‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 23 sur 156 · OPINION DE M. DE TOCQUEVILLE · texte numérisé non relu

OPINION DE M. DE TOCQUEVILLE

crois que ce n'est pas manquer de respect à cette sainte religion que de dire qu'elle dut en partie son triomphe à ce qu elle s'était plus qu'aucune autre dégagée de tout ce qui pouvait être spécial à un peuple, à une forme de gouvernement, à un état social, à une époque, à une race. « La Révolution française a opéré, par rapport à ce mondCy précisément de la même manière * que les révolutions religieuses agissent en vue de l'autre; elle a con sidéré le citoyen d'une façon abstraite, en dehors de toutes les sociétés particulières, de même que les religions considèrent l'homme en général, indépendamment des pays et des temps... Comme elle avait ïair de tendre à la régénération du genre humain^ plus encore qu'à la réforme de la France, elle a allumé une passion que jusque-là les révolutions politiques les plus violentes n'avaient jamais pu produire. Elle a inspiré le prosélytisme et fait naître la propagande. Par là, enfln. elle a pu prendre cet air de révolution religieuse qui a tant épouvanté les contemporains ; ou plutôt elle est devenue elle-même une sorte de religion nouvelle, religion imparfaite^ il est vrai, sans Dieu, sans culte et sans autre vie ', mais qui néanmoins, comme Tislamisme, a inondé toute la terre de ses soldats, de ses apôtres et de ses martyrs'. »

* La conformité de nos idées avec celles de M. deTocqueville n'est pas ici moins évidente, et, de sa part, ce témoignage est bien remarquable : la Révolution a Tesprit de la philosophie dont elle est sortie, elle veut aussi imiter, à sa manière, le christianisme, mais pourquoi et comment? Quelle civilisation nous donnera-t-elle à la place de la civilisation chrétienne, quel lien social au défaut du lien religieux?

^ Ona dit un citoyen^ comme on a dit un chrétien.

5 Vancien Hégime et la Révolution, par M. de Tocqueville, ch. iir, p. 15 et suivantes.

Nous pensons que M. de Tocqueville a voulu parler des martyrs

Ci CHAPITRE IT.

La seule difîérence qu'il y ait enlre les paroles de M. de Tocqueville et les nôtres, est qu*il se borne à indiquer, sans le préciser, le rapport qui existe entre la Révolution et le christianisme, sans en montrer lorigine et la logique, pour ainsi dire, dans la philosophie du dix-huitième siècle et dans la lutte qu'elle avait livrée, qu'elle livre encore au christianisme, dans ce système d'attaque générale qui tend à s*emparer de l'humanité, pour la ravir à cette religion de l'Évangile qui a fait pacifiquement la conquête du monde. « Religion sans culte et sans Dieu,ï^ a dit M. de Tocqueville en parlant de la Révolution. Or, c'est précisément parce qu'elle remonte à la négation philosophique qu'elle est a sans culte et sans Dieu; » or, celte négation, cette philosophie, comme elle s'est appelée elle-même, on l'amoindrirait en prétendant que la guerre, déclarée et faite par elle à la religion, n'a été qu'un moyen d'attaquer les institutions sociales et politiques d'un pays. M. de Tocqueville dit lui-même le contraire^ puisqu'il lui assigne le but le plus général; or, ce but elle n'a pu l'emprunter qu'à sa lutte même contre le christianisme. Elle a visé plus haut, en effet, que des institutions particulières, elle a fait une autre guerre qu'à la monarchie française, puisqu'elle a cru et voulu changer les idées, l'état du monde chrétien.

M. de Tocqueville condamnait la fureur, c'est le mot dont il se sert, avec laquelle les philosophes du dix-huitiùme siècle s'en sont pris à l'Église; mais, nous l'avons

que l« Ré\*olulion a faits, car, évidemment, ils dépassent bien en nomhiv cmx qui ont pu souffrir pour sa cause, ou qui se sont entivtui^s en s»Mi nom, genre de martyre inconnu des premiers chré-

« iUimitn R^we et /« Révdnnm, p. 9.

0PIR10N DE H. DE TOCQUEYaiE. G5

déjà £ait observer, il pensait cependant, quoique sa foi fût un peu ébranlée à cet égard, que le gouvernement représentatif, dont il était Tami sincère, et la liberté politique moderne étaient sortis de la Révolution ; il aurait voulu que l'esprit irréligieux de cette Révolution n* eût été qu*un moyen de circonstance, et il cherchait à lui attribuer un esprit politique, indépendant de l'incrédulité philosophique, tant il sentait que le scepticisme était une funeste base pour tout système de gouvernement ; il prétendait faire deux parts de la philosophie du dixhuitième siècle, une des grandes causes suivant lui, de la Révolution, mais non la première, comme si une pareille distinction était possible, comme si la philosophie du dix-huitième siècle avait eu deux esprits, comme si elle n'avait pas été, en politique, par une conséquence nécessaire, ce qu'elle était en religion, comme s'il n'y avait pas eu unité dans cette philosophie, comme si cette unité d'attaque n'avait pas été sa force même, comme si elle n'avait pas agi sur la politique en se plaçant tout d'abord au dessus de la politique.

Disons-le donc, pour résumer la première période de la philosophie du dix-huitième siècle, que domine le nom de Voltaire, la meilleure preuve que cette philosophie, comme la Révolution de 89, dont elle fut la cause principale*, a, pour origine première, rincrédulilé religieuse érigée en système, c'est que la politique, pour nous servir de ce mot qui est très-inexact, trés-in-

* « On considère avec raison, » dit M. de Tocqueville, « la philosophie du dii-huilième siècle, comme une des causes principales do la Révolution. » (Landen Régime et la Bévolution, p. 9.) On verra bien par les faits que c'est la cause première, qu'il faut dire.

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)k ki^aie eu Franoî.

* i^i $;iit que ToUaire este»! tooîoyis par là h religioD direiH'iUH'x vlMiIrvs lettres « donnenl b prane érideote, celle reli^iion qu'il aiH^eUe /« s$ffemiiiom (krisUcolt. Ceb esl sanbondamment ^Ubli )Vir toutes les dtalioits que nous êmsoos dans ce rolume.

' les bourgeois qui ont xhelé qoelqnedar^gede justice oudefii

ou de finance.

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