TRIOMPHE DE VOLTAIRE
origines, fort anciennes suivant plusieurs écrivains, était alors, cela est notoire, répandue dans toute TEurope; et les illuminés allemands, à dater de 1776, deux années avant le retour de Voltaire à Paris, étaient venus donner une impulsion nouvelle aux idées et à Forganisation même qui étaient la base de la franc-maçonnerie *.
Or il est bien remarquable que Tilluminisme allemand, qui avait pour but direct de détruire le christianisme et la monarchie en Europe, et qui exerça tant d'influence sur la franc - maçonnerie , se manifestait au moment où la philosophie du dix-huitième siècle avait elle-même produit ses résultats, après la publication, en France, du Système de la Nature du baron d'Holbach, et du Contrat social de Rousseau, après la proclamation, dans un même livre, de l'athéisme et de la république, comme de la liberté et de régalité absolues. Or ces principes, qui, on le sait, étaient ceux des initiés de la francmaçonnerie, avaient pris, dans les loges françaises, depuis les progrès de Tilluminisme allemand, un très-grand empire.
Nous devons entrer, à cet égard, dans de plus grands détails, que nous emprunterons aux faits, lorsqu'il s'agira de la société des Jacobins, qui fut Torganisation maçonnique, avec ses affiliations générales, de secrète, rendue publique, et exerçant une influence trop bien connue sur les événements. Nous retrouverons parmi les jacobins un grand nombre de francs-maçons.
* « La plupart des francs-maçons, dit l'abbé Barruel, font aujourd'hui aux Ecossais Thonneur de regarder leur grande loge comme le berceau de toutes les autres... C'est de là que la franc-maçonnerie passa en Angleterre, en France, en Allemagne et dans tous les autres empires. •
1282 CHAPITRE XXn.
A une époque comme la nôtre, où les sociétés secrètes ne sont pas des mythes, où elles existent dans toute l'Europe, où nous savons qu'elles agissent même dans nos campagnes S la part que la franc-maçonnerie, part auxiliaire sans doute, a pu avoir à la révolution philosophique du dix-huitième siècle, mérite assurément d'être étudiée. Qu'était-ce, en effet, que la franc-maçonnerie? Une vaste société secrète qui semblait inoffensive chez ceux de ses membres qui n'étaient pas initiés, et qui, dans les mystères réservés aux chefs et aux séides de la société, avait fini par cacher un plan de révolution générale, religieuse et politique.
Il n'était donc pas extraordinaire que, s'il y avait eu action de la philosophie du dix-huitième siècle sur l'association maçonnique, il y eût, de la part de cette association, réaction sur les philosophes; nous avons vu presque tous les philosophes économistes^ maintenant ils étaient devenus presque tous francs - maçons , nous en donnerons la preuve , Condorcet en tête : une loge , à Paris , s'appelait la loge du Contrat social. Ce nom seul était assez significatif. Encore était-ce une des loges les plus modérées.
Ce ne fut donc pas sans motif que le chef de la philosophie du dix-huitième siècle se fit recevoir membre d'une association, en même temps publique et secrète, qui propageait toutes les idées philosophiques, et qu'il y fut loué au nom du genre humain^ dont les francs-maçons se regardaient comme les représentants : la franc-maçon-
* n n'y a pas bien longtemps que des paysans, dans le département du Loiret, expliquaient à leurs curés Téloignement où ils se tenaient de la pratique religieuse et des sacrements, par le serment que les sociétés secrètes avaient exigé d'eux.