LA BOURGEOISIE
mier corps de la hiérarchie administrative, comme dans la magistrature, comme dans Tes offices ou charges de la finance, mais des privilèges attachés à ses fonctions judiciaires et financières lui permettaient même, comme le fait observer A. Thierry, d'acheter les terres nobles « sans payer les droits exigés dans ce cas de tout acheteur roturier *. » Il en résultait que les bourgeois qui exerçaient ces fonctions, non-seulement s'enrichissaient par Tordre et réconomie, qui souvent manquaient à la noblesse, mais devenaient à sa place propriétaires du sol et des seigneuries qui lui avaientappartenu.
Or, si l'on considère qu'il en était ainsi du temps de Henri IV, et même avant lui, sous les Valois, on n'aura point de peine à comprendre les nouveaux progrès de la bourgeoisie sous Louis XIII % son importance sous Louis XIV.
* A. Thierry, Essai sur Vhistoire du tiers état, p. 85.
* Parlant de Finfluence de la bourgeoisie et des positions qu'elle occupait sous les derniers Valois, M. A. Thierry s'exprime ainsi : f An temps ou nous sommes parvenus, le tiers état se trouvait, par une sorte de prescription, moins exclusive à l'égard du clergé qu^à celui de la noblesse, tenir la presque totalité des offices de Tadininistration civile jusqu'aux plus élevés, jusqu'à ceux qu'on a depuis désignés par le nom de ministères. C'était de la classe plébéienne que, au moyen de grades universitaires et d'épreuves plus ou moins multipliées, sortaient le chancelier garde des sceaux, le secrétaire d'Etat, les maîtres des requêtes, les avocats et procureurs du roi. tout le corps judiciaire, composé du grand conseil, tribunal des conflits et des causes réservées % du parlement de Paris, avec ses sept chambres**, de la cour des comptes, de la cour des aides, de huit
* Ce tribunal, démembré du conseil d'État et chargé de la partie la plus haute de
ses attributioos judiciaires, fut établi par deux ordonnances, en 1497 et 1498.
** Celaient la grand ekambre, ou chambre du plaidoyer; la tournelle, ou chambre criminelle; quatre chambre des enquêtes et une des requêtes du palais.
la OATII&E \l.
Un acte de gouvernement qui ouvrit une carrièi^e nouvelle à la bourgeoisie, en donnant un caractère nouveau à Tadministration, fut la création des intendants de provinces, par Richelieu ; c'était la plus grande mesui^e de centralisation administrative que l'ancienne monarchie eût jamais adoptée : les intendants sont les prédécesseurs des préfets, malgré les différences si notables que nous aurons à signaler entre l'état social de l'ancien régime et le nôtre. L'histoire de Richelieu est connue. Il lutta, à la fois, contre le protestantisme, qui tendait toujours à former un parti dans TEtat, et contre les grands seigneurs qui aspiraient à l'indépendance féodale^; même contre tel prince de la famille royale qui
paiienieiils de pror'n^?*. et d^ime foule de sièges inférieurs, en tète desquels â^^unûeiit W prêsidiaux.
Piaretllenient. dans radoiÎDbtrjtioo des finances, les fonctionnaires de tout rang, trésoriers, surintendants, intendants, contrôleurs, receveurs gêuêraui et particulîers. étaient pris parmi les iKHirgeois lettrés qu on appelait liomuies de rotie loQçue. ()i. A. Thierry Essai sur Ckistoin du tiers tiaL p. W)
^ « Lorsque Votre Majesté se résolut de me donner en même temps et Feutrée de ses consens et grande paria sa coufiauœ pour la directiciide ses afEiires, je puis dire avec vérité que les huguenots partageaient rÉtat avec elle : que les grands se conduisoient comme s'ils n'eussent pas été ses sujets, et les plus puissants gouTemeurs des provinces, comme s*ils eussent été souverains en leurs charges... Je puis encore dire que les alliances étrangères étoient méprisées ; les intérêts particuliers préférés aux publics ; en un mot, la dignité de la uià\iestè royale tellemeut ravallée tt si différente de œ qu'elle devait être par le défaut de ceux qui aroient lors la principale conduite de nos aflaires, qu'il étoit presque impossible de h reconnoitre. » (TesU^ tètenl politique lie fUcheUen, 1"^ partie, p. 5; Am^terdam, 1788.)
* Cêltieut, à lu lia «lu r^ignc île Heari H, les pariemeots de Toalons^, Grenoble, lUMrdeaux» DùtHi, RouiHi, Aîx, Rewnes el Doadics. i\l. .U Thierry, £»>«t sur le tktt ftêl, p. 83.