VERSAILLES ET RAMBOUILLET
parer du roi, donna son assentiment à la proposition de ce ministre, et Ton put croire qu elle allait recevoir une exécution immédiate.
M, de Saint Priest prit, à cet effet, les ordres du roi, et se disposa à les suivre, annonçant qu'il partirait ensuite pour Rambouillet, où il ferait tout préparer pour le recevoir. Il partit à cheval; avant son départ, il avait ordonné d'atteler une voilure pour madame de Saint-Priest et ses enfants, qu'il ne voulait point laisser à Versailles ; mais elle le rejoignit en roule, et lui annonça, de la part de M. Monlmorin, que le roi renonçait au parti adopté quelques instants auparavant *.
M. de Saint-Priest relourna aussitôt à Versailles , où M. de la Fayette venait d'arriver.
La cause particulière du revirement qui s'était opéré dans l'esprit du roi ne lui fut jamais bien connue. On lui dit que M. de la Rochefoucauld-Liancourt % le même qui avait annoncé au roi la prise de la Bastille, et que l'on a encore vu après 1830 à la Chambre des pairs, avait agi sur la détermination du roi.
Mais une lettre de Louis XVI, dont son ancien ministre reconnaissait l'authenticité, explique d'une manière générale, et parfaitement en harmonie avec les sentiments personnels du roi, sa résolution définitive, dont M. de Saint- Priest nous donnera bientôt la formule. Dans cette lettre, qui, écrite après le conseil, portait la date de sept heures du soir, le roi disait à M. d'Estaing, en l'informant de sa dernière résolution, que la fuile le perdrait totalement , que la guerre civile en serait le funeste résultat; que, pour se défendre, il faudrait verser le sang des Français, et
* NoCicBy par M. de Barante, p. cxxvu.
* Ibid.
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que son cœur ne pouvait se familiariser avec celle affreuse idée; quil venait de voir plusieurs membres de r Assemblée, dont il était satisfait. Il ajoutait : « Ne faites aucun mouvement qui puisse laisser croire que je songe à me venger, même à me défendre. »
11 paraît que les voitures, que M. de Saint-Priest avait donné Tordre d'atteler, avançaient, lorsque le roi renonça à celle retraite qui n'était pas en effet une fuite, à la manière dont l'entendait M. de Saint Priest, puisqu'il s'agissait d'aller reprendre à Rambouillet, au milieu de forces militaires dont on était sûr, une position qui n'était plus tenable à Versailles.
Comment le château de Versailles fut-il envahi par ceux qu'on appelait les brigands? C'est là un détail sans rapport direct avec le résultat même de cet événement, le roi forcé de venir habiter Paris, sous la garde d'une insurrection triomphante.
Ce qu'il y a de très-certain, et il n'est pas besoin de consulter ici les écrivains exclusivement royalistes, c'est que, depuis l'émigration de ceux qu'on personnifiait dans ce mol, la cour^ les défiances et les haines révolutionnaires s'étaient tournées surtout contre la reine.
Un historien, qui appartenait par ses idées aux opinions constitutionnelles, comme on disait alors, on dirait maintenant parlementaires, Joseph Droz, affirme que, dans quelques salons, lesquels? il ne le dit pas, peu avant les journées d'octobre, on se livrait à un jeu de mots barbare dont la reine était le sujet, et que « bien des gens souriaient en répétant ce calembour : Pour sauver la France, il faudrait un maréchal de Turenne (tue reine) ^ »
* Histoire du règne de Louis XVI, par J. Droz, t. Uf, p. 2i.