‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 81 sur 183 · LE CHATEAU DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE VERSAILLES

genee étrange et menaçante^ Quelque sens que M. de Barante attache à ces paroles, il n'en résulte pas moins que le roi Louis XVI et son conseil n'eurent point à refuser ce qui ne fut ni demandé ni offert.

M. de Barante, il est vrai, veut blâmer les dispositions du roi et de ses conseillers, mais il semble qu'il ne faudrait pas oublier, dans une telle circonstance, celles de la garde nationale de Paris, qui venait de traîner son chef à Versailles, et qu'il importerait de se demander s'il était possible que le roi eût plus de confiance en elle que dans les gardes du corps, ou se préoccupât des susceptibilités des brigands qui venaient d'insulter l'Assemblée avant d'envahir la demeure royale.

La justice historique ne saurait admettre l'étrange système qui consisterait à toujours donner tort aux victimes et à démontrer qu'elles s'y sont mal prises pour repousser leurs agresseurs et leurs assassins, ce qui les rendrait sans doute responsables des crimes de leurs ennemis, dirigés contre elles-mêmes.

Pourquoi, suivant l'un, avoir refusé, ce qui est un fait entièrement inexact, la défense intérieure du château à la garde nationale de Paris; pourquoi, d'après l'autre, n'avoir pas été disposé à la lui offrir? Par une raison que le bon sens indique, parc^ que le général la Fayette, qui répondait de touty comme il le dit au roi en arrivant, venait d'être comme le prisonnier de cette garde nationale, dont il était le chef, et qu'elle avait marché sur Versailles, non pas pour lutter contre un grand soulèvement dont le but était d'amener le roi à Paris, mais pour y prendre sa part et y jouer son rôle.

* NoUce sur M. de Saint-Priest.

En février 1848, quand la garde nationale, sur la place des Victoires, croisa la baïonnette contre la ligne, nous ne croyons pas que personne eût conseillé à Louis-Philippe de remettre à cette garde la défense de sa personne. II ne le fit point, et il fit bien, malgré toiil ce qu il avait fait pour la bourgeoisie.

Comment aussi les émeutiers parisiens pénétrèrent-ils dans le château, fait matériel qui a son importance?

Il y a plusieurs versions à cet égard.

M. Mignet prétend que la garde intérieure n'avait pas même été doublée, qu on avait à peine visité les grilles, et que le service se faisait négligemment comme dans les temps ordinaires* ; c'eût été montrer une confiance bien éloignée des soupçons qui auraient fait, suivant le môme historien, refuser des postes intérieurs à la garde nationale et causé tous les malheurs de cette 7iuit.

M. Mignet ajoute cependant qu'un garde du corps, qui se trouvait à une fenêtre, assailli par les propos des émeutiers, tira sur eux et en blessa un, ce qui aurait déterminé l'attaque du château.

Rabaut Saint-Étienne dit expressément, on le sait, « quils trouvèrent les passages mal fermés et qu ils inondèrent les cours. » Il ajoute, ce qui était bien naturel, quon voulut leur défendre Ventrée du château et qu'un homme fut tué% » ce qui, en mettant le premier mort, met aussi la provocation de leur côté et le cas de légitime défense du côté des gardes du corps.

M. de Barante critique le système adopté pour mettre le château à l'abri d'une attaque: « les gardes du corps

* Histoire de la Révolution, par M. Mignet, 1. 1, p. 172.

* Rabaut Saint-Étienne, Précis historique,}^, 245.

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