‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 35 sur 156 · LA NATION TRÈS^.HRÉTIENNE. U · texte numérisé non relu

LA NATION TRÈS^.HRÉTIENNE. U

pendant s'effacer du blason de la royauté : iils aîné de t'Église, roi très-chrélien, sont des formules qu'on ne peut séparer de cette royauté : il n'est pas besoin, pour désigner un de nos anciens monarques, de l'appeler roi de France, fils aine de l'Église ou roi très-chrétien suffit.

Ces noms ont plané, au-dessus de la monarchie et de la nation qui allaient se former, môme avant qu'elles n'existassent, et depuis ils ont toujours été mêlés à leur histoire, à l'idée même de la royauté et de la nation qu'elle était appelée à gouverner, elle aussi nation très-chrétienne, fille ainée de l'Église, qui a échappé au schisme et aux sectes, qui a conservé ses antiques cathédrales et ses églises de village à la religion de Clovis, de Charlemagne et de saint Louis.

Cependant, à côté de cette grande et première influence du christianisme, il y avait une œuvre humaine à accomplir, et la part de cette politique qui est le libre arbitre de l'homme dans les affaires de ce monde ; il y avait à faire sortir, de ce rapprochement que l'Église avait opéré entre les Francs et les Gaulois, une nationalité, un gouvernement durable à fonder, en rapport avec les lois mêmes de conservation, de tradition et d'amélioration sociales qui répondent à l'esprit même du christianisme ; il y avait, nous l'avons déjà dit, une société civile à créer.

Sous les deux premières races, qui avaient en même temps à gouverner la conquête et à repousser des invasions, des conquêtes nouvelles, malgré des essais de royauté, d'unité politique et territoriale, dont le plus grand fut celui de Charlemagne, qui sembla ressusciter l'empire romain, il suffit de jeter les yeux sur toute celte

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Oo reocMioall« dès que Foo consolle les fiais, qa*dleest entrée dans le traTaîl même de notre nationalité, a son heure, au moment où scn intervention était le phts neœ?^saire: c'est ainsi que Cliarles de Lorraine^ le donier prinee earlovingien, le dernier représentant aussi de ces Francs, dont la royauté, d'abord établie sur les bords du Rhin, avait conservé la langue et les traditions allemandes, disparut devant lluguesCapet, un des sdgneurs fêodaux les plus puissants, chef d*une race qui était destinée à combattre et à transformer la féodalité, el que le centre de la monarchie se trouva fixé, avec les Capétiens, sur les rives de la Seine, loin du Rhin et de la frontière germanique.

Avec cette dynastie, on peut dire qu'au point de vue

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national, tout commence, et qu'il faut chercher la véritable origine de la monarchie.

Les deux premières races n'en avaient été, pour ainsi dire, que la tentative, parce qu'elles n'avaient réussi à former ni la nationalité nouvelle, ni l'unité du territoire, ni la succession régulière de l'autorité royale % ni un pouvoir

' M. Guizot résume ainsi avec beaucoup de vérité Thistoire des deux premières races : • En France, sous la première race, la royauté barbare prévaut ; il y a bien quelques tentatives du clergé pour lui imprimer le caractère impérial ou le caractère religieux ; mais IVlection, dans la famille royale, avec quelque mélange d'hérédité et

d'idées religieuses, demeure dominante Au moment où les Car-

lovingiens remplacent les Mérovingiens, un retour de la royauté barbare est visible. Y élection y reparaît. Pépin se fait élire à Soissons. Quand les premiers Carlovingiens donnent des royaumes à leurs fils, ils ont soin de les faire accepter par les grands des États qu'ils leur assignent. Vous vous rappelez que ce changement de dynasUefut comme une nouvelle invasion des Germains dans l'occident de l'Europe, et ramena quelque ombre de leurs anciennes institutions, de leurs anciennes mœurs... » Arrivant à la féodalité, sous laquelle la royauté carlovingienne cesse d'exister, M. Guizot montre que celle royauté avait disparu de fait avant Tavénement de Hugues Capet. « En fait, dit-il, la plupart des seigneurs féodaux étaient, à celte époque, complètement indépendants de la royauté ; un grand nombre la connaissaient à peine de nom, et n'avaient que peu ou point de relations avec elle : toutes les souverainetés étaient locales, indépendantes. Le nom de roi, porté par l'un des seigneurs féodaux, exprime moins un fait qu'un souvenir. {Cours d'histoire moderne^ par M. Guizot, 9« leçon, p. 26 et 29.)

Nous ajouterons, pour rappeler les faits dont M. Guizot résume l'esprit, que sous Louis le Débonnaire, et à sa mort, après que Charlemagne eut hérité de Pépin le Bref, il se fit des démembrements de l'empire germanique fondé par Gharlemagne, et dont la France ne formait qu'une partie; que dans ces démembrements, ce ne fut pas Lothaire I*', fils aîné de Louis le Débonnaire, qui devint roi de France, mais Charles le Chauve, né de son second mariage avec Judith de Bavière. Ce même Charles le Chauve, faible devant la féodalité qui se

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respecté, ni une société organisée; Tune avail succombé devant les maires du palais, l'autre devant les seigneurs féodaux, devant la force militaire de Tépoque : toutes les deux avaient échoué surtout par leur impuissance à re-

<lévelop)>ait de plus en plus, comme devant l'invasion normande, la reconnut publiquement en 877, dans une assemblée tenue à Kierzysur-Oise, et la consacra, pour ainsi dire, en sanctionnant Vlidre'dité des bénéfices et des offices royaux. Ce fut lui qui donna le duché de France ^ Robert le Fort, aïeul de Hugues Capet. Au reste, une réllexion se présente naturellement à la vue du démembrement de Tempire de Charlemagne, qui lui-même avait voulu rétablir, en sa l>ersonne et celle de ses successeurs, Tempire romain, c'est qu'on assiste comme à une seconde dissolution de cet empire, d'autant plus que les Normands continuent l'invasion barbare; or, il était difficile de fixer alors une institution comme Thérédité royale, au milieu de tels partages et de la mobilité même du territoire ; c'est ainsi qu'à la mort de Carloman, les soigneurs ou les princes féodaux, voulant un chef pour repousser les descentes et les ravages des Normands, donnent à Charles le Gros, roi des Germains, la couronne de France, dont Charles le Simple, fils de Louis le Bègue, était Thérilier. Puis, quand Charles le Gros est déposé, pour avoir payé tribut aux Normands et obtenu ainsi Téloignement de ces envahisseurs, qui étaient venus jusqu'à Paris, au milieu d'un nouveau partage, ce n'est pas Charles le Simple qui règne, mais Eudes, l'un des fils de Robert le Fort, comte de Paris, premier duc de France. Puis Eudes partage volontairement la couronne avec Charles le Simple. Puis Robert, frère d'Eudes, est élu roi, et, si Charles le Simple le lue à la bataille de Boissons, c'est Hugues le Grand, fils de Robert, qui reste victorieux; puis Raoul, roi de Bourgogne, devient roi de France par le crédit de Hugues le Grand, et à sa mort, Hugues le Grand permet à Louis d'Outre-mer, fils de Charles le Simple, de régner. Lolhaire, fi!s aîné de Louis d'Outre-mer, réduit par la féodalité à la seule ville de Laon, et Louis V, son fils et son successeur, non moins impuissant, laissent le titre de roi à Charles de Lorraine, frère de Lolhaire, qui ne régm jamais. C'est alors que les grands, qui étaient déjà intervenus si souvent dans les élections royales, donnèrent Je litre de roi à Hugues Capet, fils de Hugues le Grand. Ainsi commence, dans la partie déjà la plus française de la monarchie, dans le duché de France, au

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pousser les invasions nouvelles, question de vie ou de mort pour une société qu il fallait, avant tout, faire sortir d'une première conquête, et que les invasions du Nord mettaient sans cesse en péril, sans lui permettre de se fonder.

Un des plus grands titres de Charles Martel au pouvoir ne fut-il pas ses victoires sur les Saxons comme sur les Sarrasins, et son fils Pépin, le premier des rois Carlovingiens, ne continua-t-il pas la lutte contre les envahisseurs? Charlemagne ne fit-il pas aux Saxons une guerre de trente-trois ans, et, refoulant les barljares en Italie, en Hongrie, en Espagne, lui, d'origine barbare, mais avec la foi chrétienne et le grand souvenirde Rome, ne rétablitil pas en sa personne Tempire d'Occident?

Mais entre la faiblesse des successeurs de Charlemagne et l'audace desinouveaux envahisseurs, les Normands, on voit paraître une puissance nouvelle, la féodalité, moyen de résistance à la conquête, et la première forme de société qui doit lui succéder. La féodalité est pour la seconde race ce que la mairie du palais a été pour la première; de l'une sort Charlemagne, de l'autre Hugues Capet. Comme la mairie du palais, par le bras de Pépin d'Héristal et celui de Charles Martel, avait lutté victorieusement contre l'invasion, mission continuée avec tant

milieu du morcellement féodal qu'avait subi et accepté la seconde race elle-même, habituée aux partages de h conquête barbare, cette troisième race qui devait constituer trois choses, la nationalité française, Tunité du territoire, et, comme le moyen le plus puissant pour obtenir de tels résultats, de mettre Tordre, la suite, la durée, là où avaient été l'anarchie, la guerre, la mobilité, Tincertitude et la ruine de rinstitution royale, comme de tout gouvernement, cette hérédité invariable, de mâle en mâle, par ordre de primogéniture, qu'on appelle la loi salique.

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de gloire par Charlemagne, la féodalité, première organisation de la conquête, fait ce que les successeurs de Charlemagne ne savent plus faire : elle rend une nouvelle conquête impossible ; par son développement môme, elle doit amener la chute de la race Carlovingienne. Formés de nombreuses tribus, aux habitudes nomades et guerrières, les conquérants commencent, vers le dixième siècle, à se fixer d'une manière stable, sur le territoire dont ils se sont emparés, à y construire des forteresses, qui deviennent plus tard des châteaux; mais, peu habitués à reconnaître un chef suprême, excepté en temps de guerre, suivant la coutume germanique, armée cantonnée sur toute retendue du pays, dont ils sont la première organisation, dès qu'ils défendent seuls le territoire, dès que seuls ils sont en rapport avec les populations, ne tendraient-ils pas, surtout à une époque barbare, à remplacer par une mullilude de princes, une royauté indécise, impuissante, qui avait conservé le caractère électif, et que l'élection devait faire disparaître?

Comment l'empire de Charlemagne, ce dernier reflet de l'empire romain, ce rapprochement momentané d'éléments qui doivent se séparer encore, ce faisceau d'armes qui va se rompre pour que chaque seigneur féodal vienne y prendre son épée, pourrait-il se maintenir? Comment surtout, à une époque toute guerrière, cernée par l'armée féodale qui la pressait de toutes parts, une royauté qui ne sait plus commander, qui a fini par se laisser réduire à une seule ville, ne tomberait-elle pas, au milieu des rangs, sans pouvoir se relever? Comment une royauté, encore germanique *, pourrait-elle présider à la nationalité française ?

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