LA FAMILLE, L'INDIVIDUALISME, U SOUVERAINETÉ DU PEUPLE
qui la composent, cest par convention quelle se maintient.
Rousseau ajoute : « Cette liberté commune est une conséquence de la nature de Thomine. Sa première loi est de veiller à sa propre conservation, ses premiers soins sont ceux qu'il se doit à lui-même, et sitôt quil est en âge de raison^ lui seul étant juge des moyens propres à le conserver, devient par là son propre maître *. » Ainsi tout jeune homme est souverain, et il n'a pas besoin, pour cela, même d'être majeur. Il n'y a donc plus de tradition, même dans les familles ; tout remonte, Gnit et recommence à chaque individu, qui, à lui seul, est une société, un monde; c'est la proclamation même de l'individualisme.
Mais, en même temps, Rousseau se hâte de soumettre cet individualisme à la souveraineté du peuple, et, pour faire une société, il a recours au nombre.
C'est précisément ainsi que le protestantisme s'est établi : il a fait appel au droit de libre examen de chacun, à la souveraineté intellectuelle de chacun, à la volonté générale aussi, à la souveraineté du peuple.
Et la raison en est facile à comprendre : il fallait bien, en dehors de Tancienne autorité spirituelle, trouver une force pour grouper ses adhérents et combattre ses adversaires, une force pour le protestantisme, une force pour Lulher, une force pour Calvin : au lieu de Tautorité et de la tradition de l'Église, on prit la volonté générale, c'est-à-dire la multitude, qu'on fit souveraine; mais en attaquant la tradition religieuse, on devait attaquer la tradition politique. Après tout, le royaume du protestan-
« Contrat social, chap. u, p. 27.
tisme, comme celui de la philosophie du dix-huitième siècle, était de ce monde, et c'était par ce monde que Tun et Tautre devaient agir sur Thumanitë.
Luther, tout le premier, avait déclaré que le Pape était un loup enragé^ contre lequel il fallait assembler les peuples, et n'épargner pas les princes qui le soutiendraient, fût-ce TEmpereur lui-même ^ « L'effet suivit de près les paroles, dit Bossuet ; l'électeur de Saxe et le landgrave prirent les armes contre Charles \ *. »
Avant cette époque, Luther avait écrit au pape Léon X, lorsque ce pape Tavait cité devant lui, « qu'il espérait bientôt y comparaître avec vingt mille hommes de pied et cinq mille chevaux^ et qu'alors il se ferait croire. » C'est ainsi que, du droit individuel et absolu de la raison humaine en matière religieuse, le protestantisme passait presque immédiatement à une prise d'armes, à l'emploi de la force matérielle, à la politique.
Dans la première révolution d'Angleterre, on est en présence des mêmes idées, des mômes actes : la souveraineté du peuple, sortie du libîe examen protestant, les contrais avec les gouvernements; « ces maximes, dit encore Bossuet, qu'on retrouve dans l'apologiedeMiddleton, et dans cent autres libelles, dont les cromwellisles inondaient toute l'Europe...... » «De quoi sont pleins tous
les livres, poursuit-il, et tous les actes publics et particuliers, qu'on faisait alors, que de la souveraineté des peuples, de ces contrats primordiaux entre les peuples et les rois'? »
Le Contrat social de Rousseau et le système qu'il venait
* Voir la thèse de Luther publiée en 1540.
* Histoire des Variations y 5* avertissement, p. 210.
* Histoire des VariationSy 5* avertissement, p. 336.