‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 84 sur 183 · LA FAYETTE. — LES GARDES-FRANÇAISES · texte numérisé non relu

LA FAYETTE. — LES GARDES-FRANÇAISES

Ils coururent aussitôt au secours des gardes du corps.

La confiance du général la Fayette, la faiblesse à peu près démontrée des grenadiers de la garde nationale, avaient livré les postes extérieurs du château de Versailles aux meurtriers qui méritèrent, dans celte matinée sinistre, le nom de brigands qu'on leur a donné; Tinterventien du général et des grenadiers de cette garde au milieu d'une scène qui aurait pu hâter les plus terribles événements de la Révolution, la mort du roi et de la reine, livrer tous les gardes du corps à leurs assassins, fut loyale alors et énergique, mais qu'elle était tardive!

Allait-elle, au moins, produire ce résultat, qui, de la part de la Fayette et de la garde nationale, eût été un véritable service rendu à Tordre et à la société, allait-elle soustraire le roi à cette violence qu'on voulait exercer sur lui, et, après les crimes qui venaient d'avoir lieu, lui apporter un secours assez puissant pour lui permettre dé ne pas céder aux exigences de l'insurrection parisienne et de restera Versailles?

On vit bientôt que l'insurrection était la plus forte malgré l'épisode sanglant et honteux qu'elle venait de travei^ser, épisode qui, par le fait, ne se rattachait que trop au mouvement lui-même, dont il fut loin de compromettre ou de relarder le succès.

On voudrait quelquefois détourner les regards de cette logique des événements, de cet ensemble des faits, qui est l'histoire, et où l'on rencontre trop souvent les idées systématiques des partis de connivence involontaire avec les crimes.

Nous n'avons aucunement l'idée d'atténuer ce qu'il y eut de louable dans la conduite de M. de la Fayette et des anciens gardes-françaises; mais on reconnaîtra qu'ils ne

pouvaient en tenir une autre, dans de telles circonstances, sans se déshonorer, et qu'ilsauraient dû les prévenir, s'ils avaient eu plus de prévoyance ou de fermeté.

Qu'ils ne se fussent pas défiés, au reste, des bandes parisiennes, c'était un grand malheur sans doute, mais dont on est moins surpris, quand on pense à une certaine solidarité de sentiments qui peut s'établir dans une révolution entre des hommes séparés également du passé, et dont les yeux sont fixés sur un même but, le changement complet de l'État et de la société.

N'avait-on pas vu l'Assemblée approuver l'insurrection du 14 juillet et se montrer plus qu'indulgente pour les crimes qui en avaient été la suite? Le roi n'avait-il pas été alors entraîné lui-même par la situation qu'il s'était cru forcé d'accepter, à venir féliciter l'insurrection triomphante ?

Celte insurrection était venue lui rendre, les 5 et 6 octobre, la visite qu'il lui avait faite le 17 juillet. Avaitil commis, dans cette journée, une faute politique, sans laquelle la Révolution n'aurait pas suivi son cours? Nous sommes loin de le croire; mais l'enchaînement des idées et des faits se produisait ainsi sans interruption, et le mouvement révolutionnaire, loin d'être contrarié, comme on l'a prétendu, ne faisait point de ces haltes qui auraient pu au moins le ralentir; s'il devait conduire à de bons résultats, assurément rien ne devait les retarder.

Le tableau qu'offrait l'intérieur du château de Ver- •• sailles, surtout la famille royale, réunie autour du roi, résumait la situation. Les assassins venus de Paris n'avaient point tenu devant les efforts des gardes du corps et de la garde nationale ; mais la multitude parisienne remplissait la cour de marbre et la faisait retentir de voei-

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