‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 110 sur 156 · LA CHAIRE CHRETIENNE · texte numérisé non relu

LA CHAIRE CHRETIENNE

votée, quoique, suivant lui, « quelques nuages se promenassent encore sur le ciel de la France ^ »

Ce n'est pas sans motifs sérieux que nous cherchons à bien faire comprendre ce que nous appellerons Tentraînement intellectuel de l'époque, la part d'imagination qui se mêlait au triomphe de la raison humaine, la poétique de la philosophie du dix-huitième siècle, qui, pour mieux célébrer la victoire de la raison, trouvait à remplacer la théologie par la mythologie.

Cet empire de la philosophie nouvelle était si grand que la chaire chrétienne elle-même n'y avait pas échappé, et s'était abaissée quelquefois devant le respect humain de l'époque*.

Qu'on pût citer alors quelques évêques, en bien petit nombre cependant, et quelques prêtres corrompus, cela étonne moins, dans ce siècle, que ces défaillances publiques de la foi religieuse et de l'honneur du prêtre, chez

* Pi'écis historique sur la Révolution française, par Rabaud Saint- Ëtienne, p. 3.

• Nous dirons plus encore : cet esprit s'efforçait de pénétrer dans les séminaires; un élève du séminaire de Saint-Magloire à Paris, c'est de lui que nous tenons le fait, venait de soutenir avec succès une thèse sm* l'existence de Dieu. Quelques séminaristes parlaient de cette thèse, lorsqu'un d'entre eux se prit à dire : « Vous avez entendu ccxnme N. parlait avec talent de l'existence de Dieu ; ce qu'il y a de mieux, c'est qu'il n'y croit pas. » Ainsi, dans un séminaire, le talent était représenté comme une présomption d'incrédulité et même d'athéisme. Qu'on pût citer un grand nombre de pareils faits, certes, nous ne le croyons pas, et la conduite de la majorité du clergé de France pendant la Révolution, a couvert bien glorieusement la honte des apostasies qui l'ont affligé ; mais quelques faits de cette nature suffisent pour caractériser une époque et, pour parler conmie Âbner dans Mhalie, montrent l'ennemi « à la porte du temple, » dans le temple même.

des orateurs sacrés, que la honle du christianisme sur les lèvres des ministres de Jésus -Christ. . Que les exemples d'un tel fait ne fussent pas nombreux nous le reconnaissons, mais ils existaient.

Dès le commencement du règne de Louis XVI % on avait vu un prédicateur, chargé de prononcer le panégyrique de saint Louis devant TAcadémie française, éviter de lui donner le nom de saint, et l'appeler toujours Louis IX ou Louis, pour ménager les susceptibilités philosophiques de l'Académie et se rendre ses auditeurs plus favorables ; mais nous avons, à cet égard, un témoignage éclatant, celui du cardinal Maury, transmis par un vénérable curé de Saint-Sulpice, devant qui le cardinal déplorait l'influence de la cabale philosophique qui, non contente de régner dans les salons et les académies, avait pénétré jusque dans le sanctuaire, et avait imposé à la langue de la chaire d'indignes réserves et de coupables timidités : « Malheureiuc que nous étions^ s'écriait Maury, nous en étions venus au point de ne plus oser prononcer le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ*. »

Ainsi la philosophie du dix-huitième siècle avait mis le pied dans la chaire chrétienne pour y effacer sur les lèvres des ministres de l'Évangile le nom même de Jésus- Christ. Après dix-huit siècles cette chaire devenait un

* Voir YHistoire du règne de Louis XVI, par Drox, I" volume, p. 138.

* Voir le Cardinal Maury, sa vie el ses œuvres, par M. Poujoulat, p. 82, 83 et 435. On y trouvera ces paroles de Maury, qui résument avec trop de vérité les tendances de certains prédicateurs de Tépoque : « On ne put sanctifier la philosophie, on sécularisa, pour ainsi dire, la religion en s'efTorçant de traiter philosophiquement les sujets chrétiens, et chrétiennement les sujets philosophiques, en les ralliant ou en les suspendant à Tétendard de la religion. »

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