LE ROI A PARIS
du peuple*. » On peut ajouter que T Assemblée se trouvait sous la même surveillance, nouvelle épreuve qu'allait subir la fondation de ce gouvernement représentatif dont on cherchait alors à trouver les bases.
A Versailles, l'autorité royale avait pu, en s'adressantà la municipalité, faire encore venir quelques troupes, avoir la velléité de se défendre; à Paris, le roi n'avait plus ses gardes du corps, qu'il ne voulait pas exposer sans doute aux violences de la rue, et la garde nationale seule occupait les portes des Tuileries. L'autorité royale dispai^issait de plus en plus, elle se réduisait à une sorte d'enregistrement des volontés de l'Assemblée manifestées sous forme de décrets : ceci était le gouvernement même dans sa partie législative ; restait l'administration, qui aurait dû appartenir au roi et à ses ministres, en vertu du pouvoir exécutif qui était dévolu au roi par la Constitution que l'Assemblée votait; mais l'Assemblée, avec cette jalousie du pouvoir dont elle était d'autant plus animée que ce pouvoir était plus nouveau, traitait toutes les affaires, même administratives, par ses comités : il en résultait que la royauté et ses ministres étaient, dans l'État, presque une superfétation, et qu'ils rappelaient seulement la forme ancienne du pouvoir, cette forme monarchique dont ils ne représentaient plus que le nom. Les ministres, dépouillés par le fait de tout pouvoir, n'exerçaient guère plus qu'une fonction, celle de transmettre aux autorités locales les décrets de l'Assemblée sanctionnés par le roi*. Ils étaient cependarit eu butte à de fréquentes attaques dans l'Assemblée, dont ils se
M. Mignet, Histoire de la Révolution, 1. 1, p. 175. * Notice sur ¥. le comte de Saint-Priest, par M. de Baranle, p. csxxvii.
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trouvaient exclus, ce qui mettait le sceau à Timpuissance d'un gouvernement qui, toujours attaqué, n'avait pas même le droit et la possibilité de se défendre.
Rien ne manquait donc on principe à l'autorité souveraine de l'Assemblée : non-seulement, au nom de ce pouvoir constituant qu'elle s'était décerné, elle continuait à voter la Constitution sans aucune espèce de contrôle de la part de la royauté, puisqu'elle ne reconnaissait au roi que le droit de sanctionner son vote, mais même dans toutes les affaires de l'État, quelles qu'elles fussent, elle ne permettait pas même au gouvernement de faire acte de présence, tandis qu'elle les réglait par sa propre initiative ou par celles de ses comités.
C'est dans ces conditions, où l'influence prépondérante de la gauche, qui s'était déjà fait remarquer dans la discussion du vetOj et la résidence du roi comme de l'Assemblée à Paris, déterminée par les journées d'octobre, plaçaient de plus en plus cette Assemblée, qu'elle s'efforçait de terminer une Constitution monarchique et représentative.
Ce qu'elle instituait évidemment, c'était le gouvernement d'une assemblée, mais à quel prix?
Ce qu'on n'a point assez recherché peut-être, c'est en quoi ce pouvoir si absolu en apparence, de l'Assemblée constituante, était favorable à l'établissement du régime représentatil en France, question posée pour ce pays par la Révolution de 89.
La question est capitale assurément et mérite d'êfre étudiée. Elle va se trouver mêlée, on ne saurait trop le dire, à toute l'histoire de ces soixante treize dernières années, on peut affirmer que politiquement elle est cette histoire même.
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Ce qui frappe d'abord, à côté de la désorganisation complète de Tancien pouvoir et des travaux de l'Assemblée constituante pour fonder le régime représentatif nouveau, c'est l'organisation des clubs, en particulier du club ou de la Société des Jacobins, organisation révolutionnaire qui devenait d'autant plus forte que celle de la monarchie était détruite, et que tous les ressorts en paraissaient brisés.
Ce club, qui s'était d'abord appelé, à Versailles, le club Breton, avait suivi l'Assemblée à Paris, et, comme il s'était réuni dans l'ancien couvent des Jacobins, il en avait pris le nom, nom qui devait avoir un tel retentissement.
Nous avons déjà parlé de l'influence exercée de Versailles par le club Breton, dirigé surtout par Adrien Duport et ses amis. L'influence dont il s'empara, une fois transféré à Paris, fut autrement grande; presque chaque page de l'histoire de la Bévolution en portera le témoignage.
Certes, la Société des Jacobins n'a pas fait la Révolution, mais elle a été l'instrument puissant et toujours actif de l'esprit qui l'animait, et dont nous aurons de plus en plus à suivre les rapides développements.
Des hommes comme Duport, Barnave, Alexandre Lameth, furent dans le principe à la tète de la Société des Jacobins, telle qu'elle s'étabUt à Paris ; ils croyaient, contrairement à Mirabeau, qui aurait voulu dès lors résister à la Révolution en l'organisant, qu'il fallait lui donner une impulsion nouvelle.
C'était la gauche du moment, celle qui triomphait de la retraite des constitutionnels, de Meunier, de Lally- ToUendal et de leurs amis, et qui^ dans sQn esprit de
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négation, ne comptait pas encore assez sar l'avènement de ses idées, el, comme toutes les gaoches, sur reflàcement du pouvoir, ce que prouvaient bien les attaques dont elle harcelait des ministres qui lui servaient encore à frapper une ombre dernière d'autorité, dont la seule apparence lui était importune.
Duport, qui, au moyen du club Breton organisé à Versailles, avait déjà présidé, par des émissaires, aux mouvements qui avaient agité, armé et désolé la France, à I époque du 14 juillet, conçut ou plutôt appliqua le plan d une afBliation générale de tous les clubs de France à la Société des Jacobins.
Duport était franc-maçon, comme la plupart des hommes qui ont joué un rôle important dans la Révolution, comme Mirabeau, Talleyrand, Sieyès, Condorcet, et tant d'autres ; or la Société des Jacobins, dans son organisation, qui.à Paris admettait tout le monde, tandis que le club JBreton n'était formé que de députés; avec sa vaste organisation et ses clubs affiliés, représentait iSdèlement celle de la franc-maçonnerie, avec son Grand-Orient à Paris et ses loges correspondantes dans les provinces, qui existaient, avant la Révolution, dans un si grand nombre de villes du royaume : c'était, à vrai dire, nous l'avonç déjà indiqué, la société secrète devenue publique.
Quant aux principes de la franc-maçcmnerie, qui s'étaient déjà montrés quand elle avait reçu Voltaire et les philosophes parmi ses adeptes, lorsqu'elle lavait harangué au nom du genre humain; quant à la manière dont la vieille association, la vieille tradition de Tesprit antichrétien, qui existaient dans la franc-maçonnerie, dont le carbonarisme n'est aujourd'hui, avec ses ventes qui répondent aux loges, qu'une forme avec les mômes prin-
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cipes, venaient servir celte philosophie elle-même, I insurrection de Tespril humain qu'elle avait provoquée, la Révolution dont elle était la cause première, il sufiit de pensera toutes ces idées de liberté et d'égalité absolues, qui formaient la base de la franc-maçonnerie et que l'on retrouvait dans les doctrines du dix-huitième siècle, pour comprendre la puissance de la nouvelle société, celle des Jacobins, qui faisait au grand jour ce que la société maçonnique se promet! ait de faire dans ses mystérieuses initiations, et qui prenait pour basé une révolution, tandis que la maçonnerie avait été réduile jusque-là à sa propre organisation et à la propagande qu'elle pouvait exercer.
Ne dirait-on pas que le flot qui monte de plus en plus, entraîne tout ce qu'il rencontre pour livrer à la civiliaaiion chrétienne et à l'état social de l'Europe entière le plus terrible des assauts? Dans ce résumé, pour ainsi dire de toutes les forces qui vont servir à l'attaque, comment s'étonner de voir paraître, comme machine de guerre, cette société secrète de la franc-maçonnerie, qui, peu de temps avant la Révolution de 89, a pris tant de développements, et dont l'Europe, on le sait, verra la continuation sous des noms divers; société qui, mêlée daqs ses origines aux sectes ennemies de l'Église, bas^ sur le droit de libre examen et l'indépendance absolue de la raison humaine, semblait avoir réservé son cadre à la révolution philosophique, venue elle-même à la suite de toute» lan sectes, de toutes les hérésies, de tous les mousemenln de l'intelligence humaine, pour secouer l'autorité religieux; et civile, celle de l'Église surtout, seule générale, Ht*uk universelle, et à laquelle ses ennemis ont voulu opiinn^r aussi, nous Tavons déjà dit, la gt^néralité, runivni/iftlil^i'
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de leurs doclrines, en s'adressant, comme elle, à Thumanité entière.
Lorsque la rue d* ailleurs étail toute soulevée dans une ville où le Palais-Royal avait déjà été, depuis l'origine de la Révolution, un club ouvert à tous les agitateurs, ouvrir encore le club des Jacobins et en faire le centre d'une association générale de clubs dans toute la France, donner une telle succursale à TAssemblée, créer une assemblée, celle-là de la rue et de la place publique, qui, dans les temps de troubles, devait lui être naturellement supérieure, qui pouvait agiter, non-seulement Paris, mais le pays tout entier, qui était un État dans TÉtat, n était-ce pas compliquer, de la manière la plus étrange et peutêtre la plus terrible, le problème que Ton voulait résoudre du gouvernement représentatif et de sa fondation? Que devenait donc l'Assemblée souveraine et constituante? que devenait sa constitution encore inachevée, en présence de ce club souverain aussi à sa manière, qui représentait les passions dans toute leur effervescence, et les complots médités, déclarés bientôt confre les restes de l'autorité royale? Quel était donc, puisque l'Assemblée seule gouvernait, ce gouvernement dans le gouvernement qu'elle laissait établir en face d'elle, et dont beaucoup de ses membres faisaient partie, où allèrent s'exercer les démagogues qui préparaient la république? La préparaientils en effet? Et telle qu'ils la concevaient, dans cette dualité d'assemblées, Tune nommée par les électeur du royaume, l'autre se recrutant elle-même dans les passions de la rue, parmi les plus violents démagogues, n'était-ce pas déjà cette anarchie qui se montrait, à laquelle on donna plus tard le nom de République?
Nous ne voulons pas anticiper sur les faits; nous ne