PAS UNE COMMUNION CHRÉTIENNE DEBOUT
qu il a déclarée et qu'il fait au christianisme? d'une question d'influence et de domination intellectuelle. Voltaire^ dans le monde des idées, était un conquérant, à sa manière : il voulait vaincre et remplacer une religion par une phi» losoptiie.
Ce vers, qui est de lui, résume toute sa pensée :
J'ai fait plus, dans mon lemps, que Luther et Calvin.
Il venait donc, suivant lui-même, tirer les dernières conséquences du protestantisme, mais en les dépassant^ mais en opérant une révolution dans les idées et dans les mœurs, bien plus étendue, bien plus complète que celle du protestantisme.
Voilà, sans doute, pourquoi il s'indignait contre les ministres de Genève, qui refusaient de le suivre, au moins publiquement.
En indiquant ce que voulait Voltaire, au point de vue des croyances et des idées, nous avons montré la nature véritable de ce mouvement philosophique, dont il était le chef, mouvement qui allait à ne pas laisser une communion chrétienne debout.
Nous avons déjà rappelé cette anecdote si connue de la vie de Voltaire, auquel on disait : « Vous avez beau faire, vous ne détruirez pas le christianisme, » et qui répondait : « C'est ce que nous verrons* I » Toute la pensée de la philosophie du dix-huitième siècle est dans cette réponse.
' Cette anecdote est rapportée par Gondorcet dans la biographie de Voltaire qui précède l'édition de ses oeuvres publiée en 1784. Ou vient de voir que Voltaire fait allusion lui-même à ce mot, qui était de lui.
Mais pouvait-elle s'arrêter au déisme? Le déisme pur, dégagé de toute religion, allait-il se substituer à la religion chrétienne, au moins dans les classes élevées, comme le voulait Voltaire ?
Le premier résultat direct de la philosophie du dixhuitième siècle fut l'athéisme. C'est le résultat qui précède les conséquences politiques de cette philosophie.
A mesure qu'elle faisait des progrès, le nombre des athées, en tête desquels on remarquait Diderot, augmentait parmi les philosophes.
Les athées, on le verra bientôt, étaient, comme on dirait aujourd'hui, le parti avancé de la philosophie ; Diderot, d'Holbach, Ilelvétius, les éclaireurs de Voltaire.
On ne peut s'expliquer d'une autre manière le désir ardent qu'il éprouva de faire entrer l'athée Diderot à l'Académie française. « Je suis enivré, écrit-il à d'Alembert, de l'idée de mettre Diderot à l'Académie française*. »
Dès le 9 juillet de la même année il s'exprimait ainsi : « Mon cher philosophe, j'ai la vanité de croire que vous avez la même idée que moi. Vous voulez que Diderot entre à l'Académie; vous le voulez, et il faut en venir à bout. Ne croyez point du tout que M. de Choiseul vous barre ; je vous le répète, il se fera un mérite de vous servir, vous et les penseurs*. »
Il est certain qu'il était logique de voir M. de Choiseul, quand il expulsait les jésuites, patronner la candidature d'un athée à l'Académie.
* LeUre de Voltaire à d^Vlembert, en date du i5 août 1760, LXVIII' vol. de ses Œuvres complètes.
* Lettre de Voltaire, en date du 9 juillet 1760.