A PARIS
féralions que M. de la Fayette ne pouvait pas plus calmer qu'il n avait réussi à empêcher le départ de la garde nationale pour Versailles.
Le roi se trouvait avec la reine et le Dauphin devant le balcon de la chambre qui domine la cour de marbre * ; à côté de la reine et de son fils, était M. de la Fayette, qui venait, par sa présence, proléger la famille royale.
Le tumulte augmentait sans cesse; les cris : « A Paris, à ParisI » retentissaient dans la cour et montaient aux oreilles du roi, comme la formule de la situation, comme Tordre qui lui était intimé, après les scènes qui venaient d'avoir lieu et le péril si récent qu'avait couru la reine.
Le roi hésitait encore à prendre un parti qui pouvait être définitif. 11 éprouvait cette tristesse profonde, ce sombre accablement des malheurs et des crises qui paraissent sans remèdes; on eût dit qu'il s'apprêtait à suivre le deuil même de la monarchie dans cette voie où l'appelait un peuple menaçant, plein d'une exaltation que rien ne semblait pouvoir apaiser ni modérer.
On tirait des coups de fusil en l'air, comme pour avertir le roi que la patience populaire était à bout*.
Au milieu des cris, on distingue le nom du roi, qu'on appelle sur le balcon; il veut s'y élancer pour parler au peuple. La reine avec ses enfants s'attache au bras de Louis XVI.
C'est alors que ces cris bien connus retentirent : « La reine seule, point d'enfants! » Ce fut en ce moment aussi
* Notice^ par M. de Barante, p. cxxxi.
• « On entendit le sifflement de quelques balles, qui vinrent frapper la croisée près de laquelle se tenait la reine. » [Louis XVI ^ par M. de Falloux, p. 225.)
314 CHAPITRE Yll.
que Maric-Antoinellc se jeta intrépide sur ce balcon, el devant l'héroïsme delà fille de Marie-Thérèse, seule dans sa majesté, l'insurrection, qui grondait à ses pieds, se tut un instant sous le regard d'une femme I On assure même qu'on entendit des cris de « Vive la reine! »
Dans toute l'histoire de France, il n'y avait d'exemple ni dune telle situation ni d'un tel spectacle.
Jamais on n'avait vu la royauté ainsi en présence d'une tempête populaire, face à face avec toutes les passions de la rue, soulevées et impérieuses.
Qui régnerait? serait-ce le roi ou le peuple de Paris? Qui gouvernerait? le gouvernement ou les gouvernés?
il est très -certain qu'au point de vue de toutes les opinions, là question doit se formuler ainsi.
C'était dans le Versailles de Louis XIV et du serment du jeu de paume, qu'elle se trouvait posée : le peuple, après l'Assemblée constituante, venait y affirmer sa souveraineté, et c'était la même Assemblée qui, avec le roi, allait le suivre.
Ce n'était point là seulement une scène extraordinaire, c'était, et c'est encore, pour beaucoup d'esprits, la lutte de deux principes, dont l'un venait et devait triompher de l'autre.
Celte lutte était maintenant resserrée dans un étroit espace et sur un théâtre, cerles, qu'on n'aurait pas même rêvé à l'ouverture des états généraux, entre la cour de marbre et le balcon, près duquel toute la famille royale était réunie.
C'était le chemin qu'en cinq mois la Révolution de 89 avait fait : quelle hâte n'avait-elle donc pas de marcher à ses destinées ? Y marcherait-elle cependant aussi vite qu'elle l'espérait ?