‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 104 sur 156 · LA GUERRE DE L'INDËPENDAMCE AMÉRICAINE · texte numérisé non relu

LA GUERRE DE L'INDËPENDAMCE AMÉRICAINE

politique, il se préoccupait du fait et non pas des idées ; grande erreur qui a survécu à M. de Vergenoes.

Cet événement, que le gouvernement français regardait comme un fait très-important sans doute, mais dont il était difficile qu'il aperçût les conséquences, tant il songeait peu à saisir une analogie redoutable entre les idées américaines et l'esprit philosophique, répondait cependait à cet esprit et venait comme lui offrir une première application .

La guerre de Tindépendance américaine qui, préoccupait l'opinion et le gouvernement à la chute de Turgot, éclata sous le ministère de son successeur.

Le soulèvement des colonies anglaises datait de 1769.

Quand on songe à Tesprit des sectes qui ont formé ces colonies, et qui, sous Charles II, envoyèrent au delà de l'Atlantique tant de dissidents^ animés des principes républicains, chercher des destinées nouvelles, on peut penser que l'Angleterre, par cette émigration d'hommes et d'idées, se débarrassait ainsi d'une révolution radicale, déjà tentée et opérée jusqu'à un certain point, sous CromweU, par la démocratie du protestantisme, des presbytériens aux indépendants.

Mais cette révolution, elle devait la retrouver en Amérique dans le siècle sçjiyant.

les Anglais ne Tattaquaient point, il répugnait à prendre les armes contre eux. Maurepas et Vergennes présentèrent leur projet de manière à calmer ses scrupules. Un traité de commerce serait signé avec les envoyés américains, et ce traité, avantageux aux deux Ëtats, laisserait subsister la neutralité. » (Droz, Histoire du règne de Louis XVI, 1. 1", p. 198.) On voit que les ministres de Louis XVI envisageaient la question uniquement au point de la politique ordinaire intérieure et extérieure : il fallait plaire à ropinion, suivant M. Maurepas, et d'après M. Vergennes, lutter contre l'Angleterre.

En 1774, au moment où Louis XVI montait sur le trône, le premier congrès américain s'était déjà réuni le 17 septembre 1774, et avait fait une déclaration de droits qui était basée sur les idées des libres penseurs anglais et français, sur leur théorie des droits de Thomme. Ils invoquaient, en effet, dans le préambule de la déclaration des droits^ les lois immuables de la nature, à côté des principes de la constitution anglaise, pour réclamer leurs droits à la vie^ à la liberté^ à la propriété^ et c'est en vertu de ces lois immuables qu'ils demandaient aussi la participation du peuple au conseil législatif; or, par des lois immuables que voulaient-ils dire, sinon cette souveraineté du peuple, proclamée dés la première révolution d'Angleterre, adoptée par les protestants anglais et français, par Jurieu et Rousseau, formulée, comme nous l'avons vu, dans le Contrat social?

Une république allait ainsi se dégager de la constitution anglaise et d'un gouvernement prolestant aristocratique pour fonder plus tard le système démocratique des États- Unis, mais à des conditions toutes particulières.

Il était arrivé que les sectes extrêmes du protestantisme, qui avaient bientôt formé un peuple sur ces terres lointaines, accueillirent favorablement, au point de vue social et politique, les doctrines des libres penseurs anglais, dont nous avons déjà eu l'occasion de parler à l'époque du séjour que Voltaire fit en Angleterre, de Locke surtout, qui se croyait encore chrétien lorsqu'il ouvrait aux sociniens les portes d'une église dont il ne voulait exclure aucune secte protestante.

La Caroline avait même demandé une constitution à Locke longtemps avant l'époque où l'Amérique put songer à former un État indépendant; et quoique plusieurs

Page 1