‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 96 sur 183 · MARAT · texte numérisé non relu

MARAT

TAssemblée ne sauraient vous empêcher de périr. C'en est fait de vous pour toujours, si vous ne courez aux armes, si vous ne retrouvez cette valeur héroïque qui, le 14 juillet et le 5 octobre, sauvèrent deux fois la France. Volez a Saint-Cloud, s'il en est temps encore; ramenez le roi et le dauphin dans vos murs; tenez-les sous bonne garde j et quils votis répondent des événements *. Renfermez r Autrichienne et son beau-frère^; qu'ils ne puissent conspirer. Saisissez-vous de tous les minisires et de leurs commis; mettez4es aux fers. Assurez vous du chef de la municipalité et des lieutenants du maire. Gardez à vue le général, arrêtez l'état-major; enlevez le poste d artillerie de la rue Verte. Emparez-vous de tous les magasins et moulins à poudre; que les canons soient répartis entre tous les districts^... Courez, courez, s'il en est temps encore, ou bientôt de nombreuses légions ennemies fondront sur vous. Bien! ôt vous verrez les ordres privilégiés se relever. Le despotisme, l'affreux despotisme paraîtra plus formidable que jamais. Cinq à six cents têtes abattues vous auraient assuré repos ^ liberté et bonheur^. Une fausse humanité a retenu vos bras et suspendu vos coups; elle va coûter la vie à des millions de vos frères! Que vos ennemis triomphent un instant, et le sang coulera à grands flots.

* On voit queMarat préparait et annonçait un avenir qui n'était pas bien éloigné.

* La reine et Monsieur.

' Sait-on ce que c'est que cet article de Marat ? C'est le 10 août, à part que le général de la garde nationale, au lieu d'être arrêté, fut assassiné comme on le verra.

* L'utopie en perspective sur un monceau de têtes coupées, cela est curieux ; mais Blarat n'est pas le dernier qui professera cette doctrine et qui s'attendrira à la pensée, non pas des victimes, mais des bourreaux qui doivent tuer pour le bonheur de l'humanité.

3i8 CHAPITRE VIII.

lis VOUS égorgeront sans pitié; ils éventreront vos femmes; et pour éteindre à jamais, parmi vous, Tamour de la liberté, leurs mains sanguinaires chercheront le cœur dans les entrailles de vos enfants *. »

Cet article de Marat, bien qu'il eût été dénoncé à TAssemblée par Malouet, et qu'elle parût décidée à en punir Tauteur, ne fut pas poursuivi, et il put continuer à proclamer avec une complète impunité, Tutilité, la nécessité des massacres^ jusqu'à ce que ses paroles reçussent, dans des tueries organisées, une application oflicielle.

Cette situation de presse est renfermée entre le mois de novembre 89, date de Tarticle de Prudhomme, et le mois de juillet 90, date de Tarticle de Marat. Au ton même de ces publications on pourrait y suivre les progrès de la crise : il ne s'agit pas tant ici de ce que disent, dans leur polémique inouïe, Prudhomme, Camille Desmoulins, ce procureur général de la lanterne^ comme il s'appelait luimême, mais de ce que l'Assemblée supporte ; et une telle situation de presse acceptée ou tolérée, ou subie par l'Assemblée constituante, ce qui revient au même, répond à cette organisation des clubs qui s'est faite au grand jour dans Paris sous le nom de Société des Jacobins.

L'Assemblée avait bien ordonné au Châtelet, car c'était

* Tandis que Marat s'adressait ainsi aux imaginations populaires, ses amis commençaient à conunettre les atrocités dont il accusait le pouvoir, et ils arrachaient les cœurs de leurs victimes, comme nous l'avons déjà vu dans le récit de Tabbé de Montgaillard. M. Louis Blanc raconte aussi le meurtre de M. de Belzunce, dont le cœur, dans les troubles de (^aen, fut arraché et aurait été mon^e par une femme.

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