‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 146 sur 156 · LES CLUBS · texte numérisé non relu

LES CLUBS

d'obéir à l'influence de cette magistrature souveraine que d'aspirer à en faire partie.

Tandis que les électeurs de Paris, qui avaient procédé au choix de leurs députés plus tardivement que le reste de la France, n'avaient pas encore terminé leurs opérations, des clubs nombreux, où l'on professait les idées nouvelles, remplissaient Paris*, sans que le pouvoir y mit aucun

* On lit à ce sujet dans le Précis historique de Rabaud Saint* Etienne : « Les cercles, les sociétés d'hommes qui, depuis quelques années, s'étaient formés à Tinstar des Anglais, y parlaient de la liberté comme si elle était déjà conquise. Il était surtout une société rassemblée chez un jeune magistrat * qui, depuis, a beaucoup inilué dans la Révolution. Elle entretenait une correspondance active dans tout le royaume et contribuait, en répandant la simultanéité des idées, à préparer la simultanéité des volontés et des forces. »

Or Duport, dont Rabaud Saint-Ëtienne veut ici parler, appartenait à la franc-maçonnerie; et ce système de correspondance, de rapport établi entre les idées et les volontés, était exactement celui des francsmaçons.

On n'ignore pas, en effet, qu'il y avait à Paris un gouvernement de la franc-maçonnerie, appelé le Grand-Orient, formé d'un grand maître et d'un conseil suprême qui donnaient des ordres absolus et sans contrôle, point central de la correspondance de toutes les loges du royaume. Chaque loge avait pour chef un président qui portait le titre de vénérable, et dont la mission était de transmettre aux frères les décisions ou les avertissements du grand maître, entouré de son conseil d'adeptes. Près de ce centre de la société, en même temps publique et secrète, résidaient les envoyés des loges établies dans un grand nombre de villes ; ces envoyés correspondaient avec le vénérable ou président de chaque loge.

En rapprochant cette organisation maçonnique de celle dont parle Rabaud Saint-Étienne, il est facile de reconnaître que Duport n'avait rien eu à changer, et qu'il appliquait à la politique une association toute faite, qui passait des théories à Faction.

Quand la société des Jacobins s'organisera, nous aurons à examiner

' Cette société, formée par Baport, ce jeune conseiller au parlement enthousiaste des idées nouvelles que nous avons déjà nommé, fut l'origine du club breton, précurseur du club, ou de la société plutôt, des Jacobins.

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obstacle. C'était le Palais-Royal surtout qui devenait le centre de ces manifestations et d'un enthousiasme qui, inspiré par Rousseau et par Mably, était propagé par des théoriciens de cafés, au milieu d'un public formé surtout de bourgeois curieui et crédules, « de jeunes gens qui avaient fait leurs premières armes aux rentrées du Parlement, et d'ouvriers oisifs^ espèce id'auditeurS' la plw chère aux démagogues ^ »

les principes particuliers de la frano-maçonnerie, qui lui servira de modèle; ce qu'il y a de certain, c'est que celle-ci formait un cadre où les philosophes du dix-huitiême siècle étaient entrés » avec leur idées. Voltaire en tète.

* Voyez V Histoire du régne de Louis XVI, par Joseph Droz, II* vol., p. 1:^5: « Les réunions démocratiques se multipliaient dans Paris^ dit encore cet historien, et Tefferv^scencç s'y manifestait chaque jour avec une nouvelle audace. Le Palais-Royal était un vaste club ; tous les cafés avaient leurs orateurs, chaque chaise du jardin pouvait être transformée en tribune populaire On voyait accourir au

quartier général de la démagogie tous les ambitieux subalternes, pour qui les clubs sont une institution précieuse... Aux chevaliers d'industrie qui venaient exploiter le patriotisme, se joignaient les rêveurs descendus de leurs greniers, apportant des lambeaux de Raynal, de Mably, et dont le Contrat social était FÉvangile. Co groupe prêtait l'oreille à , des déclamations contre les nobles et les prêtres, un autre écoutait un plan de constitution que lisait et faisait admirer un auteur. •

11 est curieux de citer, à côté de ces paroles de Joseph Droz, le passage suivant de Rabaud Saifit-Étienne, où il indique les écrivains dont les idées et les écrits étaient le plus répandus au moment de la réunion de la seconde assemUée des notables : « Les uns, dit Rabaud Saint-Étienne, remontant jusqu'à l'origine de 1^ mcHoarchie, traçaient en caractères de feu le pouvoir absolu de vingt tyrans, et la dégradation successive de la nation. D'autres trouvaient dans l'histotire des états généraux des preuves suivies de l'autorité nationale, ef prouvaient que la nation est le souverain. Plusieurs, s'élevant plus haut encore, et remontant jusqu'aux droits primitifs et imprescriptibles des peuples, démontraient à tous les esprits qu'il est absurde d'iavo-

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