‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 105 sur 156 · RÉVOLUTION D'AMÉRIQUE. 2X · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION D'AMÉRIQUE. 2X

articles de cette constitution eussent paru inapplicables, Tesprit en était resté.

Or la révolution d'Amérique éclatait en 1769 précisément à répoque où la philosophie du dix-huitième siècle prenait tout son développement, où, dans le Système de la nature, ses disciples les plus hardis allaient, malgré Voltaire lui-même, proclamer en même temps Tathéisme et la république.

Enfm, en 1774, au moment de la déclaratmi générale des droits, formulée par le congrès de Philadelphie, quatre ans seulement avant la mort de Voltaire et de Rousseau, lorsque tous les systèmes philosophiques, le Contrat social, les œuvres de Diderot, de Mably et de Raynal, avaient eu le temps de paraître et d'exercer leur influence en ouvrant aux intelligences tout un monde de théories dont l'Amérique parut tout à coup la terre promise, on comprend l'enthousiasme que la révolution américaine excita parmi les philosophes du dixhuitième siècle et dans la sociélé où ils régnaient : on eut dit qu'elle venait réaliser tous leurs plans d'indépendance et de bonheur pour l'humanité, prouver que leurs idées étaient applicables non pas seulement à un pays, mais au monde.

Ce qui plaisait naturellement aux philosophes, c'étaient l'esprit de généralité et l'ampleur de théorie qui caractérisaient les constitutions des différents États de l'Amérique.

Ici encore le proteslantisme, avec ses libres penseurs, et la philosophie du dix-huitième siècle se rapprochaient, comme ils s'étaient tout d'abord rapprochés dans les écrits de Voltaire et de Rousseau ; c'était un fait qui réunissait les deux doctrines, la conséquence et le principe.

Il élait donné au protestantisme d'avoir son résultat démocratique : quel serait celui de la philosophie du dixhuitième siècle sortie du protestantisme? Malgré la logique athée et républicaine du Système de la nature^ où Tesprit de négation avait dit son dernier mot, que de variations dans la philosophie nouvelle, soit qu'elle fut interprétée par Voltaire, Rousseau, Diderot, Mably, Raynal ou toute l'école des économistes ! Ëtait-il bien possible, dans ce mouvement extraordinaire d'idées et 4e théories, d'apprécier un but positif et certain? Seulement une grande partie de l'avenir semblait déjà se montrer dans cette lointaine Amérique, comme Fhorizon qui s'éclaire aux premiers rayons du soleil.

Il faut le remarquer cependant, et cette distinction est d'une grande importance, si Ton trouvait dans le protestantisme presbytérien et même socinien, qui avait colonisé l'Amérique, quelque chose de ce que la philosophie du dix-huitième siècle avait déjà rencontré dans les idées encore protestantes, à certains égards, du déiste Rousseau; si, à côté des idées américaines, quelles qu'elles fussent, il y avait un Dieu, il y avait encore un culte, des sectes formant des églises, ce qui était étranger aux doctrines de Rousseau ; quoi que pût dire Rousseau sur le Christ et l'Évangile, pouvait-il, avec quelques phrases éloquentes, lutter contre l'incrédulité absolue de Voltaire et de d'Alembert, contre leur tolérance qui ne s'étendait pas seulement, comme celle de Locke, aux sociniens, mais même aux athées*, et comment lutter contre

* On en a eu la preuve dans la correspondance de Voltaire et dans la phrase que nou« avons citée : « Passez-moi Fémétique, je vous passerai la saignée > » ce compromis qu'il offrait aux athées.

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