‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 149 sur 156 · RÉVEILLON · texte numérisé non relu

RÉVEILLON

sa fortune à son intelligence et à sesfravaux; ouvrier luimême, il s'était enrichi honorablement, et, pendant les rigueurs de l'hiver, il avait montré une bienfaisance toute particulière aux quatre cents ouvriers qu'il employait.

Des hommes étrangers à sa fabrique, et, d'après les récits divers où l'on a cherché à éclaircir cet événement resté obscur, un mélange de bandits dont le nombre aug* mentait chaque jour à Paris, saccagèrent et ruinèrent sa fabrique; un combat s'engagea entre la troupe et les émeutiers ivres qui achevaient leur œuvi*e de pillage et de dévastation. Les pierres, les tuiles, les meubles servirent de projectiles à cette multitude furieuse qu'il fallut assiéger et qui se défendait avec rage, sans craindre les balles des soldats ; ils avaient d'abord reçu Tordre de tirer à poudre, mais ils finirent par pénétrer dans la maison et par charger à la baïonnette.

On évalue à deux cents le nombre des tués et des blessés.

Réveillon, qui était électeur et qui se trouvait en ce moment à l'archevêché, où les élections avaient lieu, se réfugia à la Bastille. Un groupe d'émeutiers l'avait poursuivi à l'archevêché.

Au milieu des assertions contradictoires que renferment les divers historiens sur les causes de ces troubles, qu'ils font remonter, suivant la nuance de leur opinion, les uns au duc d'Orléans, les autres à des conspirateurs révolutionnaires qui avaient voulu engager le peuple, tout d'abord, dans un mouvement d'émeutes et d'insurrections, ceux-ci à TÂngleterre, ceux-là à une intrigue d'une certaine partie de la cour qui aurait cherché à effrayer le roi et Topinion, à la veille de l'ouverture des états généraux, il faut reconnaître, de l'avis d'un des plus

iJi CUAPITRE XXXIU.

consciencieux historiens de celte époque S qui a interrogé ilescontempoi*ainS| que les preuves manquent, et que l'on en est réduit à des suppositions.

Ce qui est incontestable, c'est qu'au moment où Témeute éclate, Paris est rempli de clubs, c'est que les doctrines du Contrat lodal sont professées dans le Palais- Royal, à lui seul club immense où Von afflue de tout Paris, où les auditeurs sont des ouvriers oisifs, où Camille Desmoulins et le marquis de Saint-Huruge* dont l'exaltation est la même, ont la parole^ c*estque Thiver de 1788 à 1789 a été d'une rigueur extrême, que la disette s'est fait cruellement sentir, que tous les esprits sont en mouvement, que les pamphlets» répandus à flots, et les harangues des réunions populaires ont excité une assez vivo agitation, pour que des paroles, plus ou moins exactement rapportées, aient pu mettre le feu à des passions déjà ardentes. On affirme qu'il y eut de Pargent de répandu ; par qui? on ne sait. Ce qui est certain, c'est le caractère nèvolutionnaire de Pévénement, Pétrit destructeur qui animait les émeutiers, le soif de sang qui leur faisait cbeivher Réveillon pour Purger.

Un historien qui appartient à une école où Pon ne veut pas que Perdre attaqué puisse se défendre % après avoir loué le courage de ces hommes furieux, auxquels il donne le nom de rebeUeSj dit qu'un cri dominait le bruit du combat : liberté! mais qu'on entendait aussi retentir

• Droz, Histoire du régne de Louis XVI, t. II, p. 128.

* Ce marquis avait épousé une actrice qui FaTait fait mettre en prison.

^ Item, Item^ p. 135.

M. Louis Blanc

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