‹ Nouvelle histoire de la révolution de 1789Chapitre 39 sur 156 · LES CROISADES · texte numérisé non relu

LES CROISADES

tous les pays de l'Europe où elle régnait, aux guerres intestines, en lui offrant un grand intérêt commun, religieux et européen : et tandis que l'Église chrétiemfie avait exercé tant d'influence sur la fondation de la société intérieure, elle créait aussi la société européenne, elle faisait un monde chrétien.

Lorsque nous cherchons qui fut le chef d'un tel mouvement, d'un mouvement si extraordinaire, si vaste, ^i fécond en résultats, puisqu'il a déteiminé la grande et soudaine apparition de la société chrétienne en Europe, le rapprochement dans une même foi de tant de nationalités diverses, contre une dernière menace, celle de l'invasion et de la barbarie musulmanes; lorsque nous cherchons l'homme d'État, non pas seulement Français, mais Européen, qui a donné l'impulsion et le signal aux croisades, à cet ébranlement de TEurope vers l'Orient, à cette puissante affirmation de la civilisation chrétienne qui commence, contre le mahométisme qui la détruirait^ après avoir détruit déjà l'empire chrétien d'Orient, nous trouvons encore un moine, un ermite!

C'est à la voix de cet ermite, de ce nouveau Pierre, humble comme celui qui fut le chef de l'Église, que vont marcher les rois» les seigneurs féodaux si remuants, et les peuples : un nom efface alors toutes les distinctions, toutes les barrières qui séparent les grands et les petits, celui de chrétien.

Ainsi, deux religieux, Suger et Pierre THermite, président presque ensemble aux destinées de la France et de l'Europe.

On peut dire, avec raison, que les croisades ont fait, sous bien des rapports, l'œuvre de plusieurs siècles, et puisqu'elles ont évoqué ainsi la société chrétienne en

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CHRISTIANISME, FtODUlTÉ, HOr^ARCUIE. iit

même société, refaire l'empire romain en le surpassant, un Suger pour fonder la monarchie française avec Louis le Gros*.

* « La France achevait vers cette époque detravei'ser les deux siècles qu^on a justement, par une image énergique, qualifiés les sièdes de fer de la monarchie. Grâce à la faiblesse et à Fimpéritie des successeurs de Charlemagne, les grands vassaux de la couronne avaient acquis, après lui, une influence qui, bienfaisante sur quelques points, s'était, sur beaucoup d'autres, traduite par des actes d*oppression et des abus d'autorité odieux. De son côté, en acceptant la couronne de la main des grands vassaux, Hugues Capet avait mis la royauté sons leur tuteUe, et Dieu sait s'ils en abusèrent. Heureusement l'action salutaire du clergé avait fait contre-poids à celle des comtes et des barons. Pendant ces deux siècles funestes, le clergé, faisant cause commune avec la roputé et lui servant souvent de rempart, avait généreusement protégé les faibles et soulagé, par Taumône, bien des misères. • (Portraits historiques, Suger, p. 28, par M. Pierre Clément. )

Nous reproduisons surtout ce passage d'un écrivain si sage et si impartial, à l'appui de ce que nous avons pu dire sur Taction du christianisme et de l'Église. Nous reconnaissons comme lui les excès de la féodalité ; mais, sans revenir ici sur la situation sociale qui l'avait produite, et qui la rendait à peu près inévitable, comme première organisation du sol et du pays après la conquête, nous ne voyons pas comment Hugues Capet, qui était un des premiers seigneurs féodaux, le petit-fils de Robert le Fort, n'aurait pas pris le pouvoir, où il était, en se prévalant de l'adhésion de ceux qui étaient ses pairs, quand la royauté carlovingienne, frappée d'une longue décadence, devenue étrangère en face de la jeune nationalité française, n'était plus représentée que par un prince de la maison de Lorraine qui ne pouvait ni protéger personne ni se défendre lui-même. Hugues Capet ne mettait pas la royauté sous la tutelle des seigneurs féodaux, il la relevait par le fait seul qu'il l'acceptait. La différence qui existe entre Charlemagne et Hugues Càpet, tous deux fondateurs de dynasties, est celle-ci : Charlemagne fut un grand homme qui, les yeux sur le passé, voulut refaire et refit une image brillante, quoique bientôt effacée, de l'empire romain, mais il n'eut réellement point de successeurs; Hugues Capet, en présence d'un pouvoir royal presque éteint, d'une nationalité nouvelle qui se formait, d'une France qui, par la langue, par les mœurs,

A ddUrf de oHlé cf»>qi]e, ce p^ëxA travail continue avec \nHU réHiliaU îikûizu qudje pdîbqiie de h part de la royauté, quel sysièfoe de gouTemement, nous allons le «lire.

Nous savons que, dans un sujet comme le notre, il faut /éviter les longueurs qui détourneraient du but ; mais nous ne voudrions pas non plus écarter la vérité historique en cherchant à la préciser.

f l'iidail :i m dislinguer, à se séparer de rAllemagne, eut une intelli- St^viMA* aHMfZ liauU^, un bras assez fort pour rajnasser une couronne (|in (Hail à (orre, et il a eu des successeurs. Gomme nous FavoDS déjà fail ()))Hcrv<T, les deux premières races n^ont été que des tentatives d(! inonarchin, que des eflbrts pour sortir de la barbarie et de la <'on(|iiAte ; c'est sous la troisième que la nationalité et la monarchie frnnrniwîs se» sont Téritablement constituées avec la nature et le carac- I«'t(' r|iii leur sont propres.

Faits importants dans la lutte ouverte avec la féodalité. — Le territoire 1^ de la France. — Louis le Gros avait passé sa vie à cheval. — Les féodaux sous la bannière du roi avec les communes et les vassaux de Tabbaye de Saint-Denis. — Philippe- Auguste ; accroissement de la monarcliie. — Louis VIII. — Louis IX. — Philippe III. — Lulte de la royauté contre l'Angleterre : la France sera-t-elle anglaise ou française? — Le roi de Bourges. — Louis XI et la féodalité. — Développement territorial de la monarchie. — Les communes. — La bourgeoisie. — Ce que c'étaient que les communes. — Les juges royaux, origine des parlements. — Lutte des parlements contre la féodalité. — Les communes, les parlements, l'administration. — Mouvement de la civilisation chrétienne. — Les parlements.

Dans la lutte de la royauté contre la féodalité, il y a plusieurs faits très-importants à caractériser; et d'abord, sous les successeurs de Louis le Gros, le développement continu du territoire qui obéit à la royauté, c'est-à-dire de la monarchie qui s'accroît avec la puissance royale.

On sait qu*à Tavénement de Louis le Gros, le domaine de la couronne se réduisait à Flle-de-France et à une partie de rOrléanais. Tout le reste de la France était à la féodalité. Pour rendre la monarchie possible, il fallait obtenir de cette féodalité guerroyante une soumission au moins relative. Ce fut la lutte de toute la vie de Louis le Gros, « ce roi, qui, suivant la remarque de ses contemporains, avait passé sa vie à cheval \ et qui, au moment

* M. Pierre Clément, Portraits historiques^ Suger, p. 33.

lit CHAPITRE IX.

tie moarir, à Tâge d*en\iron soixante ans, venait encore de ■Kircfaer en personne contre un seigneur des bords de h Loire ^

Il y aurait une k>Dgue liste à iaire detous les féodaux par lesipiels Louis leGros, avec son ministre Suger, fit reconnaftre et respecter Fautorité nouvelle qu'il fondait, Tautortb^ royale: naîsan grand fait de son r^[iie pourra caractériser le résultat «pie son génie et sa persévérance avaient obtenu : nous vooloos parier d'une irruption, d'une invasKhi plulùl. ({u*il eut à repousser de la part de l'empereur d'AUenagne Henri IT. En cette circonstance, les populations et les seigneurs féodaux enxHDoénies, ses anciens ad- ^Rîfsaires^se pressèrent en foole autourdu roi . Suger, dans sa IV if^ Lêms le Gras, s*e!q»rînie ainsi a cet ^ard : c De ceux de Reims et de ChakMis, qui sont plus de soixante mille, tant fantassins que cavaliers^ on forma le premier corps ; les gens de Sotssons et de Laon, non moins nombmix^ compostent le second ; au troisième étaient les Orléanais^ les Parisiens, ceux dXtampes et la nombreuse

^.ùdêwm^àlucowrotttie.

Le roi, plein d'espoir dans l'aide de son saint protecteur, arrêta de se mettre lui-mtoie à la tèle de cette troupe. « Cest avec ceux-ci, dit41, que je combattrai courageu- « sèment et sûrement. Outro que j\ somi protégé par le

* Le scsoiear do chiteam de Sjùiil^ïrîçoo-siir-Loire, iUm, item^ p. ^i, € Ce Tv>î belBqueQx et pobûqiie, m des pruniers fondateurs d^ rnnHé de b mon^mine, était d'une pîflè namrqoafcle. ■ Suger H«)-«i^«ifte nK>Mite ainsi h SMit de Lmbbs le Gros : « Ce roi, qui avait |Vi$sè sji \ie à clèet;»!,..^ «rdonia qu'on èfteDdH ao ta^iîs par terre et qiie :^r ce t^pis on jetât des cendres en fonne de croix. Cela foit, U ronoi)^t4ji <^ tOMi^f$$ài'« derant phxsieiirs èt^èqnes, reçut de noureau Ve xîM^w. et s'ètaut fMl déposer par ses serriteurs sur le tapis qu'ils ^xMevil p«v|iM\\ il expinu »

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