avec lui. » Elle se souvenait des heures de cruelle anxiété qu'elle avait passées seule à Versailles, pendant que le roi, trois jours après la prise de la Bastille, s'était rendu à Paris et à lllôtel de Ville. {Notice sur M, le comte de Saint-Priest, par M. de B;»rante, p. cxx.)

Cloud. Les Suisses de Cou rbevoie auraient défendu le pont de Neuillv. I^ reine et ses enfants seraient partis pour Rambouillet sous Tescorte des chasseurs du régiment de Lorraine, et le roi, à la (été de huit cenis gardes du corps et deux cents chasseurs des trois évéchés, se serait porlè au-devant des Parisiens. 11 aurait passé le pont de Sèvres, rangé sa cavalerie en bataille et fait donner l'ordre à in garde nationale de retourner à Paris. S'il y avait eu refus d* obéissance, la troupe aurait chargé; à mettre tout au pire, le roi aurait eu sa retraite sur Rambouillet *. »

Ce plan était assurément bien combiné : ce qu'on y remarquait surtout, c'était une énergique détermination de la part du roi; il sortait, quoi qu il pût arriver, de Teffacement auquel on avait voulu condamner le pouvoir, et, au lieu d'attendre qu'on vînt le chercher dans son palais, il allait à la rencontre de ceux qui prétendaient s'emparer de sa personne.

Ce parti n'étant pas adopté, le comte d'Estaing, qui commandait à la garde nationale de Versailles, reçut Tordre, avec les gardes du corps et les troupes de ligne qui lui furent aussi confiés, de défendre le château, où il fallait se préparer à soutenir une sorte de siège, ce qui répondait peu à la sécurité de M. Necker *.

« Notice sur il/, le comte de Saint-PriesL par M. deBaranle, p. r.xvij ol cxviu.

« M. doBaranle, Notice, p. cxxj.— h:\nssesMemoires (t. VI, p. 165)» NtHîkw* donne c^oniino raison du parti que prit le roi la crainte qu'une luUo ourôloijinonienl de ce prince, qui aurait pu en être la conséquence, ne (\issonl la cause d'une famine terrible pour la ville de Paris : « Paris $an9 approvisionnement, • dit-il, « Paris vivant uniquement des s;cour» journaliers recherchés au dedans et au dehors du royaume, aurait été immanquablement livré à toutes les horreurs de la famine.

On fit venir des Suisses de Courbevoie, et le chef militaire, le comte d'Estaing, dont les opinions étaient les mêmes que celles de la Fayette, donna Tordre de distril)uer des cartouches aux soldats.

Cependant des femmes et des hommes du peuple, dont beaucoup étaient ivres, arrivaient à Versailles» sous la <;onduite de Maillard, un de ceux qui organisèrent les massacres de septembre ; une populace nombreuse et la garde nationale devaient bientôt les suivre.

Ce fut à l'Assemblée que Maillard, ceux et celles qui raccompagnaient, se présentèrent d'abord.

C'était la première députation de celte espèce que l'As- •semblée recevait dans son sein.

Mounier, qui la présidait, fut forcé de donner la paro'.c à Maillard, organe de cette étrange députation.

Ainsi l'Assemblée se trouvait envahie avant le château, lorsque la Constitution n'était pas encore faite : les faubourgs venaient traiter en souverains avec les membres de l'Assemblée, où l'on avait espéré fonder en France le gouvernement représentatif de l'Angleterre.

On a dit que les femmes qui suivaient Maillard s'étaient présentées en suppliantes ^ j et que leurs dispositions n'étaient pas hostiles '.

si, dans un pareil moment, Téloignement du roi et les troubles qui ^n auraient été la suite avaient suspendu la confiance dés divers •agents dont l'active médiation suffisait à grand'peine à nos besoins les plus urgents. Je dois dire, en hommage à la vertu du roi, que cette considération fit un grand effet sur son esprit. Cest Paris qui venait user de viole?ice avec lui, et c'était en partie par les intérêts de Paris qu'il était retenu près de cette ville, et qu'il résistait aux motifs personnels qui pouvaient l'engager à s'éloigner. »

* Mignet, Histoire de la Révolution, 1. 1, p 168.

- Mignet, Histoire de la Hévolution, t. I, p. 168. — M. Mignel a

2t6 CHAPITRE VII.

Des liisloricns ont voulu ainsi représenter tout ce qui s'était passé comme un accident causé par les imprudences de la cour, et les crimes qui ont ensanglanté ces journées comme un enchaînement de circonstances malheureuses ou de fautes de l'aulorité.

C'est un moyen d'expliquer et d'excuser jusqu'à un certain point ce que l'on ne peut justifier et de colorer les violences populaires; ce n'est point là de l'histoire.

Nous aurons à parler du rôle qui fut alors celui de ces femmes, de la part qu'elles eurent aux événements; mais il suftît de jeter les yeux sur les journaux du temps pour reconnaître, comme nous l'avons indiqué, que les 5 et 6 octobre étaient la conséquence du 14 juillet.

emprunté son récit dans cette circonstance à Babaut Saint-Étienne^ qui s'exprijne de la manière suivante * :

« Les femmes, conduites par la faim (elles étaient ivres pour la plupart. — Voir la Notice sur M. le comte de Sainf-Pnes^ par M. dé Barante, p. cxxj), s'avançaient à Versailles ; et Maillard, qui les y gouvernait, les engagea, chose difficile, à ne se présenter qu'en sup^ pliantes à l'Assemblée nationale. . . » Babaut Saint-Étienne se contente ici de parler du discours de Maillard au nom de ces femmes, « discours, » dit-il, « qui eut deux objets : le manque de pain depuis trois jours et le mépris de la cocarde nationale, » parce que les gardes du corps portaient encore la cocarde blanche ; quant à la scène extraordinaire qu'offrit l'Assemblée envahie par Maillard et ses femmes, auxquelles se mêlaient des hommes déguisés**, Babaut Saint-Étienne et M. Mignet sont très-sobres de détails, M. Mignet surtout; nous avons dû compléter le récit de cette invasion de l'Assemblée, qui précède celle du château et qui montre bien dans quelle situation se trouvait alors FAssemblée elle-même, qui, par le fait, était devenue, non moins que la royauté, le point de mire d'un tel mouvement.

* Révolutions de Paris^ n* 12.

** «Des hommes déguiséa en femmes étaient avec elios. » [Précis historique de la Hévolulion, par Rabaut Saint-Élienne, p. 253.)

Peu de temps après la prise de la Bastille, une de ces feuilles, les Révolutions de Paris^ disait très clairement : « Il faut un second accès de révolution , lout s'y prépare. »

C'est à ce second accès, dont les passions révolutionnaires sont la prenjière cause, que nous assistons maintenant.

La véritable histoire de Tépoque est donc écrite dans les paroles du journaliste révolutionnaire : nous sommes en effet au second accès de la fièvre qu'il appelle, et ce ne sera point le dernier.

La situation est toute générale, on le reconnaît à sa violence même et aux spectacles qu'elle vient tout à coup dérouler devant nous.

Aussi n'insisterons-nous pas sur la part que l'ambition du duc d'Orléans, et l'argent qu'il a fait répandre, ont pu avoir à ces journées, pas plus qu'à celle du 14 juillet. 11 a voulu, sans doute, et n'a pas osé profiter des événements, il a toujours été entraîné à leur suite ; on ne peut individualiser la Révolution dans le duc d'Orléans; elle s'est servie de lui, tandis qu'il prétendait se servir d'elle, il lui a donné son nom, son argent, et elle a fini par lui demander sa tête.

Ce débordement de la Révolution sort de toutes les limites , et se formule dans cette invasion de la ville royale et de l'Assemblée par la populace; dans celle visite à main armée de la rue, venant siéger à côté de l'Assemblée, se mêlant, avec ses injures et ses menaces, à la discussion et au vote de la Constitution, quand celte Assemblée est réunie depuis cinq mois à peine.

Avant qu'on n'assiste aux scènes sanglantes qui mar-

968 CnAPITRE VII.

quèrent ces journées, ce qui frappe donc tout d'abord, c'est la rue faisant irruption dans TAssemblée qui doit r^énérer la France

Ces droits de Thomine, cetle souveraineté du peuple, ce vetOy qui ont occupé ses délibérations, on va voir comment la populace de Paris les comprend, et quel respect elle a trouvé pour cetle Assemblée, dans les théories que le vote de la Chambre unique a consacrées.

Il y a là une contre-épreuve de la Constitution que l'on s'occupe en ce moment à voter.

Si Ton veut que le repas des gardes du corps * ait pu ajouter à Tirrilalion de la populace parisienne, manquer peut-être aux bienséances, dont elle était la gardienne scrupuleuse, n*esl-il pas évident que l'Assemblée est tout à fait étrangère à ce repas, qu'on l'a même blâmé dans son sein *? Duport et Pélion ne l'ont-ils pas attaqué avec beaucoup de violence? Suivant Mirabeau, l'Assemblée oUe-méme n'avait-elle pas à craindre les complots de la cour, dont ce repas aurait été l'indice, et en tête des conspirateurs ne place-t-il point la reine, parce que des sympathies bien naturelles viennent d'être montrées à

^ (1,^ iv|)»s aurait dû exciter d'autant moins le mécontentement iH^^mluiiv, que, suivant Rabaut Saint-Etienne, « la plupart des gardes k\\\ iH»rps ôtaiont patriotes, » c'est-à-dire partisans des idées de 1789*. iWùr lo /*iVris de la Révolution, par Rabaut Saint-Etienne, p. 257.)

* {\{\ oouuait cette phrase de Mirabe^m qui, sommé de nommer les HWlowr» du complot dont il prétondait que l'Assemblée était menacée, v^U» <^ rt^pa* m^uie. avait répondu, en indiquant la reine : « Je les l^mUMOi^u ; j^ suis pi^yt à le faire, si TAssemblée déclare que, hormis k<^ |»ov^\uu>o du IHÙ, nul ne peut jouir de Tinviolabilité. a

\^ \^^Wk^H vW t« (»i\tc nation:(le ilu Versailles aTjicnl clé invités au repas.

la ramille royale, plus menacée assiirémenl que TAssemblée ?

Celte Assemblée ne vient-elle pas de repousser le veto absolu, défendu par Mirabeau lui-même, d'adopler le veto suspensif, qui ne peut appartenir qu'au premier magistrat d'une république?

N'a-l-elle pas sanctionné, par un vote, le droit à Tinsurreclion, qui a sa place dans les droits de Thomme? Ne s'est-elle pas associée à l'insun^ection du 14 juillet? Ne vient-elle pas de repousser le système des deux Chambres par esprit d'égalité? Les constitutionnels ne sont-ils pas vaincus par les Dupoit, les Lamelh, les Pétion? N'est-ce pas le côté gauche qui a la majorité et qui triomphe?

Cependant, quelle est cette Assemblée forcée rfe siéger pôle-méle avec la populace? Quelles sont ces femmes ivres qui interpellent son président? et quelles injures ne lui adressent-elles pas*? Est-ce ou n'est-ce pas la même

* « Pour contenir celle mullitude, rAssemblée délibéra sur le» moyens de facililer la circulation des grains et d'assurer rapprovisionna ment dPi Paris. Mais les clameurs devenaient de plus en plus menaçantes ; les femmes assises dans l'enceinte donnaient leurs avis avec les membres do, TAssemblée, et la salle retentissait de leurs cris et de leurs apostrophes. Tour à tour elles imposaient silence aux députés, ou dans le plus cynique langage leur accordaient la permission de parler : « Parle, député î tais- toi, dépulé î Parlez, députés ! « taisez-vous, députés ! • Le résultat de ces clameurs confuses reçut le nom de décret. Une expédition de cet acte et de la réponse du roi fut donnée à ces femmes pour la porter à Paris. Mais Maillard n était point satisfait; les conjurés avaient d'autres desseins. Les chefs des bandes menaçaient des vengeances du peuple si on ne leur accordait Vautorisation de fouiller les maisons ; et, dans leurs harangues* le clergé était toujours signalé à toutes les haines : c'était rarchevéque de Paris qui donnait aux meuniers des billets de caisse pour empè-

Assemblée que nous avons sous les yeux, dont le pouvoir souverain, s'élevant au-dessus de la royauté, s'est déclaré lui-même constituant, et serait-ce ainsi qu'elle va continuer le vote de la Constitution? Ce qu'il y a de certain, c'est que la populace fait déjà d'elle un marchepied pour attaquer et abattre la royauté.

L'esprit de la Révolution, qui est évidemment dans

dier de moudre le grain; — les prêtres voulaient aCDimer le peuple; — ils étaient les ennemis de la liberté et de la nation.

« L'évoque de Langres présidait alors TAssemblée ; s'il essayait de réprimer tant d'audace, sa voix était couverte par les cris : Chassez le prêtre ! et de plus épouTantables imprécations succédaient à tant d'outrages. Plusieurs hommes déguisés en femmes avaient pris {dace autour du bureau.

c Des femmes et des brigands étaient assis sur les bancs, tantôt demandant du pain, tantôt jetant avec mépris celui que l'Assemblée leur avait fait distribuer.

c D'infâmes prostituées, se livrant à toutes les insultes, exprimaient leur colère par le langage le plus cynique ; on entendit l'une d'elles crier au président : Mets les pouces sur le bureau! Puis, un instant après, une de ses compagnes s'écria : yous sommes contentes; maintenant, il faut que tu nous embrasses!

• Fatigué de tant d'outrages, et trop convaincu de sa triste impuissance^ Févèque de Langres se résigna enfin à lever la séance et à abandonner la salle aux clameurs de la multitude... Le président (Mounier) rentra dans la salle de l'Assemblée à l'instant où l'évêque de Langres venait do lever la séance. U donne des ordres pour une communication ; et, en attendant l'arrivée des députés, qui sont appelés au bruit du tambour, Mounier reste au milieu des femmes, qui n'avaient point désemparé : une d'elles occupait son fauteuil. Elles l'environnent et le pressent de questions; Ikmnier leur annonce la sanction des articles constitutionnels comme un grand bienfait de la part du roi. « Cette sanction nous donnera-t-dle le pain à meilleur marctié? lui crie-l-on ; puis elles entrent en conversation, lui reprocliant d'avoir opiné pour Vinfâme veto, et l'avertissent de prendre garde à la lanterne. > (Histoire de la Révolution j par H. de Gonny, t. 1, p. 374, 375 et 376.)

l'Assemblée, et dont la Constitution qu'elle vote est réclatant témoignage, ne )ui sert-il donc de rien, et faut-il qu'elle reçoive, avant la royauté et plus même que la royauté, qui au moins court des dangers sanglants, les éclaboussures de cette boue que lui apportent ceux qu'on appelle lesbrigands, mêlés à ces femmes ivres qui siégenl avec eux sur les bancs de cette Assemblée?

Car nous voyons se représenter ici cette distinction commode qui met les excès les plus horribles de la populace sous le nom d'hommes que le roi, dans quelques paroles adressées à des membres de l'Assemblée, appelle avec raison de prétendua brigands, « M. de la Fayette, » dit alors le roi, « m'a promis de me garder contre les prétendus brigands que Ton dit arrivés de Paris *. »

Le roi s'exprimait ainsi au moment où, sous la pression de TAssemblée envahie et terrifiée, de l'insurrection qui remplissait Versailles, il donnait une sanction immédiate aux droits de l'homme, et aux dix-neuf articles déjà volés de la Constitution '.

* Babaul Sainl-Étienne (p. 242 et 243 de son Précis historique) donne une explication très-claire de ce mot de brigands, qui signiGe tout simplement la muUilude révolutionnaire. Tantôt il se sert du mot brigands, tantôt il emploie celui de multitude; or d'où serait donc venue une teUe multitude de brigands^ si ce mot ne devait pas conserver son acception ordinaire? c Sur les six heures, > dit-il, « les brigands, qui dans la nuit s'étaient rassemblés en divers pelotons ou dans la salie même de l'Assemblée, laquelle avait dû céder la place à la multitude, s'avancèrent vers le château. Ils trouvèrent les passages mai fermés et inondèrent les cours. On voulut leur défendre rentrée du diâteao, et un homme fut tué. Cette multitude ivre se jette sur les gardes du corps... »

On voit ce que signifie le mot de brigands, c'est la multitude révolutionnaire ; nous la connaissons ; nous l'avons vue aux journées de juin : alors elle assassinait l'archevêque de Paris et le général Bréa.

* On n'a pas oublié que M. de la Fayette en avait pris T initiative.

Mais, au milieu d.e ce pêle-mêle d*hommes et d'idées^ de ces brigands et de ces femmes ivres, qui viennent sans doute soutenir les droits de Thomme en foulant aux pied» ceux de T Assemblée *, un fait n'est-il pas évident : c'est que toute cette écume, qui, sortie des bas-fonds de la société, a débordé sur l'Assemblée, n'a pas eu besoin d'une cause accidentelle et particulière pour monter ainsi, c'est qu'il y a des causes autrement profondes, des causes générales qui soulèvent cet océan populaire, où déjà l'Assemblée elle-même paraît entraînée ?

Ce qu'il faut, à l'esprit qui anime celte populace^ c'est que FAssemblée lui obéisse, qu'elle lui serve à effacer ce qui reste de royauté, et que d'abord, pour rendre hommage à la puissance de la rue, à son orgueil brutal, elle laisse elle-même violer l'enceinte, ce que les enthousiastes du gouvernement représentatif et de la souveraineté législative appelleraient le sanctuaire de ses séances.

Ce qui montre bien le caractère général du mouvement^

* t( Mirabeau, en arrivant dans la salle, vit des femmes, des hommes de la populace, mêlés à ses collègues, assis sur les mêmes bancs ; il demanda que le président fît sortir de Tenceinte réservée aux députés quiconque n'appartenait pas à la représentation nationale. L'ordre, on le présume bien, ne fut qu'incomplètement exécuté. Les femmes restées dans l'enceinte causaient à haute voix avec celles qui remplissaient les tribunes. Des propos insolents étaient adressés aux députés, et dans le tumulte on distinguait ces cris : Du pain !... Pas tant de discours !... Cest du pain qu'il nous faut!... L'impérieux tribun, jaloux de faire respecter l'Assemblée, et lui-même curieux de lutter contre la force populaire, se leva et dit d'une voix tonnante : « Je voudrais bien savoir pourquoi l'on s'avise de venir « troubler nos séances ! » 11 enleva les applaudissements de celte multitude, et le silence fut ensuite quelque temps rétabli. » (Droz> III- vol., p. 32.)

c est qu'A va droit ainsi à l'Assemblée, c est qu'il l'enveloppe avec une audace dont certes elle ne se serait jamais fait une idée, quand elle-même afBrmait son pouvoir souverain et constituant dans la séance du Jeu de paume encore si récente. Avec quelle rapidité les doctrines qu'elle ^ soutenues sont- elles donc descendues dans les plus basses régions? Rabaut Saint-Étienne lui-même ne vient-il pas de nous dire que les brigands se sont tenus rassemblés dans la salle de l'Assemblée, « laquelle a été forcée de leur céder la place, et que c'est de là qu'ils se sont avancés vers le châleau*? » Ces brigands, ces femmes qui leur ont servi comme d'avant-garde, et, dans cette mise en scène de l'insurrection, de comparses, d'un drame plus sérieux encore et plus terrible, sont sous l'empire, sans doute, d'idées dont ils ne se rendent pas, peut-être, un compte exact, mais qui cependant les dominent et les jettent dans la voie où ils se précipilent. Ils ont la conscience de la force qui est en bas depuis l'amoindrissement de la royauté, et c'est là leur manière de comprendre la souveraineté du peuple. C'est leur commentaire des théories qui ont triomphé, et ils ne veulent rien souffrir au-dessus d'eux. .

Il est bien curieux d'entendre un député, Rabaut Saint- Étienne, au moment où il va nous dire que la lie du peuple s'empare de la salle des séances de l'Assemblée souveraine, forcée de céder la place aux brigands, faire cette phrase : « que le retard mis par le roi à ratifier sans conditions les droits de Vhomme^ devait engager l'Assemblée à déchirer le voile religieux qui couvrait

* Précis historique de la Bévolution, par Babaut Saint-Étienne, p. 245.

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