LES IDÉES NOUVELLES
de Necker, comme elle avait parlé à celle de Turgot, qui venait d'avoir pour résultat, parmi les nobles de l'Assemblée, la nuit du 4 août, après avoir produit la séance du jeu de paume, pour un chef militaire, il n'y avait pas à hésiter.
Mais cette hésitation même, cette inaction, qui semblaient plus fortes que toutes les règles, que toutes les traditions lùilitaires, qui dominaient ainsi un brave officier, expliquent bien la puissance des idées nouvelles.
Elles pénétraient ainsi partout, et retenaient sur les lèvres d'un chef militaire l'ordre qu'il aurait dû donner. Malgré les crimes déjà commis, il y avait donc, dans ces idée^, un prestige extraordinaire, qui éblouissait les regards.
Voltaire avait dit, on le sait : <x Les jeunes gens sont bien heureux, ils verront un beau tapage. » Ce tapage, on commençait à le voir, et il est probable que Voltaire en eût été fort effrayé, lui qui, à l'époque de l'avènement de Louis XVI, redoutait les réformes trop nombreunen; cependant les esprits de cette génération étaient mm un tel clianne, qu'ils voyaient, derrière tout le bruit de ce grand mouvement, un avenir, et qu'ils y croy:»ient.
Assurément, ce n'est pas avec une diarg^ de «apfakrrie qu'on en aurait eu raison, quoiqu'il Mt imprM^i lile d'admettre que, pour cela, il falUit se firrer, ^et Vh^pun^^sr même de l'armée et du pouvoir, aux nrilio» mprff%hé0:^ de l'insurrection.
Mais que fallait-il faire? LïàtUAre d^ hh^etiiettU écoulés depuis 89, des divers fifm%im»e9if0Mh ^nt. eu France, se sont succédé sans se suivre;. tX de le^tn fitoie!^ successives, peut seule réa^nuire nue tek ^^^yum d'une manière péremptoire.
Ce qu'il y a de certain, en ce moment, c'est qu'il y a autour du roi, comme de Necker, comme du comte d'Estaing et de tant d'autres esprits, un air ambiant qui semble changer Tétat des questions autrefois les plus simples et les plus faciles à trancher.
C'était le passé politique qui parlait résolument, justement, par la bouche de M. de Saint-Priest ; était-ce donc, dans ce palais d'idées, sorti comme celui d'Aladin de la magie de certaines influences, l'esprit philosophique qui, maître désormais de l'avenir, répondait au passé, et qui venait comme le forcer de rendre une épée qu'il semblait ne pouvoir plus toucher?
Tout ce que nous pouvons faire, en face du problème qui paraissait d'une solution si difficile aux esprits les plus éminents de l'époque, c'est de les suivre eux-mêmes dans le mouvement qui leur est imprimé, et de les appeler en témoignage de la situation qui va se développer de plus en plus.
Assurément nous avons nos convictions, et elles ressortiront de l'étude que nous avons entreprise, mais nous sommes persuadé aussi que l'historien, maintenant surtout, doit s'adresser sans cesse à la logique de ses lecteurs, et leur offrir les moyens de reconnaître par eux-mêmes la vérité.
Ce fut dans la soirée, vers les six heures, après cette inaction reprochée par M. de Saint-Priest au comte d'Estaing, que, au moment où le roi venait de réunir son cx)nseil, M. de Saint-Priest fut instruit, par un billet au crayon que M. de la Fayette lui écrivait d'Auteuil, de l'arrivée du général avec la garde nationale paiisienne ^
* Notice sur le comte de Saint-Priest, par M. de Barante, p. cxxiv.
FÂLLAIT-IL RESISTER? 293
L'aide de camp qui apportait la dépêche de M. de la Fayette affirmait que, si les ponts avaient été gardés, il n aurait pas manqué d'en profiler pour se retirer avec cette garde ; mais on savait qu'il avait inutilement lutté pour la retenir ainsi que la populace de Paris ^
Les dispositions de la garde nationale parisienne, la contrainte qu'elle avait exercée sur son propre chef pour l'entraîner à Versailles, rendaient la situation encore plus grave.
L'arrivée du général, dans de telles circonstances, n'était pas un secours, mais une complication.
L'attitude passive qu'on avait gardée sous la pression d'une multitude soulevée, en présence des attaques dont les gardes du corps avaient été lobjet, comme du sang déjà répandu par l'émeute, les masses aussi avec lesquelles il aurait fallu engager un combat sanglant^ la garde nationale de Paris qui arrivait, et qui, comme celle de Versailles, se serait très -probablement mêlée à la lutte, voilà ce qui rendait alors celte lutte à peu prés impossible.
Militairement, et à ce point de vue d'humanité qui avait un si grand empire sur le cœur du roi, le moment où l'on aurait pu prendre le parti de la résistance à Versailles, ou plutôt en avant de Versailles, était passé.
Mais, selon M. de Saint-Priest, qui proposait encore le seul parti énergique et politique qu'il y eût à prendre pour un prince, d'après les vieilles traditions de la monarchie française, de toutes les monarchies, celui que
M. de Barante ajoute : « La foule séditieuse qui s'était acheminée sur Versailles était partie beaucoup plus tôt, par bandes désordonnées, comme gens disposés aux plus criminelles violences. • * Notice, par M. de Barante, p. cxxiv.
S94 CHAPITIIE VII.
Ton avait pris pendant la Fronde, quand Louis XIV, enfant, avait suivi la régente, sa mère, à Saint-Germain, il fallait, puisqu'on ne pouvait repousser l'attaque dont on était menacé, aller au-devant de Tinsurrection et opérer une retraite sur Rambouillet aveo les troupes dont on disposait; car le régiment de Flandres avait résisté aux séductions dont on l'avait entouré, et restait fidèle au roi comme à ses chefs.
Une nouvelle discussion , dans laquelle M. de Saint- Priest fut soutenu par M. de Beauveau, M. l'archevêque de Vienne, M. de la Tour du Pin, et M. de la Luzerne, eut lieu dans cette mémorable circonstance, entre lui et M. Necker.
Le parti que proposait M. de Saint-Priest effrayait encore ce dernier.
M. de Saint-Priest alléguait « les dangers évidents auxquels le roi et la reine allaient être exposés ^ »
M. Necker, au contraire, voyait un avantage plutôt qu'un inconvénient à transférer le séjour du roi et le siège du gouvernement à Paris.
M. de Saint-Priest résuma ainsi la discussion : «Sire, si vous êtes conduit demain à Paris, votre couronne est perdue. »
Ces paroles émurent le roi, qui voulut consulter la reine.
« Vous donnez là un conseil, dit M. Necker, qui pourrait vous coûter la tête. — A la bonne heure, » répliqua M. de Saint-Priest '.
La reine, qui, avant tout, était décidée à ne pas se sé-
* NoticCf par M. de Barante, p. cxxv.
' Ibid.^ p. cxxv et cxxvi.