‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 79 sur 183 · LA REINE. — LES BRIGANDS. — LA SITUATION · texte numérisé non relu

LA REINE. — LES BRIGANDS. — LA SITUATION

le plus d enthousiasme pour la Révolution et dont Topinion n'est suspecte à aucun de ses partisans, dit que « les brigands^ qui attaquèrent le château, proféraient mille imprécations contre la rein^^ »

Cela coïncide avec les paroles très-positives de M. de Barante sur le but qui les avait amenés à Versailles, et c'est le langage qu'il tient lui-même.

Comment ont-ils réussi dans une certaine mesure, surtout comment la terreur qu'ils ont répandue a-t-elle contribué au succès de cet autre plan, le séjour de Paris imposé au roi?

Aux 5 et 6 octobre, si Ton prend la question au point de vue le plus général, tout était disposé à Paris et à Versailles, dans les masses populaires et dans le pouvoir, celui de TAssemblée et l'ombre d'autorité qui pouvait rester au gouvernement royal, pour que l'attaque, jusqu'au crime même, fût facile, et la résistance, si non impossible, bien difficile au moins.

Elle ne l'est jamais plus que lorsque les hommes manquent.

Nous avons déjà dit pourquoi ils manquaient : il y avait un esprit alors, force extraordinaire qui remplissait tout, et qui, un peu comme la machine pneumatique, absorbait l'air des intelligences. Les unes étaient enivrées et entraînées, les autres étonnées et paralysées : c'est ainsi que toutes ou presque toutes, volontairement ou involontairement, avaient contribué à la situation' qui se dessinait de plus en plus.

* Rabaut Saiiit-Étienne, Précis historique, p. 243.

* N'a-t-on pas entendu Lally-ToUendal s'efforcer de pallier les crimes commis après le 14 juillet, et flatter la populace souveraine ? C'est qu'il ne voulait pas que le peuple pût mal faire, et tromper les es-

Précisément, pour n irriter personne dans cet entraînement général, le pouvoir avait toujours reculé devant cet esprit si puissant, dont la force s'était amassée depuis tant d'années, et commençait maintenant à faire explosion comme une arme trop chargée.

On a reproché cependant à ce pouvoir de n'avoir pas assez reculé : or il avait cédé de lui-même en dernier lieu sur la question du veto, qui passionnait la population parisienne, comme la noblesse aussi, dans la nuit du 4 août, pour désarmer toutes les haines et arrêter le cours des plus violents excès, des attentats à la propriété et à la vie des propriétaires, avait renoncé spontanément à tous les droits féodaux, comme le clergé avait renoncé aux dîmes, tous faits matériels et incontestables. Malgré toutes ces concessions, on n avait pas cessé de marcher sur le pouvoir à mesure qu'il prenait soin d'écarter, et l'ancienne société avec lui, tout ce qu'on avait allégué jusque-là comme les causes de la lutte. Maintenant la populace souveraine j ainsi que rappelle si bien Droz, pouvoir nouveau, venait frapper à la porte du château de Versailles et faire une première sommation à l'ancien pouvoir : rien n'y manquait, pas même l'huissier Maillard*.

C'est ainsi que les 5 et 6 octobre étaient le résultat de la situation.

Elle se retrouvera dans les scènes sanglantes auxquelles nous allons assister.

I^es récits varient sur la manière dont les quelques hommes du peuple^ suivant M. Mignet, qui étaient plus

pérances qui lui étaient communes avec tant d'hommes dont les bonnes intentions ne sont pas douteuses.

* On se souvient que Maillard, Thomme des massacres de septembre, était huissier

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