‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 116 sur 156 · GALONNE · texte numérisé non relu

GALONNE

rhabileté avec laquelle il sut le présenter pour couvrir les désordres de son administration, excita la vive opposition du Parlement qui n'accorda qu'avec peine l'enregistrement et à certaines conditions restrictives.

C'est alors que le contrôleur général, après avoir ébloui le roi et le public parla fiction d'une prétendue prospérité financière, pressé par les embarras du trésor que son administration avait considérablement augmentés, revint tout à coup aux réformes de Turgot et de Necker, et pour avoir raison de la résistance du Parlement, qui lui était de plus en plus hostile, proposa à Louis XVI la réunion d'une assemblée de notables.

Pour Galonné, qui était un homme d'expédients et dont l'art avait surtout consisté à cacher sa légèreté sous des apparences brillantes, c'était encore là un expédient.

Lorsque Turgot et Necker entreprenaient des réformes plus ou moins applicables, ils étaient en rapport avec un certain esprit qui dominait alors, qui les avouait, dont ils étaient comme les ministres; Galonné, et après lui Loménie de Brienne, en cédant à cet esprit, en le subissant, ne faisaient qu'attester sa puissance.

Si une grande popularité s'était attachée au ministère de Necker qui, à côté des dépenses énormes de la guerre d'Amérique, avait évité toute prodigalité particulière, on fut étonné de voir Galonné, pour remplir le trésor qu'il avait contribué à vider, proposer un plan qui changeait les conditions mêmes du gouvernement, tel qu'il existait depuis cent soixante- neuf ans, et vouloir remplacer le pouvoir des parlements, en même temps que réformer Tadministration tout entière, en demandant une nouvelle organisation des finances à des notables, en établissant des assemblées locales de paroisse, de district et de province.

Quel que fût son plan, bon ou mauvais, théoriquement, il ébranlait en fait le pouvoir pour donner une meilleure assiette aux fmances, et il agitait les questions les plus graves ; mais l'excuse de Galonné était sans doute qu'il demandait le crédit dont il avait besoin aux idées d'innovation quelles qu'elles fussent, qui étaient alors en faveur, et qu'en reprenant celles de Turgot et de Necker *, il se servait du seul moyen qui lui restât de battre monnaie. Se trompait-il, ou avait-il raison? Et dans ce plan de réforme administrative où les assemblées provinciales tenaient tant de place, dans cette espèce de changement à vue qui, pour débarrasser le pouvoir du contrôle du Parlement, lui donnerait une multitude de contrôles organisés dans la France entière, Galonné, qui voulait plaire à tout le monde, avait-il donc oublié Tasprit de critique et d'opposition qui était alors à peu près partout, et espérait-il qu'un ministre prodigue, qui n'avait point passé jusque-là pour un enthousiaste des idées d'amélioration, qui n'était qu'un réformiste de circonstance, exercerait une influence réelle sur l'assemblée des notables, comme sur les assemblées provinciales? Il échoua et devait échouer.

Pour obtenir l'assentiment des notables dont rien n'avait préparé la réunion, sur lesquels des électeurs n'avaient point exercé leur contrôle, mais qui étaient sous l'impression d'un esprit de critique et de résistance, pour faire consentir des privilégiés à la suppression de leurs privilèges, à un système d'égalité en matière d'impôts, il aurait fallu qu'il jouît d'une grande popularité: et pour innover en finances, le plan de Galonné, cet homme léger,

* Le système des assemblées provinciales appartenait à Turgot.

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