‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 17 sur 156 · MADAME DE POMPADOUR, VOLTAIRE, DIDEROT · texte numérisé non relu

MADAME DE POMPADOUR, VOLTAIRE, DIDEROT

Mais Voltaire, et ici on doit reconnaître que sa haine contre ie christianisme se montre avec un abandon qu'on peut appeler de la naïveté, mot étrange quand il s'agit du Luther de la philosophie; mais Voltaire a découvert, pour le philosophe Diderot, un autre patronage, celui de madame de Pompadour, auquel il joint, il est vrai^ celui de lévêque d'Orléans, M. de Jarente, et celui de l'abbé de Bernis, deux prêtres philosophes comme madame de Pompadour.

Déjà Voltaire écrivait, peu d'années auparavant, à propos de V Encyclopédie : « Soyez très-sûr que madame de Pompadour et M. l'abbé de Bernis sont très-loin de se déclarer contre V Encyclopédie . L'un et l'autre, je vous en réponds, pensent en phUosopheSj et agiront hautement dans l'occasion ^ »

A propos de l'élection de Diderot à l'Académie, Voltaire dit tout naturellement : « Il ne sera pas difficile d'avoir pour nous madame de Pompadour; Vévêque d'Orléans ne sera pas contre lui". »

Dans une lettre qui suit de près celle-ci, Voltaire revient encore à cette idée qui lui paraît excellente : le patronage de madame de Pompadour ouvrant l'Académie française à Diderot. « Il y a plus, dit-il, il se peut que madame de Pompadour le soutienne, qu'elle s'en fasse un mérite et un honneur, qu'rf/e désabuse le roi sur son compte j et qu'elle se plaise à confondre une cabale qu'elle méprise. »

« Je suis encore assez imprudent, continue-t-il, pour

* Lettre de d'Alembert à Voltaire, en date du 25 février i758, LXVIII^ vol. de ses Œuvres complètes.

* Lettre de Voltaire, en date du 9 juillet i 760, LXVIIf vol.

en écrire à madame de Pompadour, si vous le jugez à propos, et elle est femme à me dire ce qu'elle peut et ce qu'elle veut^ »

« Ah! qu'il serait doux, ccrivait-il peu de temps auparavant, de recevoir à la fois Diderot et Ilelvélius* ! »

Tout cela est parfaitement logique, et fait très-bien connaître, ce nous semble, la philosophie du dix-huitième «iècle, pour laquelle les mœurs n'ont aucune importance, cela est évident : Voltaire, dont la jeunesse a été encouragée par Ninon, ne voit pas de meilleure protectrice pour la philosophie, pour la réforme de l'humanité, que madame de Pompadour, surtout quand il s'agit de faire entrer des athées à l'Académie : nous aurons plus tard à suivre la logique de ces sentiments et de ces idées.

Quand on le voit faire valoir son influence auprès de madame de Pompadour dans un intérêt philosophique, on comprend ti ès-bien qu'il ait cherché à flétrir le caractère historique de Jeanne d'Arc, et ses lettres expliquent son poëme : madame de Pompadour donnant la main à l'athée Diderot pour le faire entrer à l'Académie, cela a manqué à la victoire de la philosophie, mais cela n'a point manqué à la logique même de cette philosophie, telle que Voltaire l'acceptait et la professait; et si Diderot ne fut pas académicien, comme Voltaire l'espérait, ce dernier raisonnait bien quand il calculait ainsi, et qu'il comptait sur madame de Pompadour comme sur une alliée naturelle.

Voltaire se plaint de ce qu'on arrête à la poste son traité de la tolérance. « Comment accorder cette rigueur,

» 24 juillet 1760, LX VHP vol.

« Lettre du 24 juillet 1760, LXVIIf vol.

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