‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789 (volume 3)Chapitre 97 sur 183 · LA PRESSE. — MARAT · texte numérisé non relu

LA PRESSE. — MARAT

elle qui, à la place delà royauté, tenait alors la main de justice, de poursuivre comme « criminels de lèse-nation les auteurs, imprimeurs et colporteurs d'écrils excitant le peuple à Tinsurrection contre les lois, à Teffusion du sang et au renversement de la Constitution ; » mais toutes ces phrases, nous Tavons déjà indiqué, n'eurent aucune sanction pénale, et le procès dont on menaçait Ma rat ne lui fut pas même intenté : de sorte que TAssemblée pouvait bien ravir le pouvoir judiciaire à la royauté, mais pour ne point s'en servir, et montrer ainsi son impuissance contre l'anarchie, tout en paraissant vouloir la congédier comme une alliée funeste. Aussi vers cette époque, sur laquelle nous anticipons, pour résumer brièvement ici tout ce que, dans noire cadre, nous pouvons dire de la presse, un peu après cette fédération du i 4 juillet, où, cependant, un véritable élan national se montra encore, .au nom de la France entière, pour la personne du roi, el, sans doule à cause de cet élan, qu'il s'agissait de combattre à Paris*, jamais l'audace des libellistes de la presse n'avait été portée aussi loin.

Malouet, accusant Camille Desmoulins dans l'Assemblée, avait dit: « Qu'il se justifie, s'il l'ose; » et Camille Desmoulins avait répondu, d'une des tribunes où il se trouvait : « Oui, je l'ose' ! »

Robespierre intercéda en faveur d'un homme sensible qui n'avait pu s'entendre accuser du crime de lèse-nation, et proposa de mettre en liberté Vimprudent^ comme il l'appelait, qui n'avait pas même été arrêté, malgré cette

* La Fédération eut lieu le 14 juillet comme on sait ; les diatribes de Camille Desmoulins et de Marat sont de la fin du même mois. « Droz, 111' vol. p. 192 (Histoire du règne de Louis XVI).

insulte directe faite à l'Assemblée dans la personne d'un de ses membres.

Marat, pour reconnaître la longanimité de l'Assemblée, qui n'avait fait que le menacer, publia contre le^minUtrès et les députés gangrenés un article où il s'exprimait ainsi : « Citoyens, élevez huit cents potences, pendez-y tous ces traîtres, et à leur tête l'infâme Riquetti l'aîné.» On sait que c'était Mirabeau qui était désigné ainsi par les écrivainsde l'émeute % depuis la suppression de lanoblesse et de ses titres dans la séance du 19 juin 90 *.

Ainsi, la crise qui avait éclaté avec une violence nouvelle dans les journées d'octobre, qui non-seulement avait fait venir le pouvoir royal à l'Hôtel de Ville, comme

' Les journalistes démocrates appelaient M. de la Fayette de son nom patronymique : le per^dCy Vinfâme Mottier ; la reine était pour Carfiille Desmoulins la femme du roi, et leroi Jlf. Capet Vaine.

' On ne saurait s'étonner des erreurs dans lesquelles peuvent tomber, en histoire, les hommes d'intelligence et de bonne foi, si Ton ne reconnaissait la puissance de certaines idées préconçues : en parlant de Camille Desmoulins, de Marat et de leur parti, Joseph Droz ne dit-il pas que « le parti si furieux, destiné à devenir si puissant, avait alors bien peu d'appui hors de cette multitude infime qui prend part aux émeutes et non aux affaires publiques ? » Mais FÂsscmblée elle-même n'osait toucher à ce parti ! L'Assemblée, au nom du grand principe « laissez-faire, laissez-passer », respectait la liberté indéfinie de la presse et les fauteurs de l'émeute ; quoique, d'après une partie de la Constitution déjà votée, il dût y avoir des limites à cette liberté, elle n'en mettait aucune à des provocations qui vouaient à la mort, à la potence ses membres eux-mêmes, comme si depuis tant de meurtres qui dataient du 14 juillet, des assassinats de Berthier et de Foulon à ceux des gardes du corps, les menaces de meurtre n'étaient rien, comme si le parti de Témeute et la populace qui la faisaient n'étaient pas à craindre depuis que tout se décidait par des insurrections, comme si, au contraire, toute la politique du moment n'était pas là, au moins ne semblait pas y être !

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