LE PAGANISME ÉTAIT LOCAL
trie locale ; il y avait partout, qu'on nous permette le mol, des dieux du terroir, ces dieux que Virgile appelle :
Dipatni, indigetes *.
11 y avait les dieux de Rome, ceux de l'Egypte, de l'Inde, de la Perse et de la Médie.
La religion était pour les nations de l'antiquité plutôt un usage traditionnel et particulier qu'une idée générale*.
Il y avait aussi chez un peuple des rivalités, la jalousie plébéienne, qui s'accommodait de Tesclavage, et qui cependant voulait des tribuns du peuple, comme l'humeur remuante des démocraties grecques, qui mettait avant tout l'intérêt et la gloire de la cité, mais jamais des formules à peu près illimitées, comme champs de bataille des idées, qui pussent embrasser, dans un horizon aussi nouveau qu'immense, la nature et l'avenir de toutes les sociétés humaines I
Dans le plus vaste des empires, dans l'empire romain lui-même, malgré sa grandeur, tout, comme la religion elle-même, était local, personnel, romain; chaque principe débattu, chaque intérêt controversé tenait à une question particulière, spéciale dans son importance même. S'agissait-il de la loi agraire? Le peuple voulait être récompensé de ses fatigues et des campagnes où il
* Di palrU, indigetes, el Romiile, Veslaque mater...
(Géergiques, liv. I", vers 498.)
* Bossuet fait obserrer que depuis longtemps les ordonnances du sénat défendaient les religions étrangères (Histoire universelle, I. m, p. 114.)
H%'dii verve «mi «auig : aoooa prûd^ abstiaît ne lui $ervàii de drapeau.
H avait sans doute la fierté du non romain, mais il m flkmgeail guère à se prévaloir des droils de la raison liijiriairie; il trouvait bon, au contraire, que les prêtres iU*H dieux eussent patriciens, et que le souverain pontiOcat iipparllnt aux anciennes familles.
Or, te christianisme était la religion universelle, appor- Uv c)l pr^.('hée au monde entier par le Sauveur du monde; il n'avait rien, parconséquent, de local, de particulier, de lionH^; il élait destiné à toute l'humanité : c'était là son niractéro évidcMil, incontestable, qui n'a jamais changé, vi qui osl encore attesté par le sang des martyrs; c'est aussi nno des significations du mot catholique, non pas rolij{itm de la Fiunce, de l'Espagne ou de l'Italie, mais i^'li^iou du monde, unité du monde, la seule possible, Uomo le eeulit> de cette unité !
Axtv le pivleslHUlismo, dont le but était de changer la
ivU^î\m qui avait changé le monde, un fait nouveau se
(HnkIuimI dvMK^ : au lieu de ces luttes intérieures, qui rc*
|^iNWutsù\Hil t\H\jouï^ des intérêts particuliers, des divi-
xKMi't s^U^v kv4 ditïeïvnto$ classes d\me même société, on
va nKvx ^vxn^uIkvm^ vrid^^t^ ttècessairement d'un caractère
yOus^àul v^u^n )U^e sVi^ révolutions comme on voudra,
\n1\\x .^W^K'iU ^^ tt<Att$&rtu^lii^ intellectuelle du monde
^Ko V ^hAu\t^mii\lttv^ U :>cttiVe qa après la réforme divine
s\' ' t\^ui^t:(.\ .^p^vV tu tHv>ÀicaCioii trionuphante et le long
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LE CHRISTIANISME, U PUILOSOPHIE DU XYIII* SIÈCLE. ^
nouvelles, que les idées seules et les idées les plus générales ont pu désormais agir sur lui et l'entrainer : « Il a voulu même pécher avec raison ^ »
Le christianisme s'était adressé à Thomme tout entier^ à son âme et à son corps : c'était la foi de l'esprit et la règle des mœurs; et c'est ainsi qu'il est fait pour tous les^ hommes, pour le monde : « Allez et enseignez toutes les nations ! »
Du moment que la raison de l'homme, isolée de toute foi et de toute règle, réagissait contre le christianisme, c'était donc sur le terrain des mœurs et de la foi que l'attaque devait porter, c'est-à-dire sur la nature même, comme sur la destinée, comme sur le but de l'humanité dans ce monde et hors de ce monde !
Voilà comment s'explique tout le rationalisme humanitaire^ pour nous servir du mot qui, chez les derniers^ disciples de la philosophie du dix-huitième siècle, est la formule du culte, presque de l'idolâtrie de l'humanité'. Ce n'est donc pas pour une nation en particulier que cette philosophie a cru devoir se manifester, c'est pour le monde, et elle veut être catholique, sous ce rapport qu'elle ne prétend pas seulement être générale, mais universelle puisqu'elle ne saurait s^emparer de l'homme lui-même, tout rapporter à l'homme, que pour embrasser, dans la mission qu'elle se donne, l'humanité entière.
Jamais, avant le christianisme, on n'avait vu dans le monde l'exemple d'un tel esprit, ^t, pour combattre le christianisme, cela est évident, ce sont ses propres armes
< Paroles de Bossuet que nous avons citées plus haut.
* On verra que lorsque Voltaire sera reçu à Paris par la loge des francs-maçons y dans le discours qu'on lui adressera, on 1& louera au nom du genre humain.
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