AVERTISSEMENTS INUTILES
du clergé, qui, dans la guerre, dont la religion est le premier but, voient la ruine même de Tancienne monarcbie et de la société française ; mais l'illaision des idées nouvelles est si grande, qu'elle étouffe les craintes du plus grand nombrej et que les paroles les plus prophétiques glissent sur les oreilles d'auditeurs déjà séduits.
Parmi les orateurs chrétiens, qui, avec Poule, Elisée, Champion de Pontarlier, Beauregard, annonçaient la révolution, nous citerons M. de Beauvais, évêque de Senez. Dès 1761, dans son panégyrique de saint Louis, prononcé devant l'Académie française, il parlait des rapports qui existaient entre la révolution arrivée dans nos mœurs, et celle qui présagea la chute du plus puissant des empires. Dans son sermon sur le Néant des choses humaines j on Tentendait s'écrier : « Quelles doivent être nos alarmes pour le sort futur de cette monarchie! Ce ne sont pas quelques maux passagers qui nous effrayent^ la fécondité de nos climats, Findustrie du peuple français, la valeur de la nation, la sagesse de nos rois, peuvent réparer nos malheurs ; mais qui ne serait effrayé à la vue de la révolution qui se fait dans nos mœurs ; à la vue du faste, de la mollesse, de la licence, de la corruption, de Tesprit de discorde et d'indépendance, et de tant d'autres symptômes de la décadence des empires ? Cette monarchie, dont la durée a surpassé déjà celle de tous les empires connus, cette monarchie, qui parut monter le siècle dernier au plus haut degré de sa gloire, serait-elle donc arrivée à son âge de langueur et de caducité? » Enfin, dans l'oraison funèbre de Louis XV, M. de Beauvais, résumant pour ainsi dire, tout le règne qui venait de s'écouler, s'exprimait ainsi : « Quel esprit de vertige plus affligeant
que lous les troubles qni peuvent agiter les Églises et les empires, a commencé sous le règne de Louis XV? Jusqu'ici les novateurs les plus hardis s'étaient bornés à combattre quelques-uns de nos dogmes; il était donc réservé au dix-huitième siècle d'attaquer à la fois nos dogmes et toutes nos lois^ en sapant leur fondement sacré : l'autorité de la révélation.... Et quels progrès ces désolants systèmes n'ont-ils pas faits parmi nous, et dans toutes les parties de l'Europe? L'impiété, suivant une prophétie qui semble regarder particulièrement ce dernier siècle, l'impiété croit donc être arrivée au moment d'un triomphe et d'une révolution générale ; elle a dit, dans sa pensée : je vais changer les lois. Siècle dix-huitième, si lier de vos lumières et qui vous glorifiez entre tous les autres du titre de siècle jÂilosophe, quelle époque fatale vous allez faire dans l'histoire de l'esprit et des mœurs* des nations I Nous ne vous contestons point le progrès de vos connaissances ; mais la faible et superbe raison des hommes, ne pouvait-elle point s'arrêter à son point de maturité? Après avoir réformé quelques anciennes erreurs, fallait-il, par un remède destructeur, attaquer la vérité même? Il n'y aura donc plus de superstition, parce qu'il n'y aura plus de religion ; plus de faux héroïsme, parce qu'il n'y aura plus d'honneur; plus de préjugés, parce qu'il n'y aura plus de principes; plus d'hypocrisie, parce qu'il n'y aura plus de vertu. Esprits téméraires, voyez, voyez les ravages de vos systèmes et frémissez de vos succès. Révolution plus funeste encore que les hérésies qui ont changé autour de nous la face de plusieurs États I elles y ont du moins laissé subsister un culte et des mœurs ; et nos neveux malheureux n'auront plus un jour, ni culte, ni mœurs, ni Dieu ! 0 sainte Église