‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 82 sur 183 · INVASION DU QHATEAU DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

INVASION DU QHATEAU DE VERSAILLES

auraient élé, suivant lui, postés tantôt d un côté, tantôt d'un autre S » ce qui prouverait une chose, c'est que Ion craignait que le château ne fût envahi sur différents points.

Cependant, toujours d'après le même récit, « les brigands, venus à Versailles avec le projet d'assassiner la reine, auraient profité de cette négligence *. » M. de Barante dit enoore que « les cours et les salles du château étaient envahies par une foule furieuse, » dont l'attaque, sans aucune négligence des postes intérieurs, aurait certes pu suffire pour amener tous les périls de cette terrible matinée.

Enfin, M. de Conny raconte ainsi le même fait : « Vers cinq heures et demie, dix colonnes de femmes et de brigands, échauffés par les liqueurs, se répandent de toutes parts, couvrent la place d'armes et s'avancent vere le château. Des rassemblements s'y forment; plusieurs marchent avec des drapeaux et des tambours. Une des grilles du château était restée ouverte; c'était celle de la cour des princes. Quelques femmes, ou plutôt quelques hommes travestis, passent sous la voûte du châteaiu, et pénètrent jusque dans la grande salle où étaient les gardes du corps. La garde extérieure du château avait été confiée à la milice parisienne; elle n avait 'point défendu ses postes, »

Nous nous bornerons à faire observer ici, entre le récit de Rabaut Saint-Étienne et celui de M. de Conny, un rapport évident, c'est que, d'après Rabaut Saint-Étienne, l'attaque est venue du côté de la place d'armes, puisque la multitude sortait de la salle de l'Assemblée^ ou bien de la ville où « elle s'était tenue rassemblée en pelotons % »

* M. de Barante, Noticet p. cxxx.

* Ibid,

' Rabaut Saint-Élienne, Précis historiquej p. 243.

el que l'altaque n'a pu avoir lieu par les jardins, où la mullilude n'était pas, mais du côté de la ville de Versailles, où elle était. Or, il est clair qu'elle devait d'abord se porter sur la place d'armes. Puisque les postes extérieurs du château avaient été remis à la garde nationale, pourquoi donc n'a-t-elle pas arrêlé cette multitude? Pourquoi M. de Barante, M. Mignet et Rabaut Saint-Etienne ne parlent-ils de cette garde qu'après l'invasion du château et les meurtres commis en cherchant à tuer la reine? Est-ce parce que M. de la Fayette, plein de confiance, s'était couché, accablé par le sommeil, tandis que les émeutiers et les assassins veillaient, satisfait d'avoir « logé sa troupe dans Versailles % » et confié « les postes extérieurs du château aux anciens gardes-françaises, maintenant grenadiers de la garde nationale *, et qu'en l'absence de leur chef ils avaient laissé passer les émeutiers parisiens, » ce qu'affirme M. de Conny*, par « les passages, » comme dit Rabaut Saint-Étienne, « qui étaient mal fermés*? » On le croit sans peine, puisqu'il ne s'agit aucunement ni dans Rabaut Saint-Étienne, ni dans M. Mignet, ni dans M. de Barante, de la manière dont furent gardés les

* Rabaut Sainl-Élienne, Précis historique , p. 242.

* M. de Barante, NoticCf p. cxxvii.

"•M. de Conny, après avoir dit que la garde nationale « n'avait pas défendu ses postes, » ajoute : « Les hordes s'en étaient empar sans combat et sans résistance. » (Histoire de la Révolutioti, t. I", p. 578.)

* Rabaut Saint-É tienne, Précis historique, p. 243. — Malgré cette surprise, le même Rabaut Saint-Étienne a dit < qu'on voulut leur défendre rentrée du château, et qu'un des assaillants fut tué. » Les précautions, à rintérieur du château, n'étaient donc pas si mal prises ; et, si les postes extérieurs avaient résisté assez longtemps pour qu'on pût prévenir le général la Fayette, il est probable que les scènes sanglantes du château n'auraient pas eu lieu.

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