HUGUES CAPET
Si les Normands, dans le neuvième siècle, ne s'emparèrent point de la France et ne la jetèrent pas sous le joug d'une nouvelle invasion barbare et païenne, ce ne fut pas la royauté de la seconde race, la descendance de Charlemagne qui lutta contre eux, mais la puissance féodale; Robert le Fort, duc d'Anjou, aïeul de Hugues Capet, et l'un des plus grands seigneurs féodaux, était mort en 866, sur les bords de la Loire, en combattant les Normands.
L'influence des seigneurs, ou plutôt des princes féodaux, s'accroît encore, à dater de cette époque, surtout celle de Hugues le Grand, père de Hugues Capet, et la décadence de la race Carlovingienne, comme nous l'avons déjà indiqué dans une note, suit la même progression : Hugues Capet monta sur le trône comme le premier des seigneurs féodaux, des princes de cette fédération guerrière qui gouvernait la France; mais, nous l'avons vu, à côté du mouvement féodal, qui avait exercé tant d'empire sur la société, l'influence delà civilisation chrétienne n'avait cessé d'agir, et il y avait dix siècles qu'elle s'exerçait sur le pays qui devait être la France, lorsque la nouvelle langue, lien des conquérants et de la Gaule romaine, étant formée, la troisième race, la race nationale, parut.
Quand la couronne,- quand le titre de roi était encore un honneur, sans être une marque de puissance, il n'était pas extraordinaire qu'un seigneur prît ce litre et celte couronne; c'est ce qui explique l'assentiment des princes féodaux à la royauté nouvelle et le sacre de Hugues Capet à Reims ; mais ce sacre lui-même était une force pour la royauté qui se fondait. Ce sacre représentait une grande chose, l'origine chrétienne du pouvoir depuis la chute de l'empire romain.
Cependant qu'allait devenir, morcelée entre tant de
iiO CHAPITRE VU.
princes féodaux, la France, dont la nationalité ne commençait qu'à se former, dont le territoire flottait, soumis à une division incessante, entre les prétentions féodales, entre les guerres et les héritages des plus illustres, mais aussi des plus belliqueuses familles du royaume?
Clovis et Giiarlemagnc, ce qu'ils avaient laissé après eux. — I,'ir.s:itulion royale. — Hugues Capet, chef d'une grande fédération guerrière. — La destinée de la France. — La France en face do doux voies différentes. — Une fédération guerrière, ou l'uniié monarchique.
— L'esprit de notre histoire — L'œuvre de la troisième race. — Hugues Capet fait sacrer son fils Robert. — La loi salique : unilé du gouxernement, unité du territoire. — Louis le Gros. — L'abbé Suger. — Point de départ de la monarchie et de la lutte contre la féodalité. — La société ecclésiastique et la société civile. — Lutte contre la féodalité, mouvement communal. — Les Croisades, Pierre l'Ernnte et Suger.
— La royauté centre du développement des elasses bourgeoises et populaires. — Hugues Cafet et Charlemagne.
Clovis et Charlemagne avaient laissé après eux un grand nom, celui de roi, et un grand souvenir, l'alliance de la royauté avec le christianisme ; quant à Tinstitution royale, elle n'existait pas réellement, elle n'avait pu prendre, ni sous la première, ni sous la seconde race, une forme définitive, conquérir celle hérédité, fixe et régulière, qui est la vraie base dune monarchie.
Le nouveau roi, Hugues Capel, était le chef apparent d'une grande fédération guerrière K La France suivraitelle donc, à peu près, la destinée de l'Allemagne, à laquelle elle pourrait se mêler encore, avec un chef suprême, électif et souvent nominal, ayant sans cesse à
* Expression si juste dont M. Gtiizot s'est servi pour caractériser la féodalité*
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lutter contre d'autres princes qui continueraient à se partager le territoire, feraient alliance avec l'étranger et resteraient indépendants de la couronne? Ou bien ce dessein d'un vaste empire, embrassé par Qiarlemagne, serait-il accompli? Cette monarchie, au moins annoncée, jusqu'à un certain point, par quelques rois des deux premières races qui avaient réuni sous leur sceptre presque toute l'ancienne Gaule, serait-elle fondée? La France, à l'avènement de Hugues Capet, se trouvait en fece de ces deux voies : laquelle devait-elle suivre?
Enfin, quel était l'intérêt du pays? La forme d'une fédération guerrière destinée à renfermer de petits États, et à reconnaître, dans les grandes crises, un chef suprême, valait-elle mieux, pour lui, que Funilé monarchique?
Nous pourrions dire que les faits ont prononcé à cet égard, mais nous aimons mieux en indiquer le développement, et y suivre Tesprit même de noire histoire. Là est toute l'œuvre de la troisième race : modifier, d'une manière profonde, la féodalité, effacer les traces de la conquête : disons le mot, faire la guerre à la conquête, par divers moyens, qui, tous, ont contribué à l'avènement de cette forte nationalité qui fut la nationalité française. • Il y a eu, certainement, dans cette œuvre grande et difficile, et de laquelle on peut bien dire, comme de la nationalité romaine, tantxmoHs erat^ des fautes de commises. A la distance où nous sommes aujourd'hui de cette époque de formation, après les révolutions qui ont éclaté dans ce pays, nous pouvons blâmer, sur quelques points, la politique de tel grand roi et de tel grand ministre; ce que nous avons surtout à exposer maintenant, c'est le grand fait de la nationalité et de la société fran-