LE MORCEAU DE DRAP ROUGE
Or cette haine des salons dont parle Droz était descendue bien bas, car, nous avons entendu M. de Barante : ne dit-il pas que les femmes de la rue, ivres pour la plupart, qui envahirent TAssemblée à la suite de Maillard, vociféraient des outrages contre la reine*?
Nous allons assister maintenant à une tentative d'assassinat dirigée contre cette princesse.
On dirait que dans les situations violentes, qui sont les résultats des révolutions, ceux qui veulent agir sur la populace furieuse s'attachent à donner pour objet à cette colère qui la transporte un but unique, comme si la puissance de Funité devait paraître dans le mal comme dans le bien, de même que Ton montre au taureau furieux le morceau de drap rouge qui doit Texciler encore davantage.
Quelque partM. de Tocqueville, dans son livre sur l'An. cien régime et la Révolution^ pour peindre en même temps la puissance et les excès de cette Révolution, sa nature extraordinaire, l'appelle le monstre^.
Serait-ce que, pour affirmer de plus en plus la politique révolutionnaire, en assurer le succès dans les journées d'octobre, mettre la main sur la personne du roi, i\ ait fallu, d'après ceux qui auraient formé le complot^ attribué par Droz à Danton et à Santerre, montrer au monstre une proie qui était la reine elle-même?
* Notice sur M. de Saint-Priesty par M. de Barante, p. cxxi.
* Voir YArxien régime et la Révolution^ par M. de Tocqueville, p. 4. Avant la Révolution de juillet, Taltaque directe contre le roi
Charles X était incessante : on comparait le roi à un mouton enragé; on barbouillait les pièces de cent sols pour le représenter avec une calotte et un rabat, pour concentrer sur sa lête la haine qu'excitaient alors les noms de parti prêtre et de jésuite.
M. dcBarante, dont rimpartialité, quand il s'agit de la Révolution, ne peut être révoquée en doute, et qui ne manque guère une occasion d'exprimer une opinion favorable à cette révolution, dit expressément dans sa notice sur M. de Saint-Priest, où Ton trouve une relation trèsexacte des journées d'octobre, que « les brigands étaient venus à Versailles avec le projet d'assassiner la reine^ »
A côté du plan d'amener le roi à Paris, il y avait donc un autre plan, un plan arrêté dont on à vu qu'on pouvait reconnaître la suite.
Nous retrouverons jplus tard cette logique dans la marche des idées et le développement même des faits.
Suffit-il de la caractériser par les crimes qu'elle a. pu conseiller et produire, sans aller plus loin dans une étude de cette nature?
Nous croyons que le moment est plus que jamais venu de tout dire, sans haine ni colère, disons plus, avec charité, même pour ceux que l'on peut regarder comme les plus coupables, quoiqu'il arrive qu'un historien puisse et doive appeler les hommes et les choses par leur nom, comme le magistrat quirend son arrêt.
Les plus zélés partisans de la Révolution doivent le désirer eux-mêmes. S'ils espèrent lui voir tenir toutes ses promesses, s'ils ont foi en elle et en son avenir, ils ne doivent craindre ni l'examen loyal et sincère des faits, ni le récit le plus exact de ces faits.
Que la cause soit instruite, voilà ce que tout le monde doit demander aujourd'hui; les témoignages abondent, et il s'agit surtout de les réunir pour conclure. . Rabaut Saint-Étienne, un des hommes qui ont éprouvé
* Notice sur M. le comte de Saint-Pnesl, p. cxxx.