‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 143 sur 156 · LA RELIGION. — L\ PHILOSOPHIE · texte numérisé non relu

LA RELIGION. — L\ PHILOSOPHIE

Malgré les défaillances que nous avons signalées nousmêmes chez certains prédicateurs, défaillances qui étaient des concessions à Tesprit philosophique ; malgré les tristes écarts du jansénisme qui se faisaient remarquer dans une société célèbre; malgré l'expulsion des jésuites qui, sous Louis XV^ avaient été une des victoires de Ja philosophie du dix-huitième siècle, l'avenir prouvera que le clergé de France ne manquait point à sa mission. C'est à l'heure de cette solennelle épreuve de la révolution de 89 qu'on pourra bien le juger.

Au moment où elle va éclater, sans doute il y a eu, dans l'air que respirent les hautes classes de la société, une incrédulité qui s'est répandue chaque jour davantage, c'a été l'airambiant des salons, la pensée régnante de la littépalure ; nous n'avons pas à revenir sur ce que nous avons dit à cet égard : mais, si les hommes qui, en 89, aspirent à rendre la société française plus heureuse qu'elle ne Ta jamais été, à devenir en même temps les initiateurs de la félicité universelle, et qui dans la France voient l'humanité, ont quelque souci des faits, est-il possible qu'ils n'apprécient pas l'empire civilisateur exercé par la religion sur les classes populaires, qui, au moment de la révolution de 89, conservaient la foi chrétienne, tandis que la philosophie avait fait la plupart de ses conquêtes dans la noblesse et la haute bourgeoisie? Est-il possible qu'ils ne se rendent pas compte de celte grande hiérarchie du catholicisme, où le peuple est, sans cesse, entré depuis l'origine delà monarchie, et qu'ils ne comprennent pas le vide qui se ferait à sa place si elle venait à manquer?

Or, puisqu'il s'agit, avant tout, de guérir les plaies des classes souffrantes, il y a des faits qui, dans cette société de l'ancien régime, doivent fixer l'attention de philoso-

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phes, amis de Thuinanité, admirateurs, disent-ils, de Fénelon et de saint Vincent de Paul ; pendant qu'on fait tant de projets pour améliorer la situation du peuple, il y a des milliers de prêtres, hommes instruits, qui, dans d'obscurs villages, mènent une vie de pauvreté précisément pour moraliser ce peuple; il y a une éducation gratuite donnée par le clergé ^ à des élèves bien supérieurs en nombre à ceux qui reçoivent aujourd'hui renseignement des collèges; il y a, et c'est par là que nous voulons finir, quinze mille sœurs de charité j qui, filles de l'Évangile et de TÉglise, soignent les malades dans les hôpitaux, au moment où des élections générales, qui vont avoir lieu, va sortir une assemblée ou régnera l'esprit philanthropique.

Voilà ce que la monarchie française et l'ancien régime offraient à cet esprit réformateur, à côté d'un roi chrétien qui n'avait repoussé, dans les désirs sincères et ardents qu'il formait pour le bien général, dans les efforts qu'il faisait pour le réaliser, ni les philosophes ni les philanthropes.

* Avant la Révolution, Tinstruction était presque partout gratuite, parce qu'elle était religieuse. Les écoles étaient ouvertes à tous. La jeunesse était sollicitée de toutes parts à s'y presser et s'y pressait en conséquence deux fois plus nombreuse qu' aujourd'hui. (Extrait de rexposition des motifs du projet de loi sur rinstiniction seconrdaire, présenté à la Chambre des députés par le ministre de Tinstruction publique, en avril 1847.)

:re XXXIII

■tats Bénéi-aui. — Suffrage uniTeraet.

i>taït disculé cL rédigé. — Caliicrs du

1? la hiérarchie ecclésiaslique. — 'Les ■.I. — Le l'ariement. — Opinions émises iii>i.s urUres. — Idées voliairiennes. — . Il' d'OIre roturiers. — Élections, com- 'icats. — Lci membres ilu l'ariement à •,c cliiL breton, — liociété dos Jacohins :

lu Palais-ItoyaL — Le sage Xablv. ~- — Lihei-té illimitée de la presse. — Së-

iiiciitc à la veille de la réunion des 'li'Tcillon saccagée, et sa maison bnllée, iitc : 0 11 faut tout délruiic, il faut tout

, Lloclîons des étais généraux pa-

ssées sur le suffrage universel :

I pouvoir, répondait à l'opinion

f coutume des étals généraux ItmiTelie, sur les plus grandes quesdppiilé formulât celle des électeurs et dont il était comme le fondé de [fen appelait le mandat. Or, ce manias les assemblées électorales, et rérs, comme on les appelait, confiés aux ^itrois ordres : il y avait ainsi les ca-

hiers du clergé, ceux de la noblesse et ceux du tiers étal.

En raison même de l'opposition que le clergé et la noblesse avaient faite en général, au doublement du tiers; nous croyons devoir analyser ici les cahiers de ce clergé et de cette noblesse.

Les cahiers du clergé, quant aux réformes, étaient encore plus explicites que ceux de la noblesse : renonciation à ses privilèges, acceptation de Tégalité de l'impôt, liberté de l'induslrie, admissibilité du tiers à toutes les charges; « vœu touchant, » dit un historien de la Révolution*, « que les outils du pauvre ne pussent être jamais saisis, et que seul, en France,' le journalier fût affranchi de l'impôt; » voilà ce qu'on remarque d'abord dans les cahiers du clergé.

A ces dispositions reconnues par tous les historiens, il faut ajouter qu'une immense majorité de la hiérarchie ecclésiastique appartenait, non-seulement à la bourgeoisie, mais au tiers état tout entier, aux classes populaires; de sorte que le tiers, déjà double en nombre, trouvait dans les rangs du clergé, des auxiliaires tout naturels.

Non-seulement, la noblesse participant aux tendances du siècle, demandait beaucoup de réformes, mais elle s'occupait d'une manière toute générale et théorique, comme l'école de Rousseau, du système à établir dans la forme du gouvernement^ et des principes de la Constitution.

La noblesse déclarait à l'unanimité que la nation avait droit de s'assembler en états généraux, demandait la périodicité de ces états, et leur réunion spécialement à l'avénement de chaque nouveau roi, même satis convocation de la part du pouvoir. Le refus de l'impôt était la

* M. Louis Blanc.

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