‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 134 sur 156 · LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE · texte numérisé non relu

LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE

Or, ce qui frappe le plus dans celte assemblée, c'est le personnel tout judiciaire des membres du tiers état*.

Comme on le verra dans l'appendice de ce volume', le Parlement, qui, après les états-généraux de 1614, soutint toutes les demandes du tiei^s état, avait bien le droit de faire un appel à une époque et à une assemblée, qui, pour lui, étaient un titre véritable.

Mais nous Tavons dit, il y avait alors un mouvement d'idées, qui précisément rompait avec toute tradition, et pour qui le tiers état n'était pas un fait, mais une théorie. Le Parlement veut se retourner contre le flot qui monte, il est le premier repoussé. N'est-il pas cependant, lorsqu'il s'agit tant du tiers état, ce même corps judiciaire, long effort de la bourgeoisie française, pour triompher avec les rois delà féodalité, pour former, en même temps, le pouvoir civil et Tinfluence de la bourgeoisie? Le Parlement avait cru, sans doute, comme les états du Languedoc, malgré toute la part qu'il avait prise à l'opposition,

* Quand on jette les yeux sur les noms de tous ces magistrats, de tous ces lieutenants civils et criminels dés bailliages et des présidiaux, qui formaient alors la majorité du tiers, et qui se trouvaient placés dans cette hiérarchie où les parlements occupaient la première place, on se fait une juste idée de la chambre bourgeoise en 1614, représentation d*une classe dont la haute magistrature était Texpression la plus élevée. La noblesse, dans ses cahiers, se plaignait de cette composition de la chambre du tiers : t Sa Majesté, disait-elle» n*aura, s'il lui plait, aucun égard à tous les articles qui lui seront présentés dans les cahiers du tiers état, au préjudice des justices des gentilshommes, attendu que ladite chambre s'étant trouvée composée, pour la plus grande partie, de lieutenants généraux et officiers aux bailliages, leur principal dessein n'a été que d'accroître leur autorité et augmenter leur profit au préjudice de ce que la noblesse a si dignement mérité. » (Cahiers de la noblesse de 1615, f* 233.)

* Voir lettre B.

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qu'une constitution peut admettre des changements utiles et raisonnables, mais que ce changement doit s'opérer avec le concours de ceux qui la composent*. Or, ces principes étaient formellement contraires à la théorie qui effaçait d'un trait de plume le clergé, la noblesse et la magistrature, pour laquelle il n y avait d'autre loi que celle du nombre. Ce fut cette théorie qui triompha, tant elle avait acquis d'empire, tant elle exerçait alors d'influence, des auteurs de brochures, comme Sieyès, qui représentaient les idées philosophiques, au ministre dirigeant qui regardait comme chimériques les craintes du clergé, de la noblesse et du Parlement.

Il est curieux de se reporter aujourd'hui aux doléances de ce Parlement, dès qu'il vit sa popularité perdue et ses avis négligés par le roi.

C'est alors que le premier président du Parlement de Paris, vint, au nom de cette cour souveraine, adresser à Louis XVI un discours dont nous reproduirons les parties les plus importantes*.

« Sire, dit-il, une effervescence générale s'est répandue insensiblement dans tout le royaume. Des idées d'innovation agitent les esprits, l'enthousiasme les échauffe, la contradiction les aigrit, l'opposition les irrite. Des écrits téméraires nourrissent ces funestes dispositions. Ce qui n'était d'abord que des opinions devient des prétentions trop réelles Bientôt on ne tiendra plus ni à des principes certains, ni à des vues uniformes, ni à des intérêts communs, ni à ces nœuds de tout genre, qui doivent lier

' Les ÉtaU du Languedoc, dont la constitution particulière était alors attaquée, avaient envoyé au roi une adresse, où Ton remarquait ces paroles.

* Ce discours fut prononcé le 21 décembre 88.

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