‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 111 sur 156 · BEGNE DE LA PHILOSOPHIE DU XYIII- SIÈCLE · texte numérisé non relu

BEGNE DE LA PHILOSOPHIE DU XYIII- SIÈCLE

Calvaire nouveau, où l'on immolait, au nom d'une réforme nouvelle, le nom même de celui qui est venu changer el réformer le monde.

Des protestations se faisaient entendre contre ces funestes entraînements, mais elles se perdaient dans la foule de toutes ces voix qui ne cessaient de répandre les mêmes idées : on eût dit qu'il n'y avait plus qu'une littérature en France et en Europe, où régnait notre langue, la littérature philosophique, comme les salons de Paris donnaient le ton à la société européenne. Cet état de choses, Malesherbes, lui-même philosophe et utopiste, le caractérisait ainsi dans son discours de réception à l'Académie française, par des paroles qui furent applaudies avec transport : « Il s'est élevé un tribunal indépendant de toutes les puissances et que toutes les puissances respectent, qui apprécie tous les talents, qui prononce sur tous les genres de mérite; et, dans un siècle où chaque citoyen peut parler à la nation entière par la voie de l'impression, ceux qui ont le talent d'instruire les hommes % ou le don de les émouvoir, sont, au milieu du public dispersé, ce qu'étaient les orateurs de Rome et d'Athènes au milieu du peuple assemblé. »

C'est quelques années après ces paroles de Malesherbes que, devant des auditeurs, nourris dans la littérature et les utopies philosophiques, formés par Voltaire, Rousseau el Diderot, éclata, dans une atmosphère déjà brûlante, comme la bombe de l'esprit nouveau, le Figaro de Beaumarchais ^

Ces paroles sont curieuses dans la bouche de filalesherbes qui avait été directeur de la librairie et dont la tolérance pour les livres philosophiques était connue.

' En 1 784, la même année, on Ta vu, que la publication des CEu-

On est arrivé à une époque où l'on ne craint ni de trop attaquer, ni de trop se livrer soi-raôme à Fattaque, tant l'utopie a fait de progrès, tant on est tranquille sur Tavenir. Les grands seigneurs, que Beaumarchais immole dans sa pièce, ces hommes aquin'ontqu'à se donner la peine de naître, » ce qui était d'un seul coup frapper la royauté et la noblesse, sont les premiers à vouloir qu'on les joue : ce sont eux qui forcent, pour ainsi dire, la main au roi : la pièce est si amusante, et les spectateurs, aux mœurs légères du dix-huitième siècle, aiment tant à s'y reconnaître I

11 fallait, sans doute, que le dix-huitième siècle parût là tout entier, avant de marcher à ses dernières conséquences.

La comédie de Beaumarchais, c'était l'explosion de r esprit nouveau, le premier coup de canon qui annonçait la lutte, comme ces armes trop chargées qui partent toutes seules.

C'est lui, cet esprit même qui, malgré la volonté du roi, dont on triomphe, qui cède, et qui se repentira d'avoir cédé, descend tout à coup sur le théâtre et y fait irruption !

Dans la carrière où l'on se jette depuis les premières années du siècle, pourquoi s'étonner de Figaro^ le feu d'artifice de la licence des mœurs et des idées, le bouquet de cette fête intellectuelle donnée aux salons de Paris, à Torgueil de la pensée et à la corruption du cœur, par les philosophes nouveaux, dont Voltaire avait été le chef? Il y a déjà longtemps que le bal dure : c'est la ronde finale et le dernier coup d'archet!

vres complètes de Voltaire^ où ses lettres paraissaient, pleines de sa haine contre le christianisme.

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