‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 100 sur 156 · LE ROI VOLTAIRE · texte numérisé non relu

LE ROI VOLTAIRE

mer moment, reste le chef des idées nouvelles, le patriarche de la philosophie du dix-huitième siècle, des libres penseurs de France.

Voltaire était revenu à Paris, en 1778 % au commencement du premier ministère de Necker, au moment de la guerre d'Amérique et de la célèbre ambassade de Fi*ancklin *.

Le triomphe de Voltaire venait se mêler à cette guerre .et à cette insurrection qui ont tenu une si grande place dans le dix-huitième siècle.

A peine à Paris, Voltaire devient le centre des idées qui préparent les événements, le dix-huitième siècle le traite en pontife et en roi : lui, dont la croyance en Dieu a été fort incertaine ', et qui a bien souvent témoigné son mépris pour les classes populaires *, il bénit le petit-fils de Franklin au nom de « Dieu et de la liberté. » Habile au reste à suivre le mouvement d'idées qui sort de la philosophie, dont le principe est dans ses ouvrages, il s'associe à cette philanthropie du dix-huitième siècle qui avait séduit tant d'imaginations, et quand Turgot vient au lever du roi Voltaire, comme on l'a appelé de nos jours, il s'écrie : « Laissez-moi baiser œtte main qui a signé le bonheur du peuple *. » Quoique le roi eût refusé formellement de recevoir Voltaire à la cour, beaucoup de grands seigneurs se joignirent à Franklin et à Turgot

* Le 28 février.

« La France avait signé un traité le 6 du même mois, avec les Ëtats-Unis insurgés.

* Voir, p. 67 de ce volume.

* Nous avons déjà cité cette phrase empruntée à la Correspondance de Voltaire : « On n'a jamais prétendu éclairer les cordonniers et les servantes. •

^ n faisait aUusion à la suppression de la corvée.

281) GUAPITIŒ XXil.

pour lui rendre hommage. Madame Necker, à laquelle Voltaire fil l'accueil le plus empressé, fut du nombre des \isiteurs, ou, pour mieux dire, des courtisans : elle représentait le ministre qui n'avait pu aller voir celui que le roi ne recevait pas.

Quand il se rendit à l'Académie française, elle alla en corps au-devant de lui, ce qu'elle ne faisait pas même pour les souverains ^

Avons-nous besoin de rappeler ici ce que l'on a appelé le triomphe de VoUairey cette représentation d'Irène, sa dernière tragédie, où, enivré de l'enthousiasme dont il était l'objet, il s'écriait au milieu de la foule qui l'entourait et le pressait à sa sortie du spectacle : u Vous voulez donc me faire mourir de plaisir! »

Sur le quai, où il demeurait, aujourd'hui le quai Voltaire, il avait vu la même foule l'attendre, quand il s'était rendu au théâtre. Cette foule constatait pour Voltaire, après une si longue absence, l'empire extraordinaire que ses ouvrages avaient exercé sur l'esprit public.

Au moment où Voltaire allait mourir, onze ans seulement avant la Révolution de 89, c'était le résumé de la situation : « Il s'entendait bénir de tous ses ouvrages, » dit un historien, ému lui-même du triomphe de Voltaire, « de la Pucelle d'Orléans, comme de la Henriade *.

Ici, et comme symptôme d'une situation dont le véritable caractère se développe de plus en plus, vient se placer, dans la vie de Voltaire, un fait dont il est impossible de méconnaître l'importance, nous voulons parler de son affiliation solennelle àla société des francs-maçons.

Cette société , dont nous n'avons pas ici à étudier les

* Histoire du règne de Louis XVI , par Droz, t. I", p. 205. - Histoire de la RévolutioHf par Lacretelle, t. Y, p. 165.

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